Illustration Cinéphile (2018)

Les meilleurs films de 2018 selon Toshirō

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par Toshirō est une réponse au sondage Les meilleurs films de 2018
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    First Man : Le Premier Homme sur la Lune (2018)

    First Man

    2 h 22 min. Sortie : . Biopic et drame.

    Film de Damien Chazelle avec Ryan Gosling, Claire Foy, Kyle Chandler

    Pur plaisir de salle, comme rarement j'en aurai eu. Ceux qui découvriront ce film chez eux vont y perdre beaucoup, la dimension intime étant ici moteur d'un truc grand, viscéral, intense, bref, ultra-cinégénique au sens le plus musical du terme, que, sur son canap, je doute de retrouver. Reste le perso de Ryan Gosling, mais son autisme (pris pour de la froideur) ne parlait déjà pas à beaucoup de monde au ciné, alors chez soi...
  • 2
    Bande-annonce

    Spider-Man : New Generation (2018)

    Spider-Man: Into the Spider-Verse

    1 h 57 min. Sortie : . Action, aventure et fantastique.

    Long-métrage d'animation de Bob Persichetti, Peter Ramsey et Rodney Rothman avec Shameik Moore, Jake Johnson, Hailee Steinfeld

    Énorme taf, énorme plaisir ! Le cinéma post-moderne, bien souvent depuis quelques années, irrite autant qu'il amuse. S'emparant de totems pop culturels que plus ou moins tout le monde s'est approprié, il fait mumuse avec, cligne de l'oeil, se met les fans dans les poche et les autres à dos. Puis le public non extrémiste passe à autre chose, tandis que les gardiens du temple s’étripent encore.

    Gros avantage de cet énième Spider-Man : il ne se contente pas de se reposer sur son héritage. Il s'en sert de rampe de lancement, ou peut-être même de skateboard, tant il y revient régulièrement, mais pour aussi tôt en redécoller, vriller, ré-assembler les morceaux comme un lego re-fait maison, et avec un peu plus d'élan que la première fois. Enfin, arrêtons là les métaphores. Ce que réussissent les auteurs de se films, c'est détruire et reconstruire dans le même mouvement ce qui fait l'essence (à mon avis en tout cas) de Spider-Man, et avec lui de la figure du superhéros. Faut voir, quand même, avec quelle intelligence les différents traumas initiatiques de Peter Parker sont redistribués dans l'origin story de Miles Morales.

    L'inventivité permanente de Lord et Miller, on la connaît, mais il y a ici bien plus : une maîtrise du récit héroïque le plus classique et efficace, une compréhension et une capacité à transmettre le cœur émotionnel de son histoire, et une putain d'envie d'y aller à fond dans un exercice de mise en scène/animation jamais vu jusqu'ici pour ma part. C'est bien simple, on dirait du Michael Bay mais tenu de bout en bout. Avec en plus, derrière, une infinité de couches méta avec lesquelles on joue façon pop art, mettant à rude épreuve la rétine, mais jamais au-delà de ses capacité. Un montage de dingue, des choix graphique forts, et un dynamisme constant.

    En somme : classique, moderne ou post-moderne, on s'en tape. Faut juste du savoir faire et de la sincérité !

  • 3
    Bande-annonce

    Ready Player One (2018)

    2 h 20 min. Sortie : . Action, aventure et science-fiction.

    Film de Steven Spielberg avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn

    Le Spielby ludique qu'on avait pas vu depuis un bout de temps avec ce niveau de maîtrise. Faillible de par l'origine du projet (trop de 80's traitées façon doudou d'amnésique) et, par moment, l'âge de Spielberg que je commence à sentir par-ci par-là. Le reste est un cadeau pour qui veut s'amuser à gratter toutes le couches du film et voir, émerveillé, comme elle servent la même petite et touchante histoire. Et puis cet instinct visuel, toujours aussi impressionnant...
  • 4
    Bande-annonce

    Under the Silver Lake (2018)

    2 h 20 min. Sortie : . Thriller, drame, comédie et film noir.

    Film de David Robert Mitchell avec Andrew Garfield, Riley Keough, Jimmi Simpson

    Parfois, il faut faire une connerie pour comprendre qu'il ne faut pas la faire. C'est un peu dans cet esprit que je comprend le parcours d'Andrew Garfield dans ce film. Et plus généralement, c'est, me semble t-il, la "morale" de D.R. Mitchell : à l'issu d'un film tourbillon, nous dire qu'il n'y a rien de mieux, au fond, que la pureté d'un film aussi simple que L'heure suprême de Borzage.

    De là le joli dépassement d'une apparente contradiction. Pas de fous furieux de la surinterprétation VS adeptes du 1er niveaux de lecture, juste différent chemins pour aboutir à une vérité intime, propre à chacun. Et comme le 1er chemin est... ben, justement, le 1er, emprunté par tout l'âge d'or d'Hollywood, autant suivre l'autre, en accord avec notre époque et ses montagnes produits de l'entassement d'un siècle de culture pop.

    C'est presque un genre : le film qui, par le biais des codes du polar, fraye dans les eaux crapoteuses de la mythologie hollywoodienne, sa faune, ses légendes urbaines, ses dieux, sectes, etc. Dans la lignée du Grand Sommeil, Le Privé et Inherent Vice, voici donc Under the Silver Lake. Sa carte est celle du terrain popculturel, avec lequel il joue un peu comme RPO. Une carte qu'il superpose à la jungle de L.A., contemporaine et, en même temps, des années 20, 30, 40, etc. jusqu'à nos jours en s'attardant particulièrement sur les traces laissées par De Palma et Carpenter.

