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Twin Peaks par Mugen

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Twin Peaks.

Aux manettes on retrouve David Lynch - Lost Highway (1997), Mulholland Dr. (2001) - et Mark Frost - Fantastic Four et Rise of the Silver Surfer (oui bon c'est pas dans le même domaine). Les deux hommes voulaient adapter un roman sur la vie et mort de Marilyn Monroe. Finalement la série s'orienta autour d'une ville imaginaire et d'un corps retrouvé sur une plage, celui de Laura Palmer, reine de promo et enfant chérie de la ville... ouh ça semble bien captivant
comme pitch ? Vous m'excuserez des légers spoilers, mais je crois que c'est nécessaire pour comprendre l'ambiance de la série.

Twin Peaks est une petite ville (imaginaire) de l'état de Washington, à l'opposé géographique de la majorité des romans de Stephen King... (Note de GRLC : pas besoin de me graisser la patte hein ;p ) Toujours est-il que cette petite ville calme sur les bords de la frontière canadienne est soudain le théâtre d'un meutre sordide. Alors que Pete, un des notables de la ville, allait gentiment faire sa partie de pêche matinale, il découvre un corps sur la plage. Tout suggère dès les premières minutes que l'incident était attendu si ce n'est qu'il était prévu. Un dialogue magique entre Pete et le shérif donne toute sa dimension au récit :

Pete : "She's dead. Wrapped in plastic."
Shérif : "Where ?"

Une mort annoncée ?

Toujours est-il que cette mort, celle de Laura Palmer, amène dans la ville l'agent du FBI Dale Cooper (Kyle MacLachlan, un des acteurs fétiche de Lynch). Ce dernier, très influencé par un voyage initiatique au Tibet, utilise certaines méthodes d'investigation tout à fait non orthodoxes et s'appuie sur ses rêves (ou sur l'apparition d'un géant pendant son sommeil...)

Cette série créée en 1990 est restée culte et l'est toujours de nos jours. Pourquoi ? la patte Lynch ? La complexité des relations entre les personnages ? Le personnage de Dale Cooper parfait dans son rôle d'agent tout à fait particulier ? Une intrigue particulièrement bien ficelée en deux saisons et un film ? Une série "courte" qui reste un OVNI télévisuel ?

La patte Lynch

Je n'ai jamais été un grand amateur de Lynch, qui s'amuse de/avec son public (la scène du "monstre" dans Mulholland Dr., qui ne sert à rien et qui m'a toujours bien fait rigoler). Pourtant ici les répliques, les scènes, les détails sont tous des clichés cinématographiques, des pistes, des viaducs de renseignements sur les personnages. Au final chaque scène nous donne tellement de clés, d'indices... qu'on ne sait plus rien du tout. Le moindre dialogue est savoureux et je pourrais citer des passages entier de l'agent Dale Cooper. Bref du bonheur à chaque instant. Et j'ajouterai que Lynch est aussi un maître du suspens car le dernier épisode de la première saison nous laisse sur un cliffhanger orgasmique qui m'a bluffé ! (et évidement le personnage que je croyais coupable n'était pas le bon ... frak !). La patte Lynch se retrouve aussi dans la photo et la bande son, tout est millimétré : en témoigne la prise de vue de l'escalier dans l'épisode pilote, lorsque la mère de Laura cherche sa fille, puis son cri de désespoir lorsqu'elle apprend la nouvelle de la mort de sa fille au téléphone...

La complexité des relations entre les personnages

La petite ville semble tout d'abord tranquille. Puis au fur et à mesure que l'agent Dale Cooper enquête, des connexions se font entre les personnages. D'abord autour de Laura et de ses proches, son petit ami, son amant, son amie, ses parents. Puis on se rend compte que plusieurs personnages sont liés autour de différents trafics et autres arnaques financières. Au final tant de liens se créent qu'on se rend compte que personne dans la ville n'est innocent. MAIS ce n'est pas pour autant que le meurtrier est découvert. Tant d'indices, tant d'événements pour au final laisser le spectateur dans un flou parfait. On se rend compte aussi petit à petit que la ville est le berceau d'événement qui dépassent l'entendement : quelque chose rode dans les bois, et petit à petit l'enquête de Dale Cooper prend une forme surnaturelle, surtout dans son rapport avec certains personnages.

Le personnage de Dale Cooper

Aaaaaah, voilà un personnage haut en couleur. Un véritable enquêteur du FBI, l'agent Mulder pourra se rhabiller. Dale Cooper découvre Twin Peaks avec un regard d'enfant : amateur de tarte et de répliques magiques, il semble poser des question tout à fait saugrenue. Et pourtant, en spécialiste du langage corporel et des relations humaines, la ville de Twin Peaks et ses habitants n'ont bientôt plus de secrets pour lui. Malgré toutes ses capacités d'enquêteur et le soutien du FBI, l'agent Cooper reste longtemps dans le flou. Tant de trafics et d'affaires qui l'éloignent du meurtre de Laura Palmer, tant de choses qui le déroutent et font de son enquête un démêlage de bobine compliqué et éprouvant. Pourtant l'agent Dale Cooper, amateur averti de caféine, reste avenant et prévenant. Ravi d'être dans cette petite ville, loin de Seattle. L'agent découvre la vie simple de ces gens et en est heureux (au point de réfléchir à acheter un terrain à Twin Peaks). Je ne me lasserai jamais de ce personnage et du jeu d'acteur particulièrement efficace de Kyle MacLachlan.

Dale Cooper: "Harry, I'm going to let you in on a little secret. Every day, once a day, give yourself a present. Don't plan it. Don't wait for it. Just let it happen. It could be a new shirt at the men's store, a catnap in your office chair, or two cups of good, hot black coffee."
(rah ! that's the spirit folks !)

Une intrigue particulièrement bien ficelée

Pour éviter les spoilers, je ne vais pas m'étendre sur cette partie. Mais je dois avouer que je suis toujours dans le flou. Tout ce que je pensais savoir à la fin de la première saison se révèle n'être qu'un tissu cousu de fil blanc. Des personnages semblent retors alors qu'en fait non. D'ailleurs je soupçonne même Lynch et Frost de se moquer/de jouer avec le téléspectateur du début à la fin, à chaque minute de la série. Mais c'est frustrant, à un point...
Une série "courte" qui reste un OVNI télévisuel

Deux saisons et un film de deux heures. Le film raconte les 7 derniers jours de Laura Palmer alors que la série décrit l'enquête sur sa mort. Deux saisons... ça paraît bien court pour une série culte ? Et pourtant, je crois que c'est une excellente décision. Le spectateur est tenu en haleine durant tout ce temps, et aucun épisode n'offre de temps mort. L'ensemble est d'une cohérence parfaite et particulièrement addictive. Et surtout on ne subit pas les affres des longueurs commerciales de séries comme (et ne citons que celle-là) Prison Break, où le scénario exceptionnel, la série "ovni", le monument s'est tranformé en "bouse" télévisuelle. A trop essayer d'allonger la sauce on obtient un jus sans saveur. C'est pour ça à mon avis que des séries courtes, parfois même des séries qui ne sont pas finies peuvent devenir culte : à force d'efficacité et de rediffusion. Twin Peaks fait partie de ces monuments, et même si aujourd'hui cette série a 19 ans, elle n'a pas pris une ride...

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