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Achtung Baby par FlyingMan

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Les groupes des années 80 qui ont survécu aux années 90 se comptent sur les doigts d'une main. U2 en fait partie. A la sortie de la décennie 80, U2 aurait pu rester le groupe d'une époque, d'un album, à deux doigts de s'auto-caricaturer avec Rattle & Hum. Bref l'aventure aurait pu s'arrêter là mais U2 a eu le bon sens de se remettre en question. Le monde change, surtout en Europe avec la chute du mur et donc du communisme soviétique. Une fenêtre sur le monde s'ouvre, la culture s'en voit influencée, la nouvelle génération chasse la précédente, c'est l'heure du renouveau.

Direction donc un Berlin en plein changement à l'instar du groupe. Les Hansa Studios qui ont accueillis la sainte trilogie de Bowie, est toute choisie. L'accouchement fut difficile. Le groupe se cherche, se dispute. Ils ne se reconnaissent plus dans le miroir, avec cet accoutrement chapeau/bottes de cow-boy qui ont fait leur gloire d'autrefois. Mais leur grande force dans le malheur est celle de Edge en plein divorce qui se consacre à 100% au nouvel album, véritable exutoire. Et puis y a Bono, qui a force de s'être retenu dans sa vingtaine, se lache totalement à la trentaine. Il atteindra le sommet de son art. D'une inspiration folle et osée, il dirige le groupe vers une toute nouvelle voie ! Le virage sera plus européen, crade et sexy ! Le dernier morceau des 80s était All I Want Is You. Violon et amourette au menu. Place maintenant à Achtung Baby et son ouverture. Dès la première seconde avec ces déflagrations dans les enceintes, U2 abat en un coup de machette le Joshua Tree...

Plus qu'un virage musical, Achtung Baby est une question de survie. Un album accouché difficilement et dans le doute. Mais le bébé une fois pondu, il en ressortira la plus grande fierté de toute la discographie des irlandais. Zoo Station instaure le climat en surprenant l'auditeur. Son ton est théâtral, froid, industriel. "I'm ready for the laughing gas..." dira Bono en ouverture. Le concept est planté. La pièce Achtung Baby peut commencer. Arrêt à la gare berlinoise. L'atmosphère est présente, elle est pesante. Même si l'album a été en grande partie enregistrée à Dublin, les 4 paddies ont emporté dans leurs valises, l'atmosphère de la capitale allemande et de ses vieux fantômes. Even Better Than The Real Thing allège le tout où U2 se la joue sexy ! "Let's slide down on the surface of things..." U2 cause sexe ! Enfin !!! Ils transforment leur premier essai en une réussite intégrale digne des chansons les plus hard des Rolling Stones sous coke. Rythmé, sexy, trash... Even Better Than The Real Thing est une véritable petite bombe dans la collection single du groupe ! U2 se lâche, se désinhibe et joue enfin la carte du sex, drug and rock'n'roll.

Et puis y a One, celle qui a tout déclenché, celle qui représente la réunification d'un couple, d'un groupe, d'une nation. Indémodable et universel, seul ce Bono trentenaire aurait pu la chanter avec autant de profondeur et de puissance. En 2012, elle résume encore à elle seul le groupe et n'a toujours pas pris une ride ! U2 n'a cependant pas délaissé son thème favoris, la religion, à l'exception qu'ici, Dieu prend une nouvelle dimension, Dieu est féminin et funky sur le tubesque Mysterious Ways, quand il n'entretient pas une relation homosexuelle avec Judas sur l'incroyable Until The End Of The Word. Ce dernier, véritable monument live, grâce à un Bono prêcheur et un The Edge déchainé aux solos de guitares endiablés.

Les deux titres qui suivent sont moins... excentriques. Mais tout aussi puissants une fois cernées. Y a Who's Gonna Ride Your Wild Horses, titre au potentiel incroyable qui n'a pas trouvé sa version finie sur l'album (symptôme récurrent sur le futur album Pop). Il n'empêche, l'envolé est là, Bono, comme sur le reste du disque, déploie ses meilleurs paroles: "You're an accident, waiting to happen...." So Cruel souffre du même mal. Sous ces airs de titres plus conventionnels, se cache un véritable trésor que seule une écoute attentive dévoilera.

