The Howl

Avis sur Cubist Blues

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En 1955, Allen Ginsberg écrit The Howl, poème épileptique, hurlement primaire, impressible désir de vivre qui s'exprime sans concession. Le rythme est haletant, et on ne sait pas trop si on remonte à la lumière ou si on s'enfonce dans l'obscurité, toujours plus loin.

L'album Cubist Blues, qui réunit trois vétérans du rock n'roll, réssuscite cette quête de la force primaire, de l'énergie pure, sans artifices. Alex Chilton (Box tops, Big Star) et Ben Vaughn se partagent basse, batterie, guitares, synthés sur lesquels déferlent les hurlements d'Alan Vega.
Enregistré en deux nuits dans un studio New-Yorkais, durant l'hiver 1994, cet album a des allures de cérémonie mystique, de transe nocturne à demi consciente. Les hurlements incantatoires de Vega émergent des ténèbres, emplissent l'espace sonore déjà saturé par la batterie de plomb que se partagent Chilton et Vaughn, les guitares poisseuses et la basse frénétique. Comme s'ils cherchaient à exorciser la nuit, les sons toujours plus obscurs claquent, résonnent, tintent dans des mélodies répétitives, délicieuses.

Blues cubiste, l'album emprunte au rockn' roll de Gene Vincent, aux transes zydeco de Dr John, aux ballades neurasthéniques de Suicide, les déforment, les tordent et les restituent sous leur état le plus brut. En grande partie improvisé, cet album repose sur des structures très simples, deux ou trois accords, les morceaux sont souvent assez long, basiques mais très denses. Les synthés et les guitares saturés distordent le son qu'encadre une batterie inflexible. Les sonorités empruntent au rockabilly (Fat City, Candy Man), au rock synthétique de Suicide (Freedom, Come on Lord), aux sons qui ont faconnés l'imaginaire de l'Amérique, l'autre Amérique, tournée vers l'infini, celle de Ginsberg, éternelle.

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