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Du Alan Silvestri sauce John Williams

Avis sur Avengers: Infinity War [Deluxe Edition] (OST)

Avatar Pierre Leroy
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(Spoilers, évidemment)

Comme à chaque sortie de film de super-héros, je croise les doigts pour que le compositeur se lâche comme Danny Elfman l'avait fait sur la trilogie Spider-Man de Sam Raimi. Une quête sans fin à la recherche d'un thème aussi fort que celui de l'araignée et je ne pensais sincèrement pas être un jour aussi secoué que par le retentissement du thème des Avengers que lors de la première apparition de Captain America dans Infinity War.

Nul besoin de résumer le film qui attirera un nombre incalculable de personnes en salle, ce qui intéresse ici, c'est l'oeuvre de Silvestri.

Responsable aussi bien du bonheur d'une génération avec ces simples quelques notes (https://www.youtube.com/watch?v=gt_8Heme49w) que des larmes de millions de spectateurs avec les douces notes de piano du thème de Forrest Gump, Alan Silvestri est un compositeur dont la réputation n'est plus à faire. Déjà félicité pour son travail sur The Avengers de Joss Whedon, nous le retrouvons ici pour le plus gros film de super-héros de tous les temps, Avengers: Infinity War.

Tout comme les frères Russo ont dû faire face à la gestion de dizaines et dizaines de personnages, Silvestri a reçu le lourd fardeau que de rendre honneur à tous les thèmes créés par ses confrères pour ces mêmes super-héros, avec en plus le devoir de donner un thème iconic à Thanos.

En rentrant dans la salle de ce monstre, j'avais en tête que Henry Jackman était à la place du compositeur, étant donné que le bonhomme avait collaboré avec les Russo sur Civil War. Loin de vouloir critiquer le personnage, qui a d'ailleurs fait un travail très correct sur ce dernier film, plus Infinity War avançait, plus j'étais émerveillé par les choix musicaux de Jackman, en arrivant à douter de son identité même. Lors du déroulement des crédits et l'apparition de la mention d'Alan Silvestri, les choses ont soudain pris un tout autre sens.

Comme mentionné dans mon introduction, le moment où j'ai su que la bande originale allait me transporter, c'est à l'arrivée surprise de Steve Rogers, derrière un train, accompagné du thème des Avengers. Un thème qui ne m'avait pas spécialement marqué jusque ici mais dont l'utilisation si badass m'a fait changer d'avis. C'est un thème qui en jette et évoque tout de suite le groupe qu'il représente.

Silvestri est un homme orchestral. Nous sommes loin de l'esthétique sonore rap/électro de Black Panther, même si Ludwig Göransson a utilisé certaines percussions africaines avec brio (il suffit de lancer Waterfall Fight pour en prendre plein les oreilles). Sur sa majorité, Infinity War n'est rien d'autre qu'un film avec une bonne OST de service. Sympathique à écouter et fait son travail puisque les scènes sont embellies.

Cependant, même si cette "majorité" est correcte, le reste amène la note globale bien plus haut que prévu, tout comme le climax transforme ce bon voir très bon Avengers en excellente surprise.

Trois choses sont responsables de cette réussite. Tout d'abord, il y a cette petite vibe Star Wars. Je ne m'y connais pas assez en instrument pour nommer ce qui génère ces notes mais lors de l'arrivée des Gardiens (la moitié) sur Nowhere, le thème a clairement un gros côté SW qui n'est pas déplaisant et vient au contraire renforcer l'aspect space opera de l'oeuvre.

Thanos. Thanos et Thanos. En plus d'être un des méchants les plus convaincants du MCU, voir un des meilleurs méchants tout film confondu (overstatement ? Non, juste de l'amour pour un personnage en full-CGI violet qui est parfaitement crédible), Thanos n'est pas attaché à un bon thème mais plusieurs thèmes marquants, y compris le plus touchant de tout le film. Sa relation avec Gamora mène au point culminant qu'est la fin de la track Even For You, l'instant où nous comprenons qu'elle est bien plus qu'une fille adoptive, c'est la preuve que Thanos peut aimer et qu'il ressent des émotions. Ça n'est pas un simple villain, c'est un personnage qui souhaite faire le bien en étant conscient que cela va lui coûter ce qu'il a de plus cher.

Dans un registre plus "standard", les moments où Thanos va démontrer sa puissance sont toujours introduits par un typique "Poinnnnn poinnnn poinnnn" qui me rappelle étrangement le thème d'Azog dans la trilogie The Hobbit. Et tout comme pour Azog, ce thème très rythmique démontre toute la puissance du personnage lorsqu'il doit exprimer sa conviction. Thanos débarque et personne ne sera là pour l'empêcher d'accomplir son objectif.

