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Le Portrait de Dorian Gray

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Le Portrait de Dorian Gray laisse un drôle de souvenir à son lecteur lorsque ce dernier referme le livre ; un goût de satisfaction apporté par la qualité de l'écriture des dialogues, véritables ping-pong verbaux par moments (entre Lord Henry et ses interlocuteurs, que ce soit Dorian Gray, Basil Hallward ou bien une quelconque Lady britannique), mais aussi un goût un peu plus fade, réminiscence de passages narratifs moins percutants et surtout de passages descriptifs assommants.
Ainsi l'auteur convainc bien plus dans une écriture théâtrale, mélange de brève peinture d'un Londres mal famé et de pièces de manoir richement décorées et de dialogues au cynisme exacerbé, au rythme emballant et à la finesse remarquable. A ce petit jeu Lord Henry se montre vite le plus habile des intervenants avec son immoralité troublante (qui agira sur le jeune Dorian), envoutante et même dangereuse pour les personnes le côtoyant. La scène où il échange avec Gladys est d'ailleurs un véritable sommet et porte le dialogue au statut d'art !

L'art, plus précisément la beauté, est d'ailleurs l'un des thèmes les plus présent du roman d'Oscar Wilde, que ce soit à travers le métier et la vison d'artiste de Basil Hallward, la philosophie hédoniste de Lord Henry (qui cherche le plaisir et non le bonheur) et bien sûr la beauté du héros éponyme et son aura de muse. La beauté et ses conséquences (Dorian finira par regretter sa physionomie parfaite ayant engendré la création du tableau), la beauté et sa fugacité (sur les autres personnages, notamment Harry, Alan mais aussi la prostituée de établissement procurant de l'opium) mais surtout la beauté et son influence presque maléfique, celle qui poussera Dorian à pactiser avec le Diable, en tout cas avec son portrait.
Cette volonté de placer la beauté et le plaisir au centre de l'œuvre se retrouve dans la qualité des réflexions abordant ce sujet, dans les phrases aux allures d'aphorismes de Lord Henry qui pourtant semblent masquer par moment une volonté de choquer à tout prix les biens pensant londoniens, sans que l'on soit sûrs que celui que Basil appelle Hary pense réellement tout ce qu'il déclame.

Mais Oscar Wilde n'a malheureusement pas réussi à atteindre ce degré de perfection étalé dans l'écriture des dialogues, dans la narration elle-même et surtout dans les descriptions. Ces dernières sont au mieux inutiles et vites oubliées, au pire assommantes comme le passage sur les obsessions de Dorian à propos des bijoux, meubles ou musiques... bien trop long et riche en détails.
La narration échoue elle aussi à certains moments et l'on peine ainsi à retrouver l'écriture d'un Dostoïevski, par exemple, dans l'expression de la culpabilité de Dorian après l'assassinat de Basil Hallward, bien qu'il faille nuancer cette critique en soulignant le remarquable moment de fièvre et de désir retranscrit par l'auteur lors de la visite de Dorian dans le quartier portuaire de Londres, à la recherche d'opium... et surtout à la recherche d'oubli !
Pour le reste l'intrigue est assez classique et conventionnel, et l'on est guère surpris d'apprendre que la jeune Sibyl Vane s'est suicidée suite au changement d'attitude de Dorian, ou encore que l'homme abattu par hasard lors de la chasse organisée au château de Dorian Gray n'est autre que le frère de cette dernière.

Avec Le Portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde propose une splendide œuvre théâtrale, percutante dans ses dialogues, cynique dans son propos, belle dans sa thématique mais tout juste empreinte d'une certaine lourdeur dans sa narration.

Peut-être pour souligner que c'est à côté de la laideur que se révèle la beauté, à côté de l'ennui que se révèle le plaisir...

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