Avis sur

Breaking Bad

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Inutile, au sortir du neuvième épisode de la quatrième saison de l'inénarrable Breaking Bad, de s'appesantir encore sur les antécédents de Walter White : ses talents de chimiste, son existence étriquée remise en cause par la maladie et l'entrée dans le monde de la drogue n'ont de valeur qu'étudiés sur le long cours. Inutile, également, de s'étendre sur la réalisation bariolée, les aperçus du Nouveau Mexique et la rigueur de la construction. Malgré la photographie un peu criarde et une esthétique parfois pompeuse à force de vouloir surprendre à tout prix, l'ensemble fonctionne très bien et distille son lot de scènes marquantes. Je ne reviens pas non plus sur l'effectif génialement campé. Tout le monde l'a dit et répété : Cranston, chauffé à blanc, porte le casting — déjà fort bon — sur ses épaules, avec, à l'autre extrémité, Esposito en iceberg vendeur de meth qui permet, comme une sorte d'étalon, de mesurer l'ampleur des métamorphoses subies par Walt.

Et, en effet, c'est principalement sous l'aspect psychologique que Breaking Bad excelle. Si, après une quarantaine d'épisodes, White abandonne l'estrade d'un établissement scolaire de seconde zone pour ressusciter le trafic de stupéfiants d'Albuquerque et de ses environs, il propose, avant tout, l'itinéraire d'un quidam qui profite des circonstances pour rendre quelques taloches à une société qui le piétine depuis trop longtemps. Giligan lâche le mot dès la première saison : derrière le petit chimiste en chemise de bûcheron, il y a le génie spolié par un couple d'amis qui profitent de ses trouvailles pour s'habiller en Chanel et boire du Moët. Alors, évidemment, une fois la somme visant à assurer l'avenir de sa femme et de son fils réunie, mettre son brio au service de l'industrie de la drogue, c'est un peu comme adresser un triple bras d'honneur au capitalisme et à l'hypocrisie rampante qui l'ont changé en rat de laboratoire forcé de bosser dans un car wash pour arrondir ses fins de mois. Reste la question de la morale : est-il légitime de diffuser des stupéfiants pour protéger ceux qu'on aime, ou, pire, pour prendre sa revanche sur un système apparemment pourri jusqu'à la moelle ? dans quelle mesure la vengeance peut-elle être légitimée ? faut-il faire de White un simple chimiste ou le considérer comme le rivet indispensable d'une organisation criminelle ?

De fait, Walter (Heisenberg, pour les gens du milieu), tantôt père de famille aimant, tantôt prédateur surdoué, décline toute une série de contradictions qui amènent toujours le même problème quant au positionnement du spectateur : faut-il l'aimer ou, au contraire, le détester ? Pinkman — Aaron Paul, morveux de la plante des pieds à la racine des cheveux — se construit sur le même clivage, quoique de façon moins élaborée. Entre le délinquant de bas étage et le rebut accablé par les mauvaises décisions que tout le monde semble aimer prendre à sa place, difficile de trancher définitivement. (SPOILERS.) D'ailleurs, l'échauffourée de ce neuvième épisode illustre cette duplicité de façon aussi brillante qu'inattendue : quand, dans un premier temps, Walter prend le dessus sur Jesse, c'est le rapace qui s'acharne sur un paumé sans défense, mais quand, dans la situation inverse, Pinkman retrouve ses esprits et riposte, il endosse le rôle de l'ordure bas de gamme alors que White se fond dans celui du vieil homme dépassé par les événements.

Quoi qu'il en soit, quand, à quatre épisodes du season finale, la tension atteint une telle ampleur, que tant de personnages sont encore dans l'expectative (Skyler, Gus, Hank, dans une certaine mesure) et que la clôture tonitruante de l'arc précédent laisse présager de nouveaux exploits, difficile de ne pas souhaiter qu'octobre arrive bientôt.

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