Quand l'hiver se substitue au printemps

Avis sur Quelques heures de printemps

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Dans le nouveau film de Stéphane Brizé, réalisateur qui m’est relativement inconnu, un fait frappe après que quelques minutes se soient écoulées : les heures de printemps promises par le titre s’évanouissent pour laisser place à un désenchantement social de la vie d’Alain Evrard, ancien prisonnier de 48 ans récemment libéré qui retourne vivre chez sa mère, faute de logement.

Si le réalisateur tente des intrigues secondaires avec Clémence (Emmanuelle Seigner) pour Alain et Monsieur Lalouette (le génial Olivier Perrier) pour Yvette, l’enjeu central du film reste la relation conflictuelle entre Alain et sa mère, qui a découvert qu’une maladie incurable allait l’emporter fatalement vers d’autres mondes.

Comme avec les films de Joachim Lafosse (« Nue Propriété » notamment), le réalisme des situations, des conversations, des conflits, des disputes, des enlacements amicaux ou amoureux est assez hallucinant. Posant sa caméra comme un documentaliste de fiction, à mi-chemin entre la spontanéité d’un numéro de « Strip-Tease » et la qualité de la dramaturgie cinématographique, Stéphane Brizé multiplie les plans-séquences qui exploitent magistralement la performance des acteurs.

Vincent Lindon, certes abonné à ce type de rôle depuis quelques années, livre une prestation remarquable tout comme Hélène Vincent qui suscite l’émotion à chacun de ses passages lorsqu’elle voit son fils lui échapper au moment où elle aurait le plus besoin de lui. Mention spéciale à Olivier Perrier qui campe avec brio le voisin d’Yvette, personnage tragicomique coincé dans la relation d’Alain et de sa mère par la complicité qu’il peut avoir avec les deux.

À une échelle plus large, le film pose bien évidemment le débat sur l’euthanasie et le droit de mourir dans la dignité. Dans des scènes en Suisse qui nous paraissent aujourd’hui encore surréalistes, le débat se pose comme jamais au cinéma où toute la procédure et les rituels du suicide assisté sont montrés au spectateur sans ménagement aucun.

Ému comme rarement je l’ai été au cinéma, ce film beau et mélancolique sur la relation avec ses parents, sur la maladie et sur la mort est le chef d’œuvre du cinéma français en cette année 2012. Poignant, sans fioritures ni pathos, « Quelques heures de printemps » touche au plus profond de nous-mêmes. À voir ces comédiens élever si-haut le niveau de leur jeu, on se dit que le cinéma français, qu’on croyait perdu, a encore de beaux jours devant lui. Un très très grand film !

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