The Fly, premier single avec lequel on découvre U2 en 1991 fut un véritable choc dans la sphère musicale. Critiques, programmeurs, auditeurs, fans,... Tous les esprits en restent marqués. Les uns tombent dans le panneau, les autres exultent par la renaissance d'un Bono apparaissant sur MTV comme la caricature de la rock star faisant la nique à ses détracteurs. Veste d'Elivs, froc de Morisson, grosses lunettes noirs. Il en deviendra un personnage tel Ziggy Stardust autrefois. 10 ans de retenue, voilà ce que cela donne. Un groupe méconnaissable, qui jongle avec le second degré et qui prend son pied. L'expérience s'étendra durant la tournée avec le fabuleux Zoo TV Tour. Une scène gigantesque à la hauteur de la démesure des égos de leurs personnages. De Niro, Madonna, Winona Rider, Velvet Undergroung, Pearl Jam, Guns'n'Roses et les Stones auront leurs abonnements à ce show mégalo renvoyant Star Wars à un spectacle de marionnettes le mercredi après-midi. Une tournée mélangeant technologie, réflexion et rock'n'roll. L'une des meilleurs tournée tout simplement. Le groupe n'aura jamais été aussi fier de son dernier album en alignant pas moins 8 nouvelles chansons d'affilés en ouverture ! GRANDIOSE !

Trying To Throw Your Arms Around The World est peut-être le titre le plus léger de l'album. Inspiré de Gainsbourg et son Je T'Aime, c'est un coup d'air frais dans un album fort sombre malgré son titre. Il a du mal à tenir la longueur mais se révèlera à nous, comme tout U2, un grand moment live avec ce Bono en falsetto ! Il faudra véritablement attendre Ultraviolet pour que les choses reprennent et sérieusement. En fait, Ultraviolet résume le mieux l'album. L'un des plus grands titres de U2. La basse monumentale, la batterie explosive, la guitare planante, et ce Bono... ce Bono... à l'image de son personnage entre la voix d'Elvis et celle de Jim, culte ! Et ce violoncelle par-dessus tout ! Épique ! Une pépite qui se verra recouvert d'une couche de vernis humoristique: les paroles. Ce U2 qui s'est toujours empêché de tomber dans la facilité en s'adressant à une "baby", se fait plaisir. 27 fois, 27 fois ce mot sera répété. On rattrape le temps perdu. On tend le piège. On joue le jeu. C'est ce titre qui donnera le nom à l'album. Véritable piège à critiques !

Acrobat est le plus sous-estimé. Seul titre de l'album jamais chanté en live (ndlr: joué finalement en 2018). Bien dommage au vu de la puissance de sa rythmique et de ses paroles. Il fait honneur au meilleur final d'album des irlandais qui se conclut par un fabuleux Love Is Blindness. Morceau sublime, guitares saturées avec un Bono inspiré par Brel. On le doit à un Edge au fond du trou. Une noirceur incroyable forcément s'en dégage en parallèle avec cet éternel second degré, traitant de la mort en plein orgasme.

Achtung Baby est la fierté de tout fan de U2. On pourra tergiverser tant qu'on veut, il reste le plus aboutit ! U2 n'a jamais fait mieux, et avouons-le, ne fera jamais mieux. C'est l'album de ma vie, l'album que j'ai écouté une fois par jour pendant plusieurs années. Il est la raison pour laquelle on se bat contre vents et marrées envers les critiques résumant le groupe à Beautiful Day ou Sunday Bloody Sunday. Malgré tous les débats houleux sur eux, Achtung Baby reste l'ultime carte que l'ont abat, celle qui met tout le monde d'accord. Celle qui rappelle que U2 était plus qu'un groupe mais peut-être le plus grand groupe de sa génération. Si le passage à The Unforgettable Fire était une marche importante pour eux, celle d'Achtung Baby l'est encore plus. "Achtung Baby is the reason why we still here" dit Bono 20 ans plus tard. Ca n'a jamais été aussi vrai. Aux détracteurs qui ne comprennent pas le succès des irlandais, c'est qu'ils n'ont pas compris ou tout simplement jamais écouté Achtung Baby. Véritable tour de force qui fait définitivement de U2 un groupe de légende du rock'n'roll.

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