    Les références sont non seulement digérées, elles font aussi l'objet d'une vraie réflexion sur ce véritable monde parallèle qu'elles constituent, et comment ce monde, par nos yeux, interagit avec l'autre. C'est tout le parcours d'Andrew Garfileld ici : creuser ce monde bis pour retrouver le premier. Mais rien de conservateur là-dedans. Le personnage est un minable, mais il amuse. Mitchell trouve la bonne distance entre empathie, embrassement de sa subjectivité et recul satirique.

    Bon, après, c'est long et forcément prise de tête. Mais plus le film avance, plus je me disais qu'il y a la quelque chose de rare : l'impression de voir quelque chose d'"inédit" se construire sous mes yeux. Bizarre, non ? En tout cas, le film aligne un paquet de scène du genre qui marque, de la rencontre avec l'architecte de ce monde bis aux multiples climax, du plus pharaonique au plus modeste mais pas moins extrêmement pensé.

    Bref, un film particulièrement maîtrisé, ludique et, chose rare, capable de produire sa propre mythologie. M'est avis qu'il ne s'est pas écrit en deux semaines.

  • 5
    Bande-annonce

    L'Île aux chiens (2018)

    Isle of Dogs

    1 h 41 min. Sortie : . Aventure, comédie, science-fiction et animation.

    Long-métrage d'animation de Wes Anderson avec Bryan Cranston, Edward Norton, Bill Murray

    Du ciné de gourmet. Trop bien réglé pour complètement emporter, mais unique, inspiré, et témoignant d'un véritable amour de la culture dont il s'empare pour parler au spectateur et citoyen du monde d'aujourd'hui.
  • 6
    Bande-annonce

    Roma (2018)

    2 h 15 min. Sortie : . Drame.

    Film de Alfonso Cuarón avec Yalitza Aparicio, Marina de Tavira, Diego Cortina Autrey

  • 7
    Bande-annonce

    Sur le chemin de la rédemption (2017)

    First Reformed

    1 h 53 min. Sortie : . Drame et thriller.

    Film de Paul Schrader avec Ethan Hawke, Amanda Seyfried, Cedric the Entertainer

  • 8
    Bande-annonce

    Suspiria (2018)

    2 h 32 min. Sortie : . Épouvante-Horreur et thriller.

    Film de Luca Guadagnino avec Dakota Johnson, Tilda Swinton, Mia Goth

    Il y a des films qui gagneraient vraiment (dans leur réception j'entend) à ne pas être enfermés dans les attentes et préjugés qu'ils suscitent à l'avance. L'avenir me donnera tort ou raison, mais mon petit doigt me dit que ce film sera dans plus ou moins peu de temps loué pour les même raisons qui font qu'on l'attaque - enfin, c'est un grand mot, déprécie serait plus juste - aujourd’hui.

    Éclaté, fouillis, trop remplis, impur, hétérogène, d'un drôle de goût ? Autant de symptômes d'un film "malade à dessein", d'une certaine façon. Guadagnino a en tout cas le mérite de ne pas jouer les timides. De même qu'il ne se fait pas prier pour creuser là (psychologie, Histoire, mythologie, féminin sacré) où Argento, fidèle à lui-même, se concentrait sur les formes et sensations.

    Le mythe des trois sorcières, ou du moins son pouvoir de fascination, en sort à mon sens grandit. Seulement voilà, il faut accepter de laisser tomber le conte à la Hansel et Gretel (c'est déjà fait, pourquoi le refaire ?) et entrer dans la proposition ici faite : la gamine n'est plus, c'est une femme, sexualisée. La Sorcière n'est plus un truc qui fait "simplement" peur, c'est, en toute logique, un regard sur la Femme et les féminismes, du plus aveugle, revanchard et autophages au plus souverain et équilibriste si ce n'est équilibré.

    Est-ce un hasard si le film paraît si écartelé ? Si les personnages s'y reflètent si souvent dans des miroirs ? Si les chorégraphies des danses découpent les corps entrecroisés de façon symétrique, genre papillons du test de Rorchach ? Ou encore si la dernière image est celle d'un cœur réunissant et séparant à la fois femme et homme (et doublement quand on sait que l'homme est une femme jouant aussi une autre femme dans le film ?

    'fin bref, m'est avis que ce Suspiria, dans sa boulimie de niveaux de lecture, son montage croisé quasi permanent ou encore sa générosité esthétique, est moins confus que battît sur une certaine idée de entremêlement pour ne pas dire du mille-feuille (quand on parle d'Histoire aussi...), à l'image même de ses séquences de danse, ce qu'elles dessinent dans l'image (esthétique du groupuscule gesticulant plus ou moins harmonieusement) ou de ses pistes sonores et narratives (à plusieurs strates).

    En somme, un film riche, courageux et - j'ai du mal à croire que j'écrit ça - européen pour le mieux !
  • 9
    Bande-annonce

    Hérédité (2018)

    Hereditary

    2 h 07 min. Sortie : . Drame et Épouvante-horreur.

    Film de Ari Aster avec Toni Collette, Alex Wolff, Milly Shapiro

  • 10
    Bande-annonce

    Blindspotting (2018)

    1 h 35 min. Sortie : 2018. Comédie et drame.

    Film de Carlos López Estrada avec Daveed Diggs, Rafael Casal, Janina Gavankar

  • 11
    Bande-annonce

    Les Veuves (2018)

    Widows

    2 h 09 min. Sortie : . Policier, drame, romance et thriller.