Enfin, le thème qui m'a pris au dépourvu et fasciné n'est autre que celui que l'on peut entendre dans Porch sur l'album. Ce violon est magique, tout droit sorti d'un film d'animation Ghibli tant il résonne en nous. Si mélancolique que nous ne pouvons que céder face à la tristesse de Thanos qui a tout perdu pour le bien de tous (sa vision du bien de tous). C'est un être bien écrit de base mais ce thème est ce qui vient nous faire comprendre ses sacrifices. Un thème qui nous fait compatir.

Un petit track par track ? The Avengers rappelle tout le grandiose du main theme, Travel Delays installe dès la première seconde du film la dangerosité de Thanos, Undying Fidelity cache bien ses airs de track standard avec ses quelques notes de harpe, passé la deuxième minute de He Won't Come Out (Extended), Alan Silvestri invoque son John Williams pour un semblant d'épique, poursuivi dans Field Trip mais qui ne détonera réellement que dans le dernier acte.

Rien de bien transcendant avant Help Arrives (toujours en extended grâce à l'édition Deluxe) qui nous propose une nouvelle interprétation du main theme dès son commencement pour continuer sur le thème toujours aussi sombre de Thanos. Hand Means Stop/You Go Right est la démonstration parfaitement de ce que j'entends quand je dis que Silvestri nous fait du Star Wars et ça n'est pas un défaut tant nous sommes loin du plagiat et plus proche du clin d'oeil. Écoutez-moi la première minute et osez me dire qu'il n'y a pas d'inspiration.

La fin de One Way Ticket pourrait passer sans problème dans un fin de trailer pour l'épisode IX. What More Could I Lose? (Extended) nous gratifie d'un passage poétique dans sa deuxième minute. Even for You, dont j'ai déjà discuté plus haut apporte énormément à une scène inédite pour ce genre de film, la mort de Gamora qui va détruire Thanos émotionnellement.

Forge vient accompagner le retour sur Terre de Thor pour un plan des plus classes. Haircut and Beard est la consécration de deux heures épiques pour un dernier acte fort en combats. A Lot to Figure Out nous donne enfin une utilisation du thème de Doctor Strange lorsque celui-ci se multiplie. Sans trop avoir de track précise hormis une grande importance dans What Did It Cost?, la Pierre de l'Âme a également son propre thème vraiment mystique qui laisse à présager une réapparition dans le prochain film étant donné la tournure probable des choses.

Get That Arm/I Feel You nous donne Thanos dans toute sa puissance, mystique, invincible et prêt à tout. Puis la track s'oriente vers le sacrifice de Vision, passage qui m'a détruit étant donné mon amour pour le personnage. Même si on sait pertinemment que les "évaporés" vont revenir dans la suite, il y en a trois qui sont morts pour de bon et Vision en fait partie (discutable). Cette fin de track n'est pas juste triste, sa remontée finale permet de souligner la compréhension de Scarlet Witch, qui sacrifie son compagnon pour la survie (ou pas) de l'humanité.

Je vais insister encore une fois sur ce thème, mais Porch est à la fois la grande surprise et la plus subtile création de Silvestri pour ce film. Infinity War prouve aussi que ce film a Thanos pour protagoniste, car il n'a pas une once d'épique, juste du mélancolique.. et c'est la track qui porte le nom du film, bon sang. Ces petites notes de piano avec le titre qui part en poussière, c'était fameux.

Enfin, petit hors-sujet mais si vous cherchez à écouter la musique qui nous annonce l'arrivée des Gardiens de la Galaxie, c'est Rubberband Man de Detroit Spinners.

Il faut croire que cet opus a vraiment cartonné sur tous les points même s'il est victime de légers défauts. Quoiqu'il en soit, ce n'est pas côté musique qu'il a pêché et il est bon de voir le retour de Silvestri entre Ready Player One et ce film, quand bien même son travail est plus appréciable ici. On dirait presque que le bonhomme s'est réveillé un matin en se disant "Faut que je prouve au monde que je suis encore à la hauteur de mes années Retour vers le Futur, que je peux encore faire de la qualité John Williams.".

Les Russo entreront encore en collaboration avec Silvestri pour le prochain Avengers (qui est déjà tourné) et ça ne peut que confirmer la qualité de cet opus final. Aucune frayeur là-dessus, nous frissonnerons, nous nous attristeront et en prendrons plein les oreilles.

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