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Under the Dome par AntoineRA

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Under The Dome est assurément LA série foireuse de cet été, promue, chaque semaine, à grands coups de "série évènement" ou "le show n°1 de l'été" ; de quoi doucement rigoler devant les audiences médiocres et l’absence flagrante d’enjeux développés au cours des treize épisodes. Et ce n’est pas faute de partir d’une base solide : un roman concocté par Stephen King. Combien va-t-il falloir d’adaptations désastreuses de ses œuvres avant que l’écrivain ne se décide à superviser plus amplement et rigoureusement ce qui advient de ses histoires ?

Comme beaucoup, je n’ai pas lu le livre Dôme, mais j’ai pu lire les constats de nombreux lecteurs et articles comparatifs entre les deux médiums pour savoir que l’intrigue de l’auteur a été grandement détournée de son itération initiale. Tout cela, dans le but de coller au format télévisuel, bien évidemment, en agençant différemment les personnages – rien de grave de ce côté – mais également en cherchant à tout prix à prolonger la série le plus possible. Et dans ce cas, c’est plus dérangeant puisque les scénaristes s’emmêlent alors les plumes dans des sous-intrigues succinctes, incohérentes, et inintéressantes dans la seule optique de ne pas avoir à dévoiler les mystères autour de la trame principale trop rapidement. Alors quand on sait que cette première saison ne comporte uniquement treize épisodes – et qu’ils ont déjà bien du mal à tenir sans détours futiles – il est évident qu’Under The Dome aurait dû être l’affaire d’une seule saison, bien ficelée, intéressante, avec un début et une fin.

Car la série n’est foncièrement pas mauvaise en essence. Elle démarre d’ailleurs sur un évènement intéressant : de nulle part, un dôme transparent doté d’un fort champ d’énergie apparaît et englobe entièrement la ville de Chester’s Mill, la coupant totalement du reste du monde. Si les premières pensées s’orientent sur une expérience scientifique, elles seront vite balayées par le comportement presque conscient de cette prison sphérique qui semble générer son propre micro-climat et réagir aux actions des habitants. Panique et questionnements s’emparent donc de la ville, tandis que les pseudo-politicards pourris vont profiter de la confusion pour atteindre le pouvoir. Par ailleurs, en s’abattant sur Chester’s Mill, le dôme y a enfermé des personnes de passages, comme d’autres venues régler des affaires bien plus sombres qui, coupées dans leur élan, se voient alors dans l’obligation de séjourner indéfiniment dans ce lieu. Tout d’abord, on s’interroge bien évidemment sur la provenance de ce mystérieux artefact, mais rapidement, c’est sa nature qui devient un des mystères principaux, surtout lorsqu’il provoque des réactions étranges et semble lié à certains personnages.

Voilà les deux points majeurs qu’on cherche à comprendre en visionnant les épisodes chaque semaine. Et en gardant la série concentrée sur l’élucidation de ces mystères, Under The Dome aurait pu être un show solide auquel on aurait passé ses maladresses. Mais jamais on ne qualifiera un épisode de plus que "pas mal" car leur déroulement est tellement maladroit, les scénaristes cherchant constamment à construire des situations improbables pour lancer leurs révélations que ça en devient blasant. On reconnaît très bien, dès le début, cet amas de secrets et faux-semblants, dans une ville en apparence paisible, propre à l’univers de Stephen King. On espère même parfois y voir une connexion à son œuvre maîtresse qu’est La Tour Sombre, tant il y a matière à. Néanmoins, ça n’arrive pas, et n’arrivera jamais, car il n’y a aucune ambition créative mis à part refaire un Lost du pauvre en gardant les mystères de bases cachés sur plusieurs saisons et en dévoilant des indices au compte-goutte. Que se passe-t-il alors pendant les épisodes ? Rien, et c’est ce qui est frustrant parce que les personnages sont tout le temps au cœur de péripéties débiles, instaurées pour patienter, appuyer avec des gros sabots un trait de caractère qui va – ô surprise – être décisif sur le cliffhanger, ou juste relier gauchement des personnages en un mystère derrière le mystère. On ne peut bien sûr pas savoir ce qui adviendrait dans pareille situation, mais les comportements et réactions de la plupart des personnages nous invitent continuellement au "facepalm", à l’instar de cette ville entière de moutons et des évènements exubérants des derniers épisodes. Les sous-ficelles sont prévisibles et appuient l’aspect très cheap de la série.

La réalisation n’a d’ailleurs rien de glorieux, même sur les moments plus forts ; elle reste pataude et basique. Et les effets spéciaux sont très inégaux. Autant le dôme est acceptable, autant les effets gores où autres CGI par rapport à l’œuf font de la peine. Pour ne pas aider, j’ai rarement vu un ensemble d’acteurs aussi mauvais ; à part peut-être dans Revolution qui était également bien gratinée sur ce point. Dans Under The Dome, il y a un sacré niveau, et avec eux tout respire la série B, le téléfilm de début d’après-midi qui passe inaperçu, ou bien les feuilletons mièvres et cheap du samedi matin sur les chaînes public. Le seul et vraiment unique bon point, qui garde un jeu sensiblement bon et qu’on aime retrouver chaque semaine, même s’il a un nom à dormir dehors, c’est Mike Vogel, qui interprète Barbie alias Dale Barbara. C’est le protagoniste, donc tant mieux. Sinon, Dean Norris, peut-être excellent dans Breaking Bad, joue ici le conseiller cupide James "Big Jim" Rennie, exagérant toutes ses expressions faciales de méchant comme un vulgaire débutant – c’en est risible. Précisons que les personnages sont écrits et explorés à la truelle. Son fils psychopathe, Junior, est donc tout aussi ridicule, même si Alexander Koch s’améliore vers la fin. La poignée de jeunes renvoie à un ersatz de Goonies ou autres aventures de gosses un peu fantastiques avec Joe, Norrie et Ollie. Pour ce qui est d’Angie, jouée par Britt Robertson, le cas est plus délicat car l’actrice est dans son personnage qui fait par contre preuve d’une bêtise sans pareille. Enfin, pour finir avec les protagonistes féminins, Natalie Martinez est fade en tant que flic vraiment très naïve, et Rachelle Lefevre nous sert une Julia Shumway rendue importante par besoin d’avoir une relation romantique.

Je pense avoir fait le tour de la question et tout dit sur cette série qui, au final, ne propose rien de consistant vis-à-vis de son intrigue, se permettant même de conclure sa première saison sur un cliffhanger en rapport à une histoire secondaire – et au dénouement encore une fois prévisible. Il faut bien une carotte pour rameuter les spectateurs sur la seconde saison. C’est quand même à se demander comment Stephen King peut approuver cela.

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