    Film de Steve McQueen avec Viola Davis, Michelle Rodriguez, Elizabeth Debicki

    Chose rare par les temps qui courent : voilà un film à l'écriture particulièrement remarquable, que l'on parle de narration (chorale, carrée et complexifiée par un certain nombre de twists tout sauf inutiles), de thématiques, de la psychologie des personnages ou encore et surtout du propos sous-jacent qui apparaît ici.

    Une américaine blanche (Gyllian Flynn) au scénario, un britannique black à la mise en scène, ajouter le talent certain et l'indiscutable intégrité des deux et vous obtenez un métrage au regard tranchant sur les situations des femmes et des noirs aux USA en 2018, leur rapports à l'argent, à la politique, à la violence (des milieu criminels, de la police, des élites), etc. Le tout passant par l'évolution des personnages, qui parviennent à illustrer certaines vues, incarner et retourner certaines idées préconçues et , en même temps, tout simplement exister en tant que personnages pour lesquels on se passionnent sans jugement mais avec une réelle empathie, même les salauds (Colin :))

    Autre élément intéressant : la capacité des deux auteurs à faire converger leurs visions, au point que, sans se confondre, celles-cis (une sur les femmes, l'autres sur les noirs) se renforcent l'une l'autre dans l'idée de cette lutte des personnages pour leur émancipation face au plus ou moins souterrains instruments de leur aliénation (économie, justice, histoire...).

    Et quoi de mieux, pour encore synthétiser, rendre audible à tous et donner de la force à ce projet d'écriture que de la faire passer par les voies du film de genre. Une première pour McQueen, mais un essai concluant, tant il ne perd rien ou vraiment pas grand chose en cinégénie. Montage extrêmement précis, idées de mise en scène en veux-tu en voilà (les montages séquence illustrant les rapport à leur milieu de Colin Farell et Daniel Kaluuya), direction d'acteurs nickel, casting et interprétations aux petits oignons... Non, vraiment, c'est vraiment du très beau boulot.

    Et puis, à l'heure des productions pseudo-progressistes et véritablement opportunistes (/féminisme ou antiracisme) tels que Black Panther, Wonder Woman ou même Get Out, le venin qui irrigue ces Veuves pourrait faire office de vrai vaccin ! Un film divertissant ET intelligent en somme, tout simplement.
  • 12
    Bande-annonce

    Mowgli : La Légende de la jungle (2018)

    Mowgli: Legend of the Jungle

    1 h 44 min. Sortie : . Aventure et drame.

    Film de Andy Serkis avec Rohan Chand, Christian Bale, Cate Blanchett

    Projet au long court émergeant des limbes après 5 ans de development hell, Mowgli n'est à l'arrivé sans doute pas pour tous. Le fait de l'intégrité d'Andy Serkis, poussant les possibilités de la perf cap encore un peu plus loin que vu jusqu'ici. Technique hybride, elle est ici utilisée comme telle, mixant les traits des acteurs avec ceux des animaux, dont le design de base hybridait déjà réalisme et stylisation d'inspirations diverses. Principal obstacle pour pas mal de monde, j'imagine. Et c'est bien dommage.

    Parce qu'au-delà de ce choix osé - lequel produit à mes yeux un véritable miracle avec Bagheera au moins - , il y a un vrai talent de conteur à l'oeuvre. La technique, on s'en doutait vu le tableau de chasse de Serkis acteur (Jackson, Spielberg, Nolan, Reeves...) impressionne régulièrement, d'autant qu'il est allé chercher l'expérimenté Michael Seresin pour chef op'. À 2 ou 3 plans ou raccords pas tops répondent ainsi une flopée d'idées de mise en scène, un montage aussi lisible que dynamique dans l'action, et un sens graphique très sûr dans les chorégraphies et la gestuelle des animaux.

    Mais derrière tous ses efforts, il y a aussi et surtout cette âme qui faisait défaut au Livre de la jungle de Favreau. En un sens, Serkis se rapproche ici d'avantage de la version de Zoltan Korda des 40's. La luxuriance de la jungle, ses couleurs riches, le traitement de la question de l'animalité en chacun, l'approche des animaux comme sortes de totems, d'achétypes quasi-mythologique (Kaa en Deus Ex Machina/figuration du destin/esprit de la jungle), et puis le parcours héroïque de Mowgli : autant de points communs, mais avec ceci en plus qu'ici tout semble incarné, animé en un sens presqu'"animiste" pour ne pas dire miyazakien.

    La structure du récit est campbelienne en diable, mais en rien rigide ou artificielle. Peut-être parce qu'outre les interprétations de ouf (ces voix, bordel !!), il y un vrai point de vu adopté par Serkis : celui de son petit héros - ou comment filmer la jungle à auteur d'yeux d'enfants. Peut-être aussi parce presque tout dans ce qui se passe à l'image se fait au prisme de l'évolution de Mowgli. En ce sens, la fameuse scène où ce dernier croise le regard de Sheer Khan sous l'eau, comme reflets l'un de l'autre, n'est pas qu'une fulgurance isolée.

    En somme, un très beau récit d’apprentissage, dur, sincère et audacieux où il faut, doublé d'un impressionnant (de maîtrise) premier film. De quoi regretter son exil sur Netflix.

  • 13
    Bande-annonce

    Les Indestructibles 2 (2018)

    Incredibles 2

    1 h 58 min. Sortie : . Animation, action, aventure et fantastique.

    Long-métrage d'animation de Brad Bird avec Craig T. Nelson, Holly Hunter, Samuel L. Jackson

    Tomorrowland et sa réception très polarisé m'aura ouvert les yeux sur la teneur "politique" du cinéma de Brad Bird, homme qui semble prendre le plus grand soin à interroger sans donner de réponses toutes faites les questions de liberté et d'aliénation de l'individu au cœur d'une société, ses normes et son vivre-ensemble.

