How I wish that I could fly

Avis sur Untouchables

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Après le succès planétaire de Issues, tant sur le plan commercial que critique, KoRn a besoin de marquer une pause. Fieldy en profite alors pour s'atteler à son album solo de hip hop gangsta (enfin il essaye du moins), tandis que David en pleine convalescence ouvre son restaurant de Sushis (qui a fermé depuis).

De son côté Jonathan Davis est appelé à collaborer avec Richard Gibbs pour la réalisation de 5 morceaux aux ambiances gothiques, pour le film Queen Of The Damned. Mais suite à des problèmes juridiques entre maisons de disques, il ne pourra malheureusement qu'enregistrer sa voix pour la BO, les interprètes étant tout autre sur l'OST. Cette expérience s'avère toutefois très enrichissante, tant le chanteur a encore progressé dans le domaine des compositions, mais aussi et surtout dans le registre vocale.

L'album sort en Mars 2001, et un mois plus tard JD retrouve les autres membres de KoRn pour commencer l'écriture des titres qui succèderont à Issues. Le processus de création va alors prendre 8 bons mois, chacun des musiciens ayant des problèmes personnels (on devine ceux qui conduiront Head à quitter le groupe) et les tensions au sein du groupe étant également au plus fort, Fieldy manquant notamment de se faire virer pour ses problèmes d'addiction aux drogues.

Mais c'est avant tout le choix du producteur qui va être le fruit de ce long enregistrement. Michael Beinhorn - qui a entre autre bossé avec les Red Hot Chili Peppers, Soundgarden, et Marilyn Manson - sera en effet décrit comme étant « cinglé » par Jonathan Davis. Mais selon Munky, c'est principalement dû à sa « tendance à approfondir et à insister sur les moindres détails ». Et c'est sur ces points là que l'album va démontrer toute sa richesse.

Démarrant sur un riff hyper saturé de Munky, l'intro de « Here To Stay » vous pète ensuite à la gueule dans le but de bien vous faire comprendre une chose : KoRn est de retour et vous allez en prendre plein les cages à miel ! La production de Michael Beinhorn fait des merveilles, permettant au groupe de sonner plus massivement que jamais, tout en accentuant son travail mélodique. La lourdeur de titres rouleau compresseur tel que l'excellent « Bottled Up Inside » ou l'explicite « Beat It Up Right » côtoient ainsi des titres plus mélancoliques.

Le groupe n'hésite d'ailleurs pas à sortir des sentiers battus, s'aventurant vers les terres new wave (genre cher à JD) avec le très aérien « Hollow Life » et son ambiance gothique, mais également vers l'Indus avec « Embrace » ou encore « Wake Up Hate » aux relents rageurs de Nine Inch Nails, voir de Ministry. Le groupe prend soin de ne pas oublier ses origines avec des morceaux à l'ancienne, « Thoughtless » abordant par exemple l'habituel thématique lycéenne.

Mais là où KoRn finira définitivement par surprendre, c'est avec l'expérimental « Alone I Break » qui résume à lui seul l'évolution du disque dans mon esprit. Atypique par son côté extrêmement calme, ce morceau m'a pendant longtemps déstabilisé, allant même jusqu'à le trouver putassié. Mais à force d'écoutes, son ambiance imprégnée de nostalgie tournant autour des tensions qui frappaient le groupe, a fini par me faire changer d'avis.

Un groupe dont les musiciens sont au sommet de leur art. David, suite à sa blessure au bras, a certes quelque peu perdu en subtilité, mais cogne encore plus fort qu'auparavant (Bottled Up Inside pour la citer encore une fois) et a tout garder de son groove efficace (Here To Stay sonne limite disco par moment). On notera aussi l'utilisation de l'informatique ainsi que de boites à rythme qui apportent un intérêt certain aux compos. Fieldy qui n'a pas oublié le slap (Blame), continue à explorer la voie mélodique qu'il avait entamé sur Issues. En résulte des parties moins agressives, mais certainement ses plus belles lignes de basse (One More Time, No One's There). Le duo de guitaristes qui a toujours expérimenté les effets depuis le premier album, et encore plus à partir de Follow The Leader, signe ici une prestation de haute volée. Ainsi les mélodies de Head sont bien appuyées par les riffs hargneux et lourds de Munky.

Quant à Jonathan Davis, si ses textes ne sont pas d'une grande profondeur, le chanteur abordant ses sujets de prédilection habituels, l'adolescence, le sexe ou bien encore les problèmes au sein du groupe, c'est clairement au niveau du chant qu'il affiche des progrès énormes déjà entrevus sur la BO de Queen Of The Damned. Des couplets mansonien de « Make Believe » en passant par le growl d'« Embrace » ou la douceur d'un « Hollow Life » JD dévoile une panoplie vocale extraordinaire. Les refrains sont tous sublimes, et les break, à l'image de celui de « Hating », monstrueux. Et pour ne pas faire les choses à moitié, il en profite également pour ajouter des couches mélodiques supplémentaires à travers diverses superpositions de voix ainsi que des chœurs aux fortes sonorités gothiques.

Les morceaux fourmillant de petits détails, le gémissement féminin au début de « Beat It Up Right » ou les borborygmes du break de Bottled Up Inside par exemple, le mixage d'Andy Wallace est un vrai régal au casque. Du coup, même après dix années d'écoutes, je me surprend à encore découvrir de nouvelles sonorités. Preuve ainsi que l'acharnement de Beinhorn en valait la chandelle.

Et puis il y a comme sur les 4 albums précédents le point culminant émotionnel du disque. J'irai même jusqu'à dire LES points culminants, tellement « I'm Hiding » et son alternance couplet froid / pré refrain et refrain surpuissants aurait très bien pu clôturer Untouchables. Mais c'eut été le cas si KoRn n'avait pas écrit SA masterpiece : « No One's There ». Le groupe démontre dans ce morceau toutes ses qualités d'écritures. La basse a rarement été aussi mélodique, la batterie aérienne est soutenue par des nappes de chœurs mélancoliques à souhait, tandis que les riffs lourds de Munky répondent à la longue plainte de ceux de Head. Jonathan Davis ajoute à tout cela une touche de fatalité qui lui donne toute son ampleur avant un break final explosif et la reprise de la mélodie initiale qui viennent achever l'auditeur. Un clap de fin grandiose pour un album qui l'est tout autant.

Malheureusement, l'album ayant été leaké dans sa version non définitive, 3 mois avant sa sortie en juin 2002, le disque aura eu un succès commercial relatif (4 millions d'album vendus à travers le monde quand même). Les critiques et certains fans seront aussi sceptiques, les expérimentations du groupe en ayant déboussolé plus d'un. Un manque d'enthousiasme apparaitra au sein même du groupe, Head avouant ne pas aimer l'album. Gageons que c'est le pénible processus d'enregistrement qui en soit la cause, car ses tatouages et sa récente guitare à son effigie viennent toutefois contrebalancer ses propos.

Enregistré avec un logiciel habituellement utilisé pour la musique classique ou le jazz, Untouchables est encore à mes oreilles ce qui se fait de mieux aujourd'hui en matière de recherches sonores, de mixage et de puissance émotionnelle. Le Chef d'Œuvre sur-mésestimé de Korn. Dommage que le groupe ait enchaîné des erreurs plus ou moins grandes par la suite car s'il avait été le dernier album du groupe, Untouchables aurait été le chant du cygne parfait pour clôturer une carrière jusqu'alors sans faute.

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