Avis sur

Laurence Anyways

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La première chose qui m'a frappée, c'est le format de l'image. Loin du 16/9, Laurence Anyways se montre en 4/3 peut être? Comme un film Instagram, cette application qui donne automatiquement un cachet retro à vos mauvaises photos.

Et c'est cette recherche du rétro et de la brocante qui semblera être le fil conducteur du film. Pourquoi jeter des dates à l'écran? Pour nous expliquer le parcours torturé d'un transsexuel M2F (Melvil Poupaud) qui veut rester avec sa blonde (Suzanne Clément)? Absolument pas là réside la grande arnaque de ce film. On nous montre à quel point les chineurs de l'équipe, sans doute Xavier Dolan lui même, on été minutieux dans les reconstitutions des ères successives dans la belle province.

L'autocongratulation d'avoir été bon se manifeste dans une pléthore d'objets. Paquets de cigarettes, lunettes, dashboard d'automobile (dont on sort peu), portes clefs, cendrier, placards de cuisine, télécommandes, meubles en bois, bibelots laids (dans le foyer hétéronormatif), téléphone en bakélite, service à thé d'époque, tout est là, astiqué et prêt à s'exhiber sous la profondeur de champ ultra courte de la caméra.

Toutes ces femmes sortent finalement assez peu, et dès qu'on se retrouve dehors, c'est pour tartiner l'écran de symboles. Comme cette ruelle tendue de fils où sêchent des vêtements (mais sans appartements) où on comprend que c'est la passion entre Fred (la fille) et Laurence (le gars à date). Comment cette ile où pleuvent des vêtements (*) et où se baladent notre couple, maintenant rendues 2 femmes chaussées de Vuarnets criardes. Comme cette rue où pleuvent beaucoup trop de feuilles d'automne, ou cette autre rue où ça pleut beaucoup trop fort, du coup Laurence rentre dans un Déli et regarde des visages de très près.

Car si Xavier Dolan filme avec amour ces objets, il filme également les visages très fort, notamment la mobilité des yeux. Il attaque sans pitié les détails de la peau. Cette peau piquetée de poil de Laurence (Melville Poupaud) qui deviendra imberbe à la fin, à l'inverse de la femme qui l'interroge, toute duveteuse ou encore les maquillages encore et encore.

Le souci de ce film, c'est qu'il n'est pas un film polémique du tout et sera sans doutes vendu comme tel. Laurence Anyways est un enchaînement de scènes, où Xavier met la musique très fort, filme ses comédiens de dos, marchant, filme son amie Suzanne Clément à poil mais de très loin, s'étourdit avec les lumières et les détails, nous fait des clins d'oeil en nous offrant des rappels de compositions pour nous montrer qu'on est intelligents et bons de voir qu'il est intelligent et trop balèze.
Mais de contenu: que nenni. Rien ne tient debout, ne cherchez pas ici un récit sur le changement de sexe, sur l'identité, une reflexion sur la place de l'homme, de la femme, c'est du toc. Les personnages n'ont aucune profondeur, leurs choix et leurs histoires ne sont pas vraisemblables passées les 30 premières minutes qui fonctionnent. Ensuite, accrochez-vous car il reste encore 2h10 de scènes avec poésie, ralenti, symboles, musique forte, objets colorées et yeux qui bougent.

Le 3eme film de Xavier Dolan confirme donc sa technicité mais j'aimerais bien qu'il nous offre un récit pour son futur long métrage. Qu'il arrête de faire croire qu'il va parler de ce sujet ô tellement moderne de l'identité sexuelle quand il n'en parle finalement pas. L'histoire manque cruellement, si bien que les acteurs, si contents de jouer pour Dolan au début du film, finisse par toujours s'engueuler. On les comprend.

Certains cyniques verront dans le choix de ces acteurs français (excellents) une volontée de lancer une opération charme sur le vieux continent, tout en montrant au gens restés au pays à quel point on est devenu une big shot. Il va sans doutes réussir, en faisant croire au film scandale, qui ne peut être fait que dans des contrées socialement plus avancée. Nathalie Baye va sans nulle doute être une ambassadrice infaillible pour Xavier Dolan en France, tout comme Suzanne Clément a pu l'être au Québec.

Mais en vérité, c'est un exercice de style très narcissique, bien trop long et pas très intelligent.

(*) Oui, parce qu'au début, tu vois, Laurence qui est encore un homme à la voix grave jette des vêtements sortis de la machine sur Fred, sa copine. Plus tard, elle fera de même sur son fils, issu d'une union trop normale, donc forcément fausse et chiante.

(*) Vu à Montréal, à 2 jours de sa sortie, le film est précédé d'un petit 30 secondes où Xavier Dolan s'adresse à nous en toute simplicité, casquette Adidas noire à l'envers, depuis la plage à Cannes. Il espère sincèrement que nous aimerons son film. Histoire de désamorcer les accusations de narcissisme ou bien pour nous rendre complices de sa conquête?

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