    Le lien avec l'objectivisme a été suffisamment souligné il y a 3 ans, mais aussi assez caricaturé - la critique "de gauche" ayant taillé au Monsieur un sacré costard, celui d'adepte aveugle de la "philosophie" d'Ayn Rand, voire de nazi. Or, oui, il y a évidemment chez Bird un attachement forcené à la liberté de celui qui est doué ainsi qu'une défiance certaine pour toute institution susceptible d’apposer un plafond à ses rêves/ambitions.

    Mais là où le "surhomme" randien roule pour lui-même, affichant son "égoïsme rationnel" comme la chose la plus morale, l'héroïne de Tomorrowland ne demande qu'a "réparer" le monde, de même que les superhéros des 2 Indestructibles n'ont pour vocation que de sauver les gens. L'altruisme - vrai bête noir de Rand -, voilà ce qui, chez Bird, éloigne le héros de l'objectivisme. Et cependant que les "méchants", dans leurs tours d'ivoire qu'on dirait conçus par Howard Roark, font preuve d'un mépris pour le coup très objectiviste...

    Et puis, faut voir comment l’antagoniste portraiture les supers ici : un peu comme Ayn Rand parlant de l'Etat, quelque chose qui transforme les gens en incapables, en parasites, en dépendants. Enfi, bref, les réflexions sont menées d'une façon qui laisse des arguments de valeurs à tous. Et, poussé jusqu'au bout, on a presque l'impression de voire réapparaître la vieille question américaine du rapport entre individu et peuple.

    Autant de notions qui pourrait laisser craindre un pensum. Mais se serait mal connaître Brad Bird, lui qui a toujours en point de mire de stimuler le spectateur de toutes les façon possibles (intellectuelle, émotionnelle et sensorielle) sans hiérarchie aucune.

    Résultat : une continuelle explosion d'idées formelles, concepts, pistes d'interprétation (dont certaines qui auraient mérité d'être d'avantage approfondies) et une façon de questionner son époque, parfois même de tirer sur tout ce qui bouge, mais sans jamais prendre le contrôle d'un récit pourtant éclaté et fonçant à cent à l'heure. Ou le film comme la somme de toutes les facultés de ses personnages, et notamment de Jack-Jack, mais avec la maîtrise en plus.

    Et puis qu'est-ce que c'est drôle !
  • 14
    Bande-annonce

    Mission : Impossible - Fallout (2018)

    2 h 27 min. Sortie : . Action et thriller.

    Film de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Henry Cavill, Rebecca Ferguson

    Episode perfectible à plusieurs égards, parmi lesquels notamment le fait que de tous les Mission : impossible, c'est avec le 3 celui qui s’affiche le plus comme un épisode. La longueur se ressent aussi, et, franchement, le début peu inspiré, avec cette explosion de CGI, puis ces palabres et cette tendance à l’explication de texte me faisait peur. Au registres des reproches, je dirais aussi que, autant l'écriture des personnages et leur relation est, comme d'hab depuis Ghost Protocol, assez nickel, autant niveau renouvellement de la menace, ça sent le menu maxi best of de toute la franchise. Ce qui ne va pas sans plaisir, mais faute de mieux.

    Après, autant le dire tout net : quel pied, en 2018, de voir un vrai blockbuster à l'ancienne, généreux dans le spectacle, bien foutu techniquement, et qui n'a pas peur de voir les choses en grand. À ce niveau-là, d'ailleurs, ça sent l'influence de Nolan, que ce soit pour le choix assumé du gigantisme dans le final (registre peu familier de la franchise) ou dans ses macro-montages où la musique zimmerienne de Lorne Balfe soutient l'étirement de la tension. Une approche à double tranchant, tant cet étirement parait artificiel, mais dont je suis assez client (contrairement à la musique que je préférerais un peu plus "écrite" dans les autres scènes).

    Autre élément qui fait zizir, le traitement de la violence. On est clairement dans un PG-13, mais le goût de McQuarrie pour un certain ciné des 70's amène ici et là cette petite touche presque gritty - sachant que Tom Cruise le cherchait depuis un moment, ce côté un peu moins lisse, et auquel contribue la photo et ses tons un peu ocre. Ça reste gentil, évidemment, mais une flaque de sang servant un gag par là, une défiguration par ci, et puis ces habituelles bastons dont on sent les coups... Encore une fois, dans un paysage hollywoodien très propret, ça fait du bien.

    Pour le reste, ben c'est le personnage d'Henry Cavill, que j’apprécie particulièrement dans son côté brutas mais pas con pour autant. Ce qui fait un chouette contraste avec Hunt comme avec Solomon Lane. Un peu dommage que Rebecca Ferguson et Simon Pegg ne soit pas plus utilisés, toutefois, mais c'est un moindre mal dans une franchise de plus en plus chorale.

    En bref, pas mon épisode préféré, mais l'exigence de Cruise demeure. De quoi pardonner les petits problèmes et un léger manque de personnalité.
  • 15
    Bande-annonce

    Call Me by Your Name (2018)

    2 h 11 min. Sortie : . Drame et romance.

    Film de Luca Guadagnino avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg

    No comment. Ou alors si : snif.
  • 16
    Bande-annonce

    Ghostland (2018)

    Incident in a Ghost Land

    1 h 31 min. Sortie : 2018. Épouvante-Horreur.

