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Dans la brume électrique et les autoroutes californiennes

Avis sur True Detective

Avatar PFloyd
Critique publiée par le

http://www.youtube.com/watch?v=p4zluA60hjs

Les dirigeants d'HBO doivent se frotter les mains, True Detective fut une complète réussite pour eux. Entre les critiques dithyrambiques de la presse mondiale, les audiences monstrueuses ou encore l'avalanche de théories proposées par les fans qui ont fleuri partout sur Internet, il n'y a bien que la défaillance du service de streaming pour le dernier épisode qui assombrit (très légèrement) le tableau. En fait, de mémoire, la dernière fois qu'une série avait réussi dès son lancement à déchaîner les passions était Lost.

Je me doute bien que si vous lisez mon avis, c'est que vous l'avez dévoré tout au long des neuf semaines qu'ont duré sa diffusion. Comme moi. L'attente du lundi soir, une certaine tension avant de lancer l'épisode, puis la sensation de manque une heure plus tard. D'ailleurs là, après avoir vu l'épisode final ce matin, j'avoue que la série ma manque un peu.

Certains vont peut-être se demander pourquoi je ne mets que 7 dans ce cas. J'ai mis la même note à Dr House par exemple. Mais en fait, elle ne vaut pas grand-chose, parce que je ne sais pas trop comment la déterminer, sur quels critères me baser, quoi retenir au final. Du coup je vais essayer d'être le plus complet possible, en prenant mon temps pour m'expliquer.

Les différents trailers le laissaient suggérer, True Detective est une série à ambiance qui suit le parcours de Marty Hart et Rust Cohle sur une enquête sordide pendant 17 ans. Qui dit série à ambiance, dit personnages travaillés et complexes, et c'est le cas ici. Personnellement, je trouve que les 5 premiers épisodes sont magnifiques de ce point de vue là. Nic Pizzolatto a crée de vrais gueules, loin des personnages lisses que l'on retrouve dans pratiquement toutes les séries policières des networks, et il est bien aidé par la prestation des acteurs. Même si je trouve Woody Harrelson un poil trop en retrait - en même temps son rôle met du temps à prendre de l'ampleur, il ne se laisse pas dévorer par la prestation incandescente de Matthew McConaughey, qui est Rust Cohle jusqu'au bout de ses poils de moustache, ni par celle tout en fragilité de Michelle Monaghan qui est vraiment bouleversante par moment. L'écriture de Pizzolatto contribue à leur donner de la chair et une crédibilité : les dialogues prennent leur temps et sont très bien écrits, les quelques monologues qui parsèment les premiers épisodes, et à l'actif de Rust, happent et amènent une densité qui sert la série. L'écriture, notamment dans la première partie de la saison, m'a fait penser aux livres de James Lee Burke (d'autres diront Ellroy ou Faulkner, mais faute de les avoir bien lus, je ne m'avancerais pas), qui prennent place en Louisiane justement ; ainsi, True Detective est un pur concentré du polar américain, qui prend son temps, qui est empreint de mysticisme, de drames sociaux, le tout très sombre et glauque. Pas forcément violent physiquement, mais mentalement, comme si cette terre avait été maudite et que les personnages devaient vivre avec ce poids jusqu'à leur mort (et cela ressort à la fois dans les livres de Burke mais aussi chez Cohle).

Cette qualité de l'écriture permet à True Detective de développer sa plus grande force : les liens entre Marty et Rust. Il y a quelque chose de fascinant à regarder les deux essayer de s'apprivoiser, se détester puis s'entraider. Cette relation crée une vraie dynamique qui porte la série jusqu'à la fin ; et si j'ai suivi la saison jusqu'au bout, ce n'est pas forcément pour connaître le pot-aux-roses, mais plutôt pour voir ce qu'il leur arrive. Comme je le dis plus haut, McConaughey y est pour beaucoup, mais Harrelson n'est pas en reste, notamment à la fin de la saison. True Detective est avant tout donc une série sur ces deux flics (d'où le titre), à la fois vertueux mais aussi capables des pires crasses. Humains surtout.

La série est aussi portée par sa réalisation. Alors, je sais que tout le monde a en tête le plan-séquence de l'épisode 4 - et c'est vrai qu'il est super impressionnant, mais même sans ça True Detective reste bien filmé : la photo est très belle, les paysages de la Louisiane ressortent bien, le tout est un peu glauque et champêtre. Après, je trouve que la série ne s'appuie pas assez sur l'État où elle se déroule, mais peut-être suis-je trop influencé par les livres de Burke ou l'adaptation de Tavernier ; disons que ça fait trop Américain, et du coup trop lisse. Après, c'est peut-être aussi voulu pour éviter de trop localisé la série, afin de ne pas heurter certains spectateurs, mais on est loin de Treme.

