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Vie et mort du Shoegazing.

Avis sur Loveless

Avatar killer2chiourme
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Bon je vais faire une critique de Loveless parce qu'à part les auditeurs rétifs et les fans (dont un qui s'appelle Slowdive!!) il n'y a rien de vraiment intéressant à se mettre sous la dent.

Sans être nécessairement versé dans le shoegaze qui n'a produit que des groupes médiocres au cours de sa courte histoire (excepté les gentillets Ride qui n'ont pas cassé trois pattes à un canard mais qui étaient quand même un peu moins nuls que Lush et consorts), force est de reconnaître que Kevin Shields a sorti un chef-d'oeuvre, probablement l'un des 10 albums incontournables des nineties.

Il y a beaucoup de choses qui font la valeur de ce disque.

Pour commencer, les guitares. Shields invente un son (ou plutôt il parachève ce qu'il avait déjà commencé avec "Isn't anything") : beaucoup de distortion et de reverb, des accords ouverts et dissonants, des effets continus de vibrato. Ce son il l'a inventé, et c'est un son proprement inouï.

Ensuite, la production. On n'est pas chez Rage Against The Machine ici ("tu peux nous faire un son de batterie à la Albini s'il-te-plaît ?"). Si Kevin a envie de mettre la batterie en arrière-plan, il le fait. S'il a envie qu'on entende quasiment que le tambourin, il le fait aussi. S'il a envie de bypasser tous les filtres coupe-bas de la table, il le fait aussi (pourquoi se gêner ?). MBV est un groupe de rock mais toutes les batteries sont samplées, eh bien fuck it. Kevin Shields ne respecte aucune des règles d'ingénierie sonore ou de bon goût rock'n'roll et c'est pour ça qu'on l'aime.

Ensuite, les voix. Outre les lead, il y a les choeurs. Tout le ressort harmonique consiste à opposer un mur de bruit à la limite de l'audible à des choeurs très riches, dans la plus pure tradition pop (on parle des Beatles ou des Beach Boys là, pas d'Oasis) et à mélanger l'ensemble pour que ça ne forme plus qu'une seule et même matière. Sur ce disque les choeurs sont tout simplement magnifiques. C'est toujours l'ami Kevin qui s'y colle (quel bosseur ce Kevin) pendant que les autres sont en train de cuver (ou de dormir).

Bien, tout cela donne beaucoup de valeur au disque, mais malgré toutes ces qualités ça ne suffirait pas à en faire le chef-d'oeuvre qu'il est. S'il est si marquant, c'est pour une raison très simple : Kevin est aussi un excellent songwriter (en tout cas un excellent mélodiste). Les chansons tiendraient la route avec un autre habillage, car elles sont bien écrites, tout simplement. Il y a suffisamment peu de vraies bonnes chansons pour que ça fasse la différence.

Et pour finir, c'est grâce à ce disque pour lequel il a fallu deux ans de studio que Creation a fait faillite, ce qui n'était pas un mal, parce qu'ils commençaient sérieusement à se spécialiser dans la dance-music bas-de-gamme.

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