    Film de Pascal Laugier avec Crystal Reed, Emilia Jones, Taylor Hickson

    Ouch ! Je l'ai senti passer celui-là. Expérience d'empathie extrême qui, face au sadisme déployé, trouve le juste équilibre qui me convient dans les films de bourrins virtuoses et presque fleur bleue (ou plutôt noire, très noire). La violence au ciné, je préfère quand elle fait vraiment mal, qu'elle soit esthétisée ou non. Au moins, c'est honnête. Et puis merde, qu'elle maîtrise dans la narration, qu'elle cohérence dans l'écriture de l'héroïne, et quelle capacité de la mise en scène à faire sentir (et compatir avec) ce que vivent les personnages. Brrrr, ça réveille le palpitant !
  • 17
    Bande-annonce

    Mutafukaz (2018)

    1 h 33 min. Sortie : . Action, comédie et thriller.

    Long-métrage d'animation de Shōjirō Nishimi et Guillaume Renard (Run) avec OrelSan, Gringe, Féodor Atkine

    Très beau melting poat d''imaginaire "pop-paranoïque". John Carpenter en sort divinisé, Matrix, James Cameron et Men in Black pas loin derrière. Et puis Los Angeles, la ville-cinéma aux accent latino, et en même temps un peu francisé. Je ne connais pas la BD mais ça à l'air d'être quelque chose, au point que le message "anti-haine" digne d'une Miss France passe comme une lettre à la poste. De toute façon, l'intérêt n'est pas là, on se fout du rapport au monde réel ici.En revanche, question cinéma, c'est sacrément généreux, assez proche du Spider-man into the spiderverse dans le côté bouillonnant, et en même temps il reste quelque chose de français là-dedans. Ne serait-ce que dans le rythme, qui n'a rien à voir avec la constante recherche d'efficacité du cousin ricain. Les dialogues aussi, sont très français.

    Après, il y a l'animation, avec d'un côté un character design sorti d'on ne sait où, et puis un sens de l'image presque "bayenne" assez dantesque. Il faut voir cette suite quasi perpétuelle de dutch angles, grand angles, plongées et contre-plongées ! Sans parler de l'usage de la 3D et des idées graphiques ou de cassures post-modernes dans la narration (ex: la vignette Pac-Man). La BO aussi, avec son beat hi-hop et ses quelques accent zimmerien parfois, à la Don Davis à d'autres moment, participe à l'identité du truc.

    Il manque peu-être un soupçon de de je ne sais quoi pour m'emporter totalement, mais le fait est que c'est une trés belle proposition de cinéma.

    P.S. : les luchadores fait interprètes/prophètes/bras armés du destin, ça aussi, c'est beau.
  • 18
    Bande-annonce

    Burning (2018)

    Beoning

    2 h 28 min. Sortie : . Drame, thriller et film noir.

    Film de Lee Chang-dong avec Yoo Ah-In, Steven Yeun, Jun Jong-seo

    Entre chien(s) et loup(s)

    Excellent exercice d’ambiguïté brillant particulièrement par son écriture, d'une finesse, d'une capacité à instiller le doute, à suggérer diverses pistes interprétatives sans que jamais l'une ou l'autre ne dépasse le stade de la possibilité, au point d'amener le spectateur que je suis à penser qu'il délire tout seul dans sa tête, alors que c'est bien le venin du film qui opère. Mais impossible pour moi de dire à quel moment j'ai été mordu. Et puis le tout est en outre enrobé dans une vision glaçante de la Corée et, au-delà, du Monde de 2018, quelque part entre création, libation et crémation - ceux qui ont vu le film comprendront. Drôle de trinité répondant au trio de personnages principaux, tous remarquablement interprétés par des acteurs utilisés avec beaucoup d’intelligence dans leur apparence et ce qu'elle suggère.

    La mise en scène, elle, est d'une sobriété exemplaire, mais pas moins précise. Car c 'est avant tout d'un film de personnages dont il s'agit là, avec ce trio dont chacun des pôles, pris dans des relations étranges avec les deux autres, leur permet de se réaliser, en quelque sorte. Il y a en tout cas comme ça un côté initiatique, sauf que la quête de transcendance débouche sur quelque chose d'autre, de plus tortueux. C'est de la cruauté du monde des hommes dont on fait ici l'apprentissage. Et les seuls dieux présents ici saignent à la fin, laissant les déshérités encore plus seuls avec les tourment de leurs désirs.

    En somme, c'est presque un film d'écrivain, tant l'écriture me semble ici relever de la littérature haut de gamme, du travail d'orfèvre. Pas le genre de cinéma que j’apprécie d'habitude. Mais là, pour le coup, je suis tout simplement sur le cul ! Les mots sont bien impuissant à décrie ce genre de proposition de cinéma aussi "banale" superficiellement et puissant souterrainement.

    P.S. : peut-être est-ce par ce que j'ai vu les deux films à deux jours d'intervalle, mais j'ai du mal à ne pas tisser un lien entre ce Burning et The Terrorizers d'Edward Yang, deux films (antonionien apparemment) portés par une semblable violence sourde, et dont les climax finaux entretiennent le même doute sur leur caractère réel ou fictionnel (chez l'un est l'autre, pas de réponse à cette question), tout en menant à leur terme cette idée de la violence comme quelque chose qui circule, qui détruit et créer à la fois.
  • 19
    Bande-annonce

    Sicario La Guerre des cartels (2018)

    Sicario: Day of the Soldado

    2 h 02 min. Sortie : . Action, policier, drame et thriller.

    Film de Stefano Sollima avec Benicio Del Toro, Josh Brolin, Isabela Merced

    La bande-annonce était mensongère, l'affiche aussi : cette suite de Sicario n'est pas du Steven Seagal. C'est la vraie suite de film de commande de Denis Villeneuve. Taylor Sheridan est toujours à l'oeuvre au scénario, mais sa tendance à faire dans l'écriture thématique à propos politique un peu lourd s'efface ici au profit de l'humain.