Vient le point qui me fâche un peu : l'intrigue. Je sais que dans les séries à ambiance, ça reste secondaire : Broadchurch ne brille pas par son intrigue originale, pareil pour The Killing et d'autres. Rares d'ailleurs sont les séries à mettre de bonnes intrigues au premier plan - seuls La Fureur dans le Sang ou The Fall récemment y arrivent vraiment. La série est construite pendant 6 épisodes sur des flashbacks assez longs qui prennent place en 1995 et 2002 ; les séquences dans le présent ne prennent de l'importance qu'à la fin de l'épisode 6. Ca se suit agréablement bien - pourtant je ne suis un fan ce genre de narration, et ça permet au récit de se reposer. Le problème, c'est qu'à partir de l'épisode 5 et de son twist de fin, la série se recentre trop sur son intrigue au détriment de ses personnages. Alors ça reste léger quand même, mais ça m'a un peu attristé. Et comme l'affaire en cours est assez mince, certains dialogues traînent en longueur pour pas grand-chose - et les situations s'enchaînent trop vite. Je suis peut-être rabat-joie sur le coup, j'assume, après ça reste mon avis. J'aurais bien aimé que l'on soit plus entraîné dans la psyché de Cohle, mais je ne veux pas développer cela, car je spoilerais méchamment.

Au vu des différents trailers, je ne vois pas trop ce que les gens pouvaient attendre d'autre en fait, et certaines critiques m'ont un peu surpris vu que l'on est pile dans ce qui était prévu. J'ai aussi lu certains comparer la série à Twin Peaks, personnellement je n'ai pas vu vraiment de rapport entre les deux. True Detective est un pur produit américain, né de la littérature policière et sociale, qui a pris les habits des séries scandinaves et anglaises. Et c'est bien.

Ca, c'était pour la saison 1 sortie il y a un peu plus d'un an. Pour cette saison 2, True Detective devait faire face à tous les dangers qui guettent les anthologies et les suites de premières saisons réussies : arriver à trouver le bon équilibre entre le changement et les acquis. Partir d'une solide base pour se réinventer, ce n'est jamais simple, et ce n'est pas cette saison 2 de TD qui me dira le contraire.

Exit la Nouvelle-Orléans et les bayous, welcome at Vinci, North California. Une petite bourgade industrielle qui semble fort charmante et qui abrite la mafia et la corruption. Dans ce bordel - parce que le scénario est vraiment très mal écrit - nos "héros" vont se battre contre eux-mêmes et la Terre entière. Clairement, si la première saison était noire, la seconde essaie d'aller encore plus loin, affublant chaque personnage de plusieurs travers ou boulets et dépeignant un monde foutrement vicié.

C'est le premier reproche que j'aurais à faire à cette saison 2 : sa sur-écriture. Pizzolatto a soit galéré pour pondre le script, soit il a manqué de temps, voire les deux ; en tout cas, on sent une moins bonne maîtrise que dans la première saison, même si celle de l'année dernière n'était pas un chef-d'oeuvre de subtilité. Les personnages ont été inutilement surchargé et leurs interactions semblent lourdes et pataudes - y a qu'à voir comment Vince Vaughn et sa femme se parlent, on dirait un mauvais soap surtout vers la fin - le fil rouge est un bordel monstre durant quatre épisodes au moins et si le background semble riche, il est difficile d'arriver à s'y attacher et à s'en laisser imprégner.

L'autre problème concerne la réalisation. Si l'OST reste bonne, la mise en scène pâtit des six réalisateurs qui se sont succédés cette saison, contre... un la saison passée. Forcément, cette saison pâtit de ce manque de cohérence et de continuité, et se contente le plus souvent de faire le minimum syndical, sans trop d'imaginations, alors que les environnements urbains de Californie aurait pu - et dû - être un terrain de jeu jouissif pour eux. Plusieurs plans font penser à du Mann, mais j'ai eu du mal à ressentir quoi que ce soit. Reste quelques belles séquences, comme la fin des épisodes 6 et 7, mais globalement ça reste léger. Autre point problématique, la volonté de coller à certains moments de la saison 1, comme cette fusillade à la fin du 2*04 : non seulement elle est plate, mais elle provoque forcément la comparaison - cruelle - avec la première saison.

Et c'est un peu ce qui m'embête d'ailleurs. Car même si cette deuxième saison tente d'être différente, elle reste trop proche de son aîné. Les dialogues sont aussi lents, les personnages aussi torturés, on a cette fusillade, une ambiance qui se veut poisseuse... On est obligé de comparer avec la saison 1. C'est le même ADN de base, et même si certains veulent faire croire le contraire, on ne peut pas le passer sous silence. Cependant, ça ne doit pas faire oublier une chose : cette saison a aussi ses qualités propres, et si je la trouve trop banale par moment, elle reste globalement solide malgré un début boiteux. Les derniers épisodes tiennent la route, le final est pas désagréable et Rachel McAdams comme Farrell et sa moustache supportent la saison ; mais c'est a posteriori que l'on voit l'importance de McConaughey, qui disait des trucs très cons parfois mais avec une telle prestance qu'on était hypnotisé - alors qu'ici, les acteurs ont du mal à être régulier et intense tout le temps. On reste dans une certaine qualité, même si forcément, True Detective ne fait pas le poids avec Bloodline cette année, comme je préférais Fargo la saison passée. L'année passée, elle n'était pas pour moi un chef d'oeuvre, cette année elle est solide mais sans plus. Pas un gros bouleversement donc.

Après, au lieu de s'étriper sur la qualité de cette saison, chose qui n'en vaut pas trop la peine, tournez-vous plutôt vers d'autres séries en attendant une saison 3 qui, je l'espère, sera meilleure. Pas parce que la saison 2 était mauvaise, mais parce qu'il faut toujours être exigeant, surtout quand il s'agit d'HBO.

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