Le Lyons est mort ce soir

Avis sur Years and Years

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L'avenir fait peur, il l'a toujours fait, c'est dans son caractère. Alors bien sûr, il se trouvera toujours des gens vachement intelligents pour vous rappeler qu'il en fut toujours ainsi quelles que soient les circonstances, comme si cette peur n'était pas le putain de réflexe de survie qui depuis toujours nous a sauvé de l'extinction. Celle de notre époque est d'autant plus angoissante que beaucoup d'entre nous sortons d'une si longue période de stabilité que l'on a oublié d'être prudent, et que l'on se trouve maintenant tout stupéfait d'avoir à payer la note.

C'est ce qui va arriver à cette brave famille Lyons, et la note sera d'autant salée que c'est une famille à la fois grande et courte. On a quoi, 5 personnages principaux qui a eux seuls portent tous les virages les plus flippants du monde occidental sur 6 x 1H ? Bon, j'exagère, il sera assez peu question d'environnement, bouffer des protéines de synthèse paraît étrange mais pas tellement problématique au final (alors que c'est le manque d'eau potable qui risque vraiment de poser problème le plus tôt).

Traiter 15 ans sur 6 moments est plutôt malin, pour qui veut rendre flagrant l'aspect rampant des dérives politiques, sociales ou technologiques. Recentrer sur une seule famille serait une bonne idée, s'il n'y avait pas cette prétention ubiquiste qui rend l'ensemble artificiel voire invraisemblable, le regroupement de diverses problématiques autour du gay, du golden boy, de l'immigré, de l'handicapé, du transhumain, du militant extrême. Certains y voient de la bien-pensance, j'y vois de la connerie, pas néfaste mais presque : comment agiter pour que rien ne bouge. Vous pensez que Netflix et consorts collent des homos et/ou des trans dans toutes leurs séries pour faire prendre conscience de leur condition ? Ces 10 dernières années on a jamais eu autant de personnages homo à l'écran et autant d'homos qui se font insulter ou casser la gueule. Et si ça n'est absolument pas de la faute des producteurs, ils seraient bien inspirés de traiter de cette dérive là, au lieu de tout saupoudrer d'une norme télégénique factice.

J'aurais aimé donner à cette chronique la légèreté du jeu de mot ridicule et macabre qui la débute. Car ce titre n'était pas plus destiné à offusquer le chaland qu'à s'acoquiner aux mesquins chevaliers pourfendeurs de bons sentiments. Être ému par la noyade d'êtres humains en fuite ou leur parcage dans des ghettos est une réaction très saine ; cette série en balance le poids sans nous laisser le temps d'en mesurer la gravité, c'est plutôt ça le problème. Et quand je repense à mamie qui nous explique gravement à la fin que tout ça de toutes façons, c'est de notre faute, j'ai plus très envie de rigoler, certes, mais je me dis que cette fin vaut bien ce titre.

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