Bon Iver or, Life in the Woods

Avis sur For Emma, Forever Ago

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" Au milieu de notre vie, je me trouvai dans une forêt obscure… "

Les temps sont durs pour le brave barde Justin Vernon. Dès 2007, il subit : la rupture de son groupe DeYarmond Edison, de sa petite amie Emma et une mononucléose infectieuse. Tel un ermite, il se lance dans une retraite en quête de paix intérieure, et se réfugie chez son père quittant ainsi la Californie du nord pour le frisquet Wisconsin. Là-bas, il fait le serment de ne pas se remettre à la composition ; son spleen l’envahissant peu à peu, son année sabbatique tourne vite en gestation pour un court LP intitulé For Emma, Forever Ago. Ode à la vie et Requiem de ses amours, cette folk intimiste va se répandre « effet boule de neige » par le biais des blogs indés, l’amenant aux succès des grands ondes grâce à Skinny Love , des films et des séries télés et puis par les Grammy Awards…Mais qui a-t’il de si appréciable dans une confession musicale ?

Avant tout, Bon Iver c’est une riche atmosphère. A partir d’une guitare acoustique et d’une batterie délabré, Vernon produit une musique intimiste et minimaliste mais paradoxalement complexe, avec ses mélodies fraîches telle la brise et colorées telles les feuilles d’herbes. Là où beaucoup de musiciens folks se cassent les dents sur le duo " guitare et chant ", Vernon rend ici l’un des plus hommages à la vie et à la nature qui puisse exister. Hanté par les échecs de ses amours, cette catharsis musicale tout droit issue d’une cabane est une symphonie pastorale, automnale voire hivernale, l’apogée d’un son naturel. Non pas de la " musique de chambre " mais bien de la " musique de cabane ". Avec ses chants à la prose obscure et avec un rien, Bon Iver offre un album aux thèmes facilement identifiables pour peu que l’on soit humain, trop humain. Digne de la lignée Dylan, Drake, Cohen…Vernon. Oscillant entre rythmiques entrainantes et chœurs trainants façon chants grégoriens, portés par la mélancolie elle-même. De la musique à écouter, l’épaule contre la fenêtre, à observer les pins être secoués par la légère brume humide. Notre garde-forestier Vernon nous guide à travers sa forêt de pathos et de nostalgie, éclairé par ce disque à la manière d’une pleine lune.

Finalement, c’est en grande pompe que Bon Iver fait son entrée dans la sphère musicale. Vernon nous enchante, avec ses poèmes scandés de ruptures passionnées et nous en demandons encore ! " Malheur est bon à quelque chose. Combien d’honnêtes gens dans le monde ont pu dire : Malheur n’est bon à rien ! "

" Ah ! Qu’il est dur de dire ce qu’elle était, cette forêt sauvage, âpre et rude, dont le souvenir renouvelle ma peur ! "

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