À deux heures par épisode, The American Revolution est un engagement considérable, c’est le moins qu’on puisse dire, et les rythmes narratifs familiers de Ken Burns, avec leurs lents panoramiques, leur musique solennelle et leurs commentaires appuyés, peuvent sembler le vestige d’une autre époque de la télévision. Les millennials et la génération X pourraient reconnaître ce style pour l’avoir vu maintes fois lorsqu’un professeur d’histoire faisait rouler une grande télévision dans une salle de classe froide, sans moquette ; pourtant, dans cette formalité se cache une profonde sincérité.
Comme dans beaucoup d’œuvres de Ken Burns, comme The Civil War, The American Buffalo et même Jazz, The American Revolution est aussi complexe qu’il est dense. C’est une marche dense, exhaustive et, oui, extrêmement gratifiante à travers une période des débuts de l’histoire américaine, qui traite les généralisations et les clichés comme les foules patriotes traitaient les loyalistes présumés.
La série construit son argumentaire comme l’a fait toute l’œuvre de Ken Burns : en essayant de raconter une histoire complète et en faisant confiance, peut-être avec une naïve dose d’optimisme, au fait que toutes sortes d’Américains voudront l’entendre. La série pourrait bien susciter la controverse en soulignant les contradictions des fondateurs. Mais The American Revolution est aussi profondément patriotique. Elle déborde d’amour pour la beauté naturelle de l’Amérique, pour sa démocratie et pour ses idéaux proclamés, même s’ils n’ont pas toujours été réalisés.
Des croquis contemporains de champs de bataille, de grandes peintures historiques d’après-guerre, d’élégants portraits des principales figures militaires et politiques, ainsi que des illustrations à l’aquarelle et des reconstitutions en prises de vues réelles discrètes donnent vie au récit. Par moments, Ken Burns utilise des reconstitutions, d’une manière assez générique. Comme dans d’autres projets de Ken Burns, le récit est tissé à partir de nombreuses histoires individuelles, mais c’est George Washington, le commandant de l’armée, qui se détache ici.
Et malgré la durée, l’ensemble avance assez vite. Pourtant, on en apprend davantage sur la violence des combats, sur leur caractère sanglant, ainsi que sur les profondes divisions entre communautés et même au sein des familles. Et s’il ne manque pas de figures héroïques, quoique imparfaites, ce qui tient le film ensemble, c’est ce qui a tenu les colonies ensemble : des idéaux, qui vivent plus longtemps que les hommes.