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Treme par Buck

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Treme se déroule peu après les ravages de Katrina à La Nouvelle-Orléans. On y suit un bon nombre de ses habitants (Treme est la seule série avec The Wire où un top 50 personnages ne sonne pas ridicule) issues de toutes les classes, qui, face à l'incompétence de l'Etat, aux assurances qui peinent à rembourser ce qu'elles devraient, à la police traînante qui oublie des dossiers (et surtout les siens), en bref, un système qui ne les aide pas quand ils en ont le plus besoin, ne peuvent plus que s'accrocher à leur culture.

Et ils le font, de la création d'une chanson à l'enregistrement en studio en passant par les concerts dans les bars ou dans la rue et autres fanfares pointant son nez à chaque festivité, décès ou célébration, on se tape vingt à trente minutes de musique de qualité professionnelle par épisode. Treme est une série qui s'écoute, et sa bande son est telle qu'à part Cowboy Bebop je ne vois aucune série capable de rivaliser avec.

Treme c'est aussi la définition même de la contemplation, certains diront qu'il ne se passe rien alors qu'il se passe tout. Toujours. On a souvent vanté les qualités de l'intrigue de The Wire et son célèbre "all the pieces matter", ici ce serait plutôt "all the seconds matter" (même si ça sonne moins bien). Tout dans The Wire importe, tout ce qui est filmé est important et sera plus important. Je ne sais pas combien il y a de personnages principaux et secondaires, comme ça je dirais quinze principaux et le triple de secondaires, mais toutes leurs intrigues s'entremêlent génialement au fil des épisodes. C'est pas par manque de budget comme dans Sons Of Anarchy où on met la première random meuf vaguement liée à la mariée en demoiselle d'honneur mais parce que tout a été pensé du début à la fin par un Simon qui n'a rien perdu de son talent depuis The Wire.

Mais surtout Treme c'est cette critique du système, dans la continuité de The Wire. Si c'est un élément relativement absent dans les deux premières saisons, sa troisième saison se montre redoutable. Du système éducatif à celui judiciaire, Simon prend aussi à part la police, les politiques, locaux ou non, et leur incompétence. La saison 3 est chargée, et si cela est compréhensible puisque les intrigues finissent par aboutir, j'y ai personnellement ressenti une certaine colère de la part de David Simon, qui semble lassé du système. C'est regrettable, l'aspect plus documentaire que fiction de Treme nécessite une certaine objectivité pour conserver sa splendeur. Mais malgré cette sensation, je place quand même tranquillement cette troisième saison au même rang que les troisième et quatrième de The Wire, peut-être même au-dessus.

Et voir ces gens meurtris par le système retrouver le sourire grâce à leur musique ou leur culture en général, ça rend heureux, mais alors vraiment. Malgré toutes les tragédies que l'on nous montre, un certain optimisme englobe cette série, car si David Simon ne croit plus au système, il croit toujours à l'être humain. Peut-être qu'un jour nous ferons ce qu'il faut, nous réglerons tous nos problèmes et nous serons heureux. En attendant, on peut se fumer un bédo et jouer un morceau.

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