Avis sur

The Social Network

Avatar LeYéti
Critique publiée par le

Je pense sincèrement que The Social Network est un chef d'œuvre, visuellement, musicalement, scénaristiquement. Les acteurs sont brillants, la mise en scène vertigineuse comme le dit si bien un Freund. Mais j'avais envie, après une seconde vision, de creuser un peu plus l'impression étrange que j'avais en tête depuis hier :

***

Il ne faut pas juger un livre par sa couverture. Voilà le credo de Sorkin dans cette adaptation brillantissime d'un bouquin mais surtout d'un fait d'actualité, d'un changement social brutal et renversant. Comme le dit si justement Sean Parker dans le film : "Nous allons vivre sur Internet" et c'est exactement ce qui se passe aujourd'hui avec Facebook.

On peut passer du temps sur les réussites de Sorkin et de Fincher — et de toute l'équipe — mais il y a un point qui m'a frappé. Entre ma première vision et la seconde il s'est écoulé exactement vingt-quatre heures. Au fil des heures, la structure du film me semblait de plus en plus claire, presque évidente. Elle est loin d'être systématique — alternance très "Citizen Kane" entre passé et présent —, elle est presque organique tant le point de vue temporel et spatial semble parfaitement chronométré.
Pourtant, le véritable génie du film et du scénario m'ait apparu dès les premières minutes de la seconde vision. Il s'agit d'une structure très difficile à gérer, très complexe, surtout quand elle est mêlée à un univers aussi peu visuel que celui de l'informatique : le personnage principal est aussi l'antagoniste principal.

Plus simplement, le personnage principal, le héros, celui qui est sur l'affiche, celui dont tout le monde parle n'est pas celui qui vit le plus de conflit, le plus d'obstacle, le plus de souffrance. Ce n'est pas celui qui perd tout. Il est même loin d'être celui qui a le plus évolué. Sortons un instant de cette nomenclature pour réfléchir aux conséquences. Peu de films arrivent à tenir tout un film avec un personnage principal antagoniste ; l'empathie est complexe, le spectateur se sent souvent rejeté et/ou mal à l'aise. Attention, je ne parle pas d'un personnage négatif genre un héros de film de mafia ou autre. Je parle d'un personnage antagoniste.
Il y a deux exemples de réussite. Premièrement nous avons d'une manière générale les bons méchants de films de super-héros. Leur naissance est douloureuse, leurs motivations finalement pas si mauvaises que ça. Quand ils affrontent en plus un personnage comme Batman, ils deviennent d'autant plus sympathiques que leur ennemi est froid. Typiquement Catwoman ou le Joker des Burton tombent dans cette catégorie.
L'autre exemple d'antagoniste qui est aussi le personnage principal est... Citizen Kane. En plus des références évidentes peut-être plus cinématographiques (la course au début du film, la naissance d'une idée par/sur une fenêtre, la course au succès puis la solitude totale, etc.), le personnage de Zuckerberg est un écho direct à Charles Foster Kane : un retour vers l'enfance, une folie et un autisme uniques.

Au fond, Kane est terriblement humain parce qu'il semble impénétrable et "méchant". Chez Fincher, Zuckerberg est terriblement humain pour les mêmes raisons. Les motivations des deux personnages, leur ambition, leur autisme — presque du romantisme finalement — sont d'autant plus puissants qu'ils servent à démontrer la solitude de l'homme qu'il soit le riche ou le plus célèbre, le plus talentueux ou le plus entouré. 600 millions d'amis, c'est la preuve qu'on en a aucun.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 3303 fois
169 apprécient · 22 n'apprécient pas

LeYéti a ajouté ce film à 5 listes The Social Network

Autres actions de LeYéti The Social Network