McConaughey au sommet

Avis sur Killer Joe

Avatar Wallyd Becharef
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Fini le cinéma hollywoodien édulcoré, avec une morale et tutti cuanti. Fini le cinéma indépendant qui choque pour choquer, sans réel sens derrière, ni même beauté. Friedkin est de retour, 6 ans après Bug, et compte montrer qu'il est ni rouillé, ni mort, ni en panne d'inspiration.

Très vite, on reconnait sa patte. Le film est posé, calme, tranquille, mais met sacrément mal à l'aise. La musique de Tyler Bates y est pour beaucoup. L'ambiance est d'emblée pesante. On redécouvre Thomas Haden Church, aime toujours autant l'excellent mais néanmoins éclectique Emile Hirsh, Juno Temple s'affirme enfin comme une réelle actrice, parfaite en lolita perdue et torturée - on remarquera d'ailleurs quelques parallèles avec le Lolita, justement, de Kubrick - mais c'est quand McConaughey arrive à l'écran que le film prend une toute autre dimension.

Friedkin offre à l'acteur dont on a souvent critiqué l'hygiène (j'étais obligé, désolé) le rôle de sa vie. Il montre à tous que c'est un acteur, pas seulement un mannequin à midinettes allergique aux déodorants (encore une fois, désolé). McConaughey est dantesque, de bout en bout. Et surtout flippant. Si flippant que lorsqu'il apparait pour la première fois, on se demande si c'est bien lui ou un autre acteur, tant il en impose. Il eclipse les autres acteurs, pourtant tous au top, et nous offre un des plus beaux méchants vus depuis quelques années. Clairement une prestation mémorable.

Et si certains pourront être allergiques à cette lenteur, pourtant propre au réalisateur, le film ne tombe jamais dans un faux-rythme, ne perd pas de temps, et fait monter la tension au fur et à mesure que l'action continue. On pensera souvent au très mauvais Killer inside me. Killer Joe lui est très similaire, mais il a une énorme différence avec celui-ci : un réalisateur. Un réalisateur mûr, calme, pas un ado attardé qui veut choquer dans les chaumières.

Si les 20 dernières minutes seront si jouissives qu'on en oubliera peut-être les 80 autres, ce n'est que pour encore plus imposer le propos sale, malsain, même triste, on peut dire, de l'histoire d'une fille à la relation quasi-incestueuse avec son frère qui cherche juste à fuir quotidien et famille grâce à son amourette.

Très peu de non-dits, de redites, de futilités, Friedkin s'impose une fois de plus comme l'un des seuls réalisateurs des années 70-80 à avoir su continuer à faire de vrais bons films dans les années 2000. Et de nombreux plans et scènes nous font penser qu'il a encore beaucoup à dire, tant il arrive à rendre ce propos dégueulasse magnifique grâce à sa caméra. Ca faisait longtemps qu'on avait pas vu dans ce genre une si belle maîtrise de la réalisation, du montage, et surtout de la photographie.

"Le meurtre n'a jamais eu aussi bon goût."

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