Vie de King

Avis sur Vikings

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à la fin de la saison 2, il y avait bien des qualités et un certain charme mais de là à jouer dans la cours des grands, il en manquait encore, une ampleur, une vision, un approfondissement, une maturité, un je ne sais quoi qui transcende un peu des dialogues assez basiques et des acteurs bons mais qui en faisaient beaucoup tout de même.

(Mais bon, il ne faut pas noter une série sur deux saisons, et je ne vois pas l'intérêt personnellement de noter chaque saison et chaque épisode d'un show. Une série est un ensemble, elle ne mérite qu'une note, la note que l'on pense qu'elle mérite. Une série est un tout et sa note reflète sa capacité à former un tout ou pas. (*) )

Le charme initial indéniable des 2 premières saisons me poussa à y revenir bien plus tard afin de continuer à voir ce que ça donnait, ma sympathie déviante pour les massacres moyenâgeux aidant.

Il y a toujours cette forte propension à étirer et sauter d'une scène à l'autre histoire de dissimuler le creux inhérent à une histoire faite tout ou partie de massacres, de conquêtes, de baise et de vengeance mais une fois ses faiblesses entérinées, la série prend assurément de l'ampleur et la manger sans restriction devient vite un plaisir qui se mue en sympathie admirative de tant de conviction jetée à l'écran.

Car il faut les voir, nos fiers guerriers barbares, hurlés au Valhalla, prêts à s'étriper à la moindre occasion pour gagner en conquête et en gloire. Leurs motivations basiques de païens benêts viennent se heurter à la noblesse chrétienne, balbutiante de sophistication. Deux cultures ancestrales, que tout oppose, s'entrechoquent avant de fusionner pour bientôt s'enrichir mutuellement dans le sang du conflit et de la mort omniprésente.

Le premier pas vient d'Athlestan le Saint jeune homme kidnappé lors du premier raid, persuadé d'être perdu en terre barbare alors qu'il ne fait qu'ouvrir peu à peu les yeux sur le vaste monde. C'est ensuite au tour du Roi Ecbert de goûter au trouble de la mixité culturelle. On aime ressentir ces frictions tactiques qui se muent en amour impossible entre lui et Ragnar Lodbrok, bientôt le plus célèbre de tous les Vikings.

Puis viendra leur descendance et leur descendance encore après. D'un petit gamin plutôt énervant jouant Bjorn, le fils rustre de Ragnar, jaillit un Bjorn Côtes d'acier, dont on peine tout d'abord à déceler le charisme avant de s'abandonner à sa force brute pleine de l'intelligence mesurée de son père (...).

Son père, parlons-en. Quel rôle pour Travis Fimmel qui fait de ses tics et autres mouvements du regards entre folie et déséquilibres mentaux surjouées, la marque de fabrique de son charisme. Même chose pour Floki, le fou constructeur de drakkars, bourré de tocs de ses mains habiles et de ricanements équivoques toujours lancés sur la même note. Irritant oui, mais les années passent et ces effets au départ caricaturaux deviennent l'essence de ce qu'ils sont tout au fond de leur armure guerrière insensible. Que dire de Lagertha dont le charisme pas immédiat explose de plus en plus au fil des saisons pour enluminer sa légende. Que dire de Rollo le frère soupe au lait qui grandit presque malgré lui. Que dire des fils d'Aslaug la princesse sorcière, irritante de bêtise comme presque tous en fait, d'abord nabots insignifiants, puis frères bêtes et ambitieux, et finalement ennemis par le destin. Ils résument à eux seuls la série.

Ils ne sont pas forcément intéressants, fouillés ou intelligents mais ils sont passionnés et impliqués entre tous. Leurs râles toujours plus nombreux et redondants ne les empêchent pas de grandir au fil des expériences traumatisantes, dans une simplicité qui touche à la terre et aux éléments brutaux de la nature.

La nature et la présence des Dieux, silencieux mais toujours présents en sous-main fondent aussi le socle de Vikings. Le Dieu chrétien mais aussi les dieux nordiques existent. Tous sont là par visions successives, ancrées dans le réel, et coexistent naturellement dans ce fatras de guerres incessantes.

Les guerrières sont là aussi, tatouées au bois, maquillées de peintures de guerre rupestres, elles mènent les cérémonies de sacrifice pour ensuite découper des mâles trop sûrs de leur fortune. Chez les Vikings, la femme est l'égale de l'homme (ou presque) dans la souffrance qu'elle endure et la liberté qu'elle ambitionne.

Tout dans Vikings forme un tout brutal voire primaire, une Foi primale. Une histoire de convictions et de prémonitions moyenâgeuses qui évoluent en aventures humaines formatrices.

Alors que les moyens commencent à venir au fil du succès de la série, les confrontations cheapous à quelques uns du départ laissent place à de plus amples batailles où le sens tactique prend toujours le dessus sur la barbarie. Les Hommes s'assagissent avec l'âge, tout comme la descendance d'abord impulsive apprend au fil des années judicieusement accélérées à chaque début de saison, pour découvrir un nouvel héritage qui mène au chaos final déclenché par Ivar le fou, le plus irritant de tous.

Ragnar Lodbrok, personnage un peu réel et beaucoup mythifié, se compose d'histoires de plusieurs légendaires guerriers nordiques et les mixent dans une vasque de sang qui déborde de hauts faits. Sa réflexion sur la Foi, aussi primaire soit-elle, invite à la tolérance mais aussi à la perdition de l'âme humaine.

Les régions sont celles d'époque, les étrangers ne se parlent pas anglais tant qu'ils ne se comprennent pas. Les bateaux évoluent avec l'Histoire. (petit spoil here) Floki est vraiment reconnu pour avoir découvert l'Islande, Les Vikings ont vraiment pris York. Rollo a vraiment été conte de Francie. Bjorn Lodbrok a vraiment été en méditerranée. Ivar était vraiment fou. Autant de points historiques disséminés sur des décennies d'Histoire des Hommes du Nord, qui viennent renforcer la cohérence du show. (fin de petit spoil)

Au final, même si les procédés utilisés se répètent trop et que le fond n'est pas hyper développé, j'ai tout bouffé au fur et à mesure que ma sympathie pour tous ses personnages de prime abord antipathiques a gravi les échelons de mon appréciation toute subjective, pour faire de Vikings une série de conviction et de coeur qui extirpe de la barbarie primate la beauté de l'engagement par une fervente Foi venue d'un passé révolu où tous croyaient en la puissance supérieure des Dieux.

Skol Ragnar Lodbrok, Lagertha shield maiden, Floki boat builder, Bjorn Ironside ! Que le Valhalla vous ouvre ses portes. Amen au Roi Ecbert, à son fils insignifiant mais courageux et à leur amante passionnée de liberté (le regard signifiant de Jennie Jacques entre folie et ferveur).

(*) Et je me contredis moi-même puisque je découvre les épisodes 10 à 20 de la saison 5 (aaah les droits de diffusion sur des bouquets différents, quelle grande idée...) qui sont bien plus faibles... Et la saison 6, à part pour le bon épisode sur Lagertha, torche les aboutissants et expédie le tout aux oubliettes. Le peu de charisme qui restait s'évanouit, c'est dommage.
Je garde néanmoins mon 7/10 car jusqu'à s5e10, ça le faisait.

ps : Il faut brûler la VF, encore une fois.

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