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Le snobisme ! Vaste sujet. Qui n’a jamais été tenté d’ignorer un groupe parce qu’il remportait un énorme succès commercial ? Surtout quand on constate qu’il s’est adapté à son époque pour y arriver. The Verve n’est pas si populaire en dehors de son Angleterre natale. Parce qu’on les a pris pour un boys band britpop jouant les rescapés de la drogue, tout en faisant la nique à la concurrence en imposant un tube sur toutes les radios du monde : « Bitter Sweet Symphony ».

On devrait plutôt les saluer d’avoir fait émerger de l’oubli une chanson quelconque des Rolling Stones pour la transformer en un hymne puissant et planant… En plus d’avoir composé un des albums les plus marquants et classieux de la britpop (qui n’est pas un genre plus honteux qu’un autre soit dit en passant).
Quand bien même vous n’apprécierez pas cette période à succès de la bande à Richard Ashcroft, tournez-vous donc vers leur passé pas si éloigné. Vous aurez des surprises.

Les Verve (le The ne viendra qu’après) étaient dans un autre délire à leurs débuts. Un des derniers rejetons de la dépréciée scène shoegaze mais qui aura évité tous les quolibets de la presse pour une seule raison : son chanteur. Richard étant plus charismatique que ses pairs et souvent considéré comme un sex symbol. Voilà la raison qui fera passer cette petite troupe entre les gouttes acides des chroniqueurs trop occupés à vendre du papier plutôt qu’à parler de musique.
Pourtant à l’écoute de A Storm in Heaven, difficile de nier qu’ils n’étaient pas une formation plus abordable qu’une autre. Leur shoegazing sous haute perfusion space rock est vaporeux, mystérieux et inaccessible. A l’image de sa pochette nous confirmant cette étrange sensation que la musique a bel et bien été enregistrée dans une caverne.

On en arrive au premier point qui marque : le son. John Leckie aura donné une des productions les plus profondes et singulières que j’ai entendu. Pour ceux qui s’extasient encore sur les moyens sonores de The Dark Side of the Moon, voilà le genre de disque qui leur fera comprendre qu’on pouvait être encore plus spatial et sans faire de compromis.
La comparaison avec Pink Floyd n’est pas gratuite. The Verve pourrait en être un de ses héritiers les plus crédibles… Ou du moins, de certaines caractéristiques du Floyd. Vous pouvez oublier leurs dérives pompeuses et leurs délires mégalos proto-rock de stade, on est définitivement plus proche du morceau culte « Echoes » que de « The Great Gig in the Sky » ici.

Nettement moins mélodique que leurs futures aventures, cette Tempête dans le Paradis n’en reste pas moins le disque le plus abouti et le plus fascinant des Mancuniens. Les chœurs monumentaux de « Star Sail » et la guitare irréelle de Nick McCabe (mais comment fait-il pour sortir tous ces sons de son instrument ?) nous happent dans une autre dimension, pour nous amener face à un Richard Ashcroft possédé. S’il n’est pas aussi en avant dans le mix et plus approximatif dans sa façon de chanter que sur le multi platiné Urban Hymns, un charisme monstre émane déjà de sa voix. Même si on ne goûte pas à sa soul mystique, on ne peut nier qu’il est en phase avec cette musique immersive et nocturne.

Les montées d’adrénaline de « Slide Away », le menaçant « The Sun, The Sea », l’intimiste « See You in the Next One » ou encore le catchy « Blue », on pourrait citer toutes les pistes tant cette sortie ne possède pas de faiblesses. Même un jam comme « Virtual World » sous ses fausses allures de Jethro Tull sous acide (écoutez cette flute !) parvient à captiver. Que dire également de « Butterfly » ? Où les accords ancestraux du blues se mêlent sans complexe aux nuages noisy des guitares trafiquées des 90s, pendant qu’un saxophone flotte parallèlement à cette confusion d’instruments orgasmique.

Même si c’était pour de mauvaises raisons, ces cons de journalistes avaient raisons finalement. The Verve était bien un des groupes les plus doués de cette époque. Des garçons coincés dans un halo de drogues et qui auront fait une pierre deux coups : sortir un des meilleurs albums du shoegaze et un des sommets du space rock.

Alors laissez tomber toutes vos idées reçues et préparez-vous à planer.

Chronique consultable sur Forces Parallèles.

Seijitsu
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de coeur et l'a ajouté à ses listes Les meilleurs albums du shoegaze et Les meilleurs albums des années 1990

il y a 7 ans

12 j'aime

14 commentaires

A Storm in Heaven
OlivierC
10

Shoegaze tourbillonnant

Superbe album, qui alterne des passages shoegaze limite heavy bien puissants et des mélodies sucrées, le tout superbement joué par l'ensemble du groupe, et chanté par une voix possédée. Vraiment...

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il y a 6 ans

1 j'aime

A Storm in Heaven
Colis_sournois
7

Un album différent.

La plupart des gens ne comprennent pas cet album , moi meme a 17 ans j'ai pu trouver le son brouillon et difficilement écoutable. Ce qui est sur c'est que ce n'est pas un album que l'on écoutera en...

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il y a 6 ans

Split
Seijitsu
9
Split

Chef d’œuvre sous-estimé

Dès les premières notes de "Light From a Dead Star", on sent que quelque chose a changée. Fini la reverb maousse de Robin Guthrie, le son de Lush s'est grandement aéré et les chansons en deviennent...

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Badmotorfinger
Seijitsu
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Enfin maître du grunge

1991: The Year Punk Broke. Il serait surtout plus juste d’affirmer qu’il s’agit de l’explosion médiatique du rock alternatif Américain, voire du rock alternatif tout court. L’année de la découverte...

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A Storm in Heaven
Seijitsu
9

Psychédélisme pur

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