Une simple complexité

Avis sur The Young Pope

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Basant tout son propos sur la contradiction, cette série en est elle-même une. Je ne sais pas s’il faut s’intéresser à la religion ou au Vatican pour trouver un intérêt au concept proposé par The Young Pope. Le fait est que ce monde m’a toujours fasciné, et que j’étais curieux de découvrir une nouvelle vision de la papauté (j’avais à ce titre beaucoup aimé le film Habemus Papam de Nanni Moretti). Cette série est une contradiction, parce qu’elle semble atteindre l’objectif qu’elle s’était fixée, sans pour autant toucher des sommets.

Le tableau, assez simpliste, est posé dès le premier épisode : un pape jeune, extrême dans ses convictions, discret, autoritaire et qui dégage pourtant une aura de saint ; des conseillers beaucoup plus modérés et inquiets de la tournure prise par le nouveau souverain ; des politiciens comme on en trouverait dans n’importe quel pays laïc, mus par la même ambition. Le tout évolue avec peu de surprises. L’écriture est tout aussi simple, et le rythme assez lent. On suit les aventures de Pie XIII pendant environ neuf heures, sans action et très peu de climax.

Paradoxalement, l’ensemble maintien le spectateur, pour deux raisons principales. L’esthétique est formidable, magnifiée par le travail de Paolo Sorrentino, qui offre parfois quelques scènes absolument géniales. Le contexte joue sans doute beaucoup. Quand on a visité la chapelle Sixtine, compressé par des hordes de touriste, on est intrigué en la voyant vide et uniquement dédiée aux cardinaux. Le Vatican permet toutes les démesures dont le réalisateur joue au travers de son personnage principal. Les bâtiments, les costumes, le choix des plans et des musiques, tout contribue à rendre l’expérience visuelle singulière. Le Kangourou se promenant dans le parc du Vatican et croisant fréquemment le chemin du pape est un exemple de scène sans particulier intérêt scénaristique, et qui fait pourtant tout le charme de The Young Pope. Ensuite, le jeu des acteurs contribue grandement à la réussite de la série. Jude Law trouve un rôle sur mesure. Ses discours sont passionnants, ses silences le sont encore plus. On arrive à percevoir toute la dureté, la rigueur du personnage en même temps que sa grande faiblesse. Les contradictions intérieures du jeune pape font à elles seules tout le charme de la série. Simple à l’extérieur et dans ses convictions, complexe à l’intérieur, ce personnage se révèle être un formidable objet de contemplation. A ses côtés, Diane Keaton, Cécile de France, James Cromwell et les autres cardinaux font le boulot.

On se retrouve finalement avec une série qui ne prend aucun risque sur sa trame et son écriture, mais qui pour autant reste absolument captivante, magnétique. On a clairement affaire à une œuvre de réalisateur, plus qu’à un vrai travail de scénariste. En ce sens, la 2e saison annoncée a finalement peu de raison de réjouir, tant on semble malgré tout avoir fait le tour du propos une fois le dernier épisode terminé. Le texte indique d'ailleurs "The End", et non "To be continued". Mais quand une série marche, il semble difficile de s'arrêter...

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