    Le premier film bénéficiait de autant qu'il étouffait sous la volonté auteuriste de son réalisateur. Ici, la stratégie est autres, plus discrète, plus proche des personnages. On vit les choses avec eux et non plus sur leur dos. Je veux dire par là que tout semble ici venir du terrain, de la vie, des émotions et du parcours des personnages quand, dans le premier, ceux-ci illustraient d'avantage un discours qui venait du dessus en quelque sorte.

    Je ne connais pas Stefano Sollima si ce n'est de réputation, assez flatteuse. Et force est de constater que le Monsieur est loin d'être un manche. Rares sont les réalisateurs qui réveillent en moi le genre de sensations que je n'éprouve d'ordinaire que chez Michael Mann. Le fait est que le film prend pour cadre un un système tentaculaire (réseau de migrants à la frontière tex-mex organisé par les Cartels) évoluant sous le niveau des radars, et qu'on nous fait découvrir comme en immersion, en mode undercover, au plus près des personnages, tous de très grands professionnels. Autant de choses qui me plaisent : souci authenticité, plongée au cœurs d'organisations militarisées où l'humanité peine à faire surface, etc.

    Il y a aussi cette façon d'aborder un phénomène social (trafic humain à travers les flux de migrants) et politique par la biais du genre, mais sans faire ni dans le misérabilisme, ni dans l'opportunisme, ni dans l'auteurisme bien-pensant. C'est une toile de fond mais pas un terrain de jeu cynique. Le propos politique de Sheridan demeure, mais ses gros sabots ont diminués de volume en même temps que Solima se rapproche de la réalité documentaire de ce qui est dépeint.

    Le reste, c'est une rigueur de mise en scène westernienne (une scène très spaghetti) qui impressionne dans les scènes de tension (cette caméra qui panote dans un véhicule pris d'assaut) et le parcours de personnages, deux adultes, pro, machines de guerres, qui montrent quelques symptômes de ré-humanisation (pas toujours super bien amenée pour celui de J. Brolin à la fin) et, à l'inverse, de déshumanisation contrainte et forcée pour les deux gamins. Les frontières, elles, demeurent opaques.
  • 20
    Bande-annonce

    Hostiles (2017)

    2 h 14 min. Sortie : . Aventure, drame et western.

    Film de Scott Cooper avec Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi

    Premier Scott Cooper qui m'emporte vraiment, ce que j'avais à lui reprocher jusqu'ici (son côté 1er de la classe) devenant presque une qualité ici. On sait le Monsieur grand fan de Cimino et du western. Du coup, oui, il y va encore un peu fort dans la solennité. Mais pas de quoi bouder son plaisir ! Car à côté de ça, on a droit à un film qui est le produit d'un grande maîtrise des codes du genre. Et cette fois moins pour faire exactement comme avant que pour produire de petites mises à jour.

    Résultat : sur le plan formel, c'est du classique, mais parfaitement accordé à son genre, son rythme et ses personnages, dont l'évolution ne peut se faire qu'en accord avec l'évolution des paysages. Donc ça parlotte beaucoup, mais pas pour rien dire. Et puis les silences, encore plus longs, sont encore plus parlants, notamment dans ses scènes où Blocker se rapproche de cette terre ricaine, accroupi, pensif, à l'occasion d'un montage malickien ou au cœur d'une imagerie ouvertement fordienne. Le tout avec une belle photo et de superbes paysages.

    Sur le fond, l'intérêt tient au fait que Cooper situe son film à la toute fin de l'époque de la Frontière. Aussi n'est-il plus question de seulement réveiller les vieux archétypes mais, plutôt, de faire la transition entre eux, tels que les avait par exemple laissé Ford à la fin du Massacre de Fort Apache, et la réalité historique. Comme si Blocker prenait la suite de John Wayne, mais en récupérant tout le poids de l'Histoire des guerres indiennes, regardée en face (et avec contrition !), comme dans un film des 70's.

    On nous le dit à l'occasion d'un échange avec son double (Ben Foster), Blocker a participer à Wounded Knee et connu Custer. Comme nombre de personnages de Cooper, son parcours est donc un chemin de croix, jusqu'à ce plan ou on le voit faire subir à un autre blanc (et filmé de dos, on dirait à lui-même) ce qu'il réservait jusque là à ses ennemis amérindiens...

    Ne reste plus alors à Cooper qu'à invoquer le train métaphore du retour à civilisation, nous faisant d'abord croire que Blocker, comme souvent le héros fordien, n'y sera pas accueilli, avant de finalement l'y inviter, par la porte de derrière, comme tous les marginaux. Superbe idée !

    Ah oui et puis il y a aussi le superbe personnage de Rosamund Pike - décidément très impressionnante cette actrice ! Et Q'Orianka"Pocahontas"Kilcher, pas vue depuis un bail. Et Wes Studi, dont le personnage sédimente toute la carrière.

    Enfin bref, bon jeune-vieux western.
  • 21
    Bande-annonce

    Les Frères Sisters (2018)

    The Sisters Brothers

    2 h 02 min. Sortie : . Western.

