Le Quantum of Solace de Bourne

Avis sur Jason Bourne : L'Héritage

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Dans le premier film de Tony Gilroy, "Michael Clayton", il y a une séquence ahurissante, un montage parallèle tout puissant entre George Clooney qui marche vers des chevaux et deux hommes qui tentent de faire exploser sa voiture à l'aide d'une bombe. Tout le film reposait sur une tension étrange, tirée par une écriture impeccable et surprenante.

Pour ce "The Bourne Legacy", que Gilroy a co-écrit avec son frère et réalisé, il n'y a rien de tout ça. De la première à la dernière minute, nous sommes devant un long et pénible film d'action qui se cherche et ne se trouve jamais. L'ouverture du film alterne bla bla de thriller et alpinisme, donnant au spectateur l'impression d'être arrivé trop tard et d'avoir manqué quelque chose. Quand la machine démarre enfin, ce n'est que mollement et à petit régime. Gilroy, qui avait pourtant travaillé sur la trilogie originale, se plante ici totalement, alignant les séquences obligées de Bourne — la triple course-poursuite, la chambre d'hôtel, la fuite dans la foule, etc. — sans y rajouter quoi que ce soit d'original, d’attrayant ou de motivant pour le spectateur.

La faute en revient peut-être au héros. Les gens n'aimaient peut-être pas Matt Damon qui, avec sa gueule de minet, n'avait pas la carrure pour le rôle. Pourtant, il a fait le rôle ; un espion intelligent et puissant, capable de violence inouï mais doué d'empathie. Renner, qui aligne les blockbusters, endosse lui un personnage de militaire débile, shooté aux hormones, plus MacGyver qu'autre chose. Si sa gueule ne me revient pas, c'est aussi parce qu'il a l'air bête, du début à la fin et offre à Rachel Weisz toute la latitude pour jouer autre chose qu'une potiche (cf. la course-poursuite finale, carrément nulle).

Ne mettons pas tout sur les épaules de Renner : en plus d'une tripotée de seconds rôles castés (pièce à conviction : le noich méchant) ou dirigés (pièce à conviction : Ed Norton) n'importe comment et d'une musique qui peinent à arriver au niveau d'un John Powell, le film ne décolle jamais, s'enlise dans un scénario encore plus tiré par les cheveux et à la limite d'une version ciné de The Sentinel, la série, oui oui, la série.
Tout n'est pas à jeter : le montage du film — signé par John Gilroy, le frère jumeau de Dan Gilroy, co-scénariste du bouzin et frère aîné du réalisateur — massacre allègrement quelques bonnes idées de mise en scène et deux-trois bonnes séquences surnagent (la fusillade au laboratoire, la torture dans la maison, Rachel Weisz qui hurle dans la rue, sans doute le seul moment excitant du film) dans un océan de médiocrité.

Car en fait, si The Bourne Ultimatum était déjà un peu de trop, incapable de réellement réinventer ou d'aller encore plus loin et plus fort que Supremacy, ce Legacy est une pitoyable tentative de se faire du fric sur le dos des spectateurs amoureux, oui, ils existent, d'un certain cinéma d'action.

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