    Film de Jacques Audiard avec John C. Reilly, Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal

    Tout ce qui est d'or ne brille pas. On connaît ou non la formule de Tolkien (?), elle résume bien le propos de ce film en tout cas. Une "morale" sympa, mais surtout vraiment bien amenée dans l'écriture. Le roman de Patrick DeWitt doit être un sacrée pépite à ce titre, tant ses qualités d'écriture transparaissent dans le film de Jacques Audiard. Oh bien sûr, c'est très psychologisant et on a parfois l'impression, en écoutant ses quatre personnages bien bavards et sacrément éloquents pour voir que la moitié d'entre eux sont des culs-terreux, d'être devant une séance de psychanalyse de groupe - ce qui n'est pas vraiment attendu dans un western. Mais bon, c'est drôlement bien fait, ou du moins fin dans la façon dont les personnages agissent les uns sur les autres.

    Ce qui me laisse à penser que l'idée de la formule du chimiste, celle qui fait briller les minerais d'or dans le noir, autrement dit révèle ce qui est précieux, est tout sauf anodine. Fait historique ou pas, on dirait surtout une métaphore de la façon dont le personnage de Riz Ahmed, le seul des quatre qui n'a pas vraiment d'arc narratif, agit comme un révélateur vis-à-vis des 3 autres, les "forçant" presque à révéler ce qui les a amené jusque là, et, dès lors, à se remettre en cause, à faire émerger une autre facette d'eux-même. Bref, c'est un catalyseur. Processus alchimique qui peut sembler un peu brutal chez le personnage de Jake Gyllenhall - le fait est que la chose a lieu en grande partie dans des ellipses et qu'elle était déjà en germe dès le début (cf. l'usage de la référence à Thoreau).

    Mais pour les autres, c'est vraiment chouette à suivre. Les frères Sisters formant le cœur du film, ce sont eux qui restent le centre de l'attention. Et l'autre arme dont usent à merveille DeWitt et Audiard, c'est l'humour. Ce que semble ne pas comprendre un Scott Cooper par exemple, c'est que cet humour, loin d'être l'ennemi de la dramaturgie, est au contraire son meilleur allié, ou en tout cas, encore une fois, une sorte de révélateur. Par effet de contraste, il renforce en effet ce qui est dramatique. Et puis, non content de refléter bien plus fidèlement la vie réelle, et son ironie constante, il nourrit et finalement, je me répète, révèle l'humanité des personnages.

    Une belle humanité que les acteurs renforcent encore. Le reste, à partir de là, ne tient pas à grand chose : une certain façon d'aborder sans donner l'impression de les refaire les attendus du genre. La forme qui se plie au fond.
  • 22
    Bande-annonce

    Comment Trump a manipulé l'Amérique (2018)

    Unfair Game

    1 h 09 min. Sortie : .

    Documentaire de Thomas Huchon

    Une comparaison frappante d'un des intervenant du doc. : les data, c'est la nouvelle électricité du monde.
  • 23
    Bande-annonce

    La Forme de l'eau (2017)

    The Shape of Water

    2 h 03 min. Sortie : . Drame, fantastique et romance.

    Film de Guillermo del Toro avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins

    Film à oscar ? Rien à foutre ! Il y a trop d'envie de cinéma ici pour que je m’arrête à des intentions réelles ou supposées. Faut juste que, maintenant, l'ami Guillermo aille de l'avant. Le premier bilan est fait, j'attend les nouvelles recherches...
  • 24
    Bande-annonce

    Upgrade (2018)

    1 h 40 min. Sortie : . Action, science-fiction, thriller et Épouvante-horreur.

    Film de Leigh Whannell avec Logan Marshall-Green, Betty Gabriel, Harrison Gilbertson

  • 25
    Bande-annonce

    En liberté ! (2018)

    1 h 48 min. Sortie : . Comédie et policier.

    Film de Pierre Salvadori avec Adèle Haenel, Pio Marmaï, Audrey Tautou

  • 26
    Bande-annonce

    Aucun homme ni dieu (2018)

    Hold the Dark

    2 h 05 min. Sortie : . Thriller.

    Film de Jeremy Saulnier avec Jeffrey Wright, Alexander Skarsgård, James Badge Dale

    Étonnant qu'un tel film atterrisse chez Netflix, et son système appelant la consommation en mode junky, alors qu'Hold the dark est typiquement le genre de film qui réclame qu'on s'y arrête, qu'on stop le flux un moment et laisse mûrir ce qui est proposé, voir même qu'on y retourne pour envisager sous un nouvel angle certains éléments éclairant l'ensemble sous un nouveau jour une fois la fin en tête.

    Un film à mystère, doublé d'un western contemporain enténébré donc : voilà ce que propose ici Saulnier. Autant dire un drôle d'accouplement, mais qu'on aurait tort de réduire à une posture cachant du vide. Le réalisateur et son "frère" d'écriture Macon Blaire savent très bien ce qu'ils font, la deuxième vision le prouve. Si le personnage de Vernon demeure quasi-illisible, c'est un choix clair, précis et assumé jusque dans les quelques indices disséminés pour nous donner quelques réponses (une scène entre un père et son fils ici, quelques bouts de dialogues par là).

    Créer du mystère, c'est aussi générer de la fascination. Reste bien sûr à doser habilement questions restées en suspend et indices roboratifs. A ce niveau, il est certain que Hold the dark prend de sacrés risques, mais plutôt payants pour qui se laisse envoûté. Ce à quoi contribue grandement le travail d'ambiance. Plus encore qu'au niveau de l'écriture, Saulnier témoigne ici de toute sa maîtrise. De la lenteur des scènes d'échanges entre les personnages à la photo perturbant nos repères temporels (jour ? nuit ? entre les deux) en passant par des élément scénographiques se faisant échos d'une scène à l'autre (la grotte et la grange d'où sévit le tireur dans la scène de massacre, deux gueules de loup vomissant le chaos ; un tir de sniper au moyen-orient/celui à l'arc de Vernon bien plus tard, etc.), il y a de quoi satisfaire son cinéphile.

    Bien sûr, le rejet est compréhensible, mais Saulnier me semble être assez mal compris depuis la réception/surestimation de Blue Ruin par une large branche des critiques et cinéphiles y voyant la promesse d'un 2e Jeff Nichols. Là où, à ce qu'il me semble, le Monsieur se positionne d'avantage dans le registre du cinéma de genre. Un cinéaste déjà très content de pouvoir faire des films, sans grandes ambitions autres que celle de pouvoir continuer à en faire.

    Enfin bref, Hold the dark n'est à mes yeux ni un Anihilition (brassage de vide ou presque se donnant des grands airs pour la critique), ni un Wind River (plus limpide et clairement "à message").
  • 27
    Bande-annonce

    Les Heures sombres (2017)

    Darkest Hour

    2 h 05 min. Sortie : . Guerre, drame et biopic.

    Film de Joe Wright avec Gary Oldman, Lily James, Kristin Scott Thomas

    Pas grand chose sur le papier à moins d'être intéressé par l'Histoire - ce qui est mon cas. Mais Joe Wright sait y faire pour transformer l'ennui en truc qui te garde éveillé tout du long. On appelle ça un cinéaste !
  • 28
    Bande-annonce

    Heureux comme Lazzaro (2018)

    Lazzaro Felice

    2 h 07 min. Sortie : 2018. Drame et fantastique.

    Film de Alice Rohrwacher avec Adriano Tardiolo, Alba Rohrwacher, Agnese Graziani

    Quelque part au croisement de Candide, L'idiot et Affreux, sales et méchants. Un film qui ne manque pas d'idées, certes pas forcément neuves ni toutes très "abouties" dans leur prise en charge par la mise en scène, mais, pour certaines, assez belles.

    Le fait d'un regard, celui de la réalisatrice comme celui de son idiot du village tout en bonté désintéressée. Un regard qui peu caricaturer, dans une tradition bien latine, mais toujours avec une certaine tendresse. Puis il y a cette césure au milieu du film, cette scène où la musique vole littéralement dans les airs et, tout de même, neuf ou pas neuf, on sent fou un peu tant que c'est juste, la force de la fable (marxiste) sur la permanence (dans l'Histoire) de la pauvreté et de l'exploitation. Là, le temps pris par le temps à détailler les choses fait son oeuvre

    En somme, des longueurs typiques des films "intérechiants", mais une vraie singularité dans le paysage ciné contemporain (usage du 16mm, regard sur les déshérités, fable) et quelque chouettes scènes et personnages. Ce qui fait de ce Lazzaro Felice (très beau titre original) quelque chose de bien plus aimable parce qu'incarné et fait avec cœur et âme à mes yeux que nombre de pensums observant leur personnages comme les pantins véhiculant leur démonstration.
  • 29
    Bande-annonce

    Prospect (2018)

    1 h 38 min. Sortie : . Science-fiction et western.

    Film de Zeek Earl et Christopher Caldwell avec Sophie Thatcher, Jay Duplass, Pedro Pascal

  • 30
    Bande-annonce

    Paranoïa (2018)

    Unsane

    1 h 38 min. Sortie : . Thriller et Épouvante-horreur.

    Film de Steven Soderbergh avec Claire Foy, Joshua Leonard, Sarah Stiles

    L'idéal pour passer un bon moment le vendredi soir. Petit film, comme Steven Soderbergh semble prendre l'habitude d'en faire depuis quelques années. Ce qui n'est pas pour me déplaire. Le Monsieur se la joue modeste, mais ludique dans sa façon d'aborder le cinéma de genre, sans ambitions auteurisantes écrasantes. À peine perçoit-on la continuité d'un regard critique sur le système de santé ricain (comme dans Effets secondaires), et puis, bien sûr, ce coté un peu défiant vis-à-vis des institutions.

    Pour le reste, "amusons-nous" semble-être le mot d'ordre. Avec humour noir au programme et légeres expérimentations formelles. Pas de quoi fouetter un chat. Mais juste ce qu'il faut pour trancher avec une année jusque ici bien peu enthousiasmante dans le paysage hollywoodien. Filmé au smartphone, le film bénéficie d'un usage tout à fait pertinent de l'objectif type courte focale (limite fisheye) et sa grande profondeur de champ. Évident en effet de recourir à une image qui donne une impression de trop grande proximité avec les visages à l'avant plan lorsque qu'on filme la paranoïa et nombres d'autres situation malaisantes. À l'inverse, Soderberg recours aussi à quelques plans qui semble être filmés au téléobjectif (est-ce un réglage particulier du smartphone ?) pour dire l'impression du personnage d'être épié. Ajoutez à ça quelques autres idées (une surimpression d'un champ et son contrechamp lors d'un pétage de plomb par exemple) et je suis content.

    Question histoire/scénar, après, c'est sympathique, écrit de façon carré et, en même temps, ça manie bien l'ambiguïté : tout au long du film, je me demandais qu'est-ce qui vient de la psyché dérangée du perso de Claire Foy (dont le jeu d'yeux m'impressionne) et qu'est-ce qui a vraiment lieu. À la fin, certains éléments sont clarifiés, façon film mindfuck (cf. la reprise de l'idée de base de Shock Corridor pour un personnage), mais pas tout. Le film tourne encore dans la tête dans les jours qui suivent.

    Une idée de double programme avec Mother!, pour qui aime ce type de film où l'on s'amuse à voir le ciel tomber sur la tête de l'héroïne.