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L'enfer, c'est les autres

Avis sur Hell on Earth

Avatar Stijl
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Avec un deuxième album retentissant certifié or au bout d'un mois et resté des semaines en haut des charts, le duo Mobb Deep ne vit pas vraiment un enfer au milieu des '90s. Le succès lui réussi plutôt bien puisqu'il arrive à la fois à enchanter les critiques et les fans pur et dur de rap hardcore. Sorti en 1995, The Infamous a placé les deux camarades de Queensbridge dans le haut du panier de la nouvelle garde New-Yorkaise. L'apparition des deux membres du Wu-Tang Clan, Raekwon et Ghostface Killah ainsi que du jeune Nas n'a fait que renforcer cette idée.

Conscients d'avoir trouvé la bonne formule, -qui plus est, leur a permis de laver l'affront de leur premier essai, Juvenile Hell- Prodigy et Havoc vont l'appliquer sur l'album suivant, annoncé juste un an après The Infamous. Un titre qui d'ailleurs les suivra désormais à vie, jusqu'à leur album de 2014, sobrement intitulé The Infamous Mobb Deep. Une dénomination présente sur la pochette de ce nouvel album de 1996, au titre évocateur, Hell On Earth. Car si la reconnaissance et le succès leur sourit, leur quartier, Queensbridge, et ses milliers d'habitants, comme tous ceux des autres faubourgs de New-York, souffrent toujours. Leur quotidien n'a pas changé et la misère ne s'est pas évaporée au son des radios qui diffusaient "Shook Ones Pt. 2". Les deux compères repartent donc au charbon bien décidés à ne pas changer de fusil d'épaule.

Des différences sont pourtant à noter, surtout du côté des productions, toutes une nouvelle fois assurées par Havoc. Hell On Earth n'est pas aussi sombre que son prédécesseur, même si son aura sombre et étouffante plane sur les quatorze titres de l'album. Mais ce n'est pas un défaut, au contraire. Ce que cet opus perd en claviers poisseux et ambiance anxiogène, il le gagne en solidité et maturité. Chaque titre paraît mieux produit, travaillé avec un sens du détail décelable au bout de plusieurs écoutes. Les fondamentaux du travail d'Havoc sont bien sûr toujours là mais l'évolution se sent dès le premier morceau ("Animal instinct"), avec des bass beaucoup plus imposantes. Que ce soit la caisse claire percutante ("More trife life"), le piano (''Drop a gem on 'em") ou les cuivres inquiétants ("Man down"), la moitié de Mobb Deep ne déçoit pas et propose un travail soigné et toujours avec cette ambiance inquiétante qui a fait sa renommée.

Prodigy se charge quant à lui d'utiliser ce flow nonchalant caractéristique pour raconter des histoires cruellement réalistes sur son environnement et la misère et la violence qui le frappe. Son compère n'est pas en reste et continue d'enchaîner les métaphores et les constatations à faire froid dans le dos. Leurs flows se sont encore améliorés et les deux maîtrisent chaque blanc, reprise de drums, et se complètent très bien. Permettant aux pointures invitées sur Hell On Earth de s'en donner à coeur joie et de proposer de très bon moments de MCing sur chaque morceaux. Autre membre invité du Wu, Method Man amène sa voix rauque et sa salivation particulière sur "Extorsions", celui qui se fait appeler "Nasty" Nas commence le storytelling "Give it up fast" d'un couplet géant tandis que Big Noyd assure toujours autant sur "Man down".

Premier single de l'album, le titre éponyme est accompagné d'une mélodie au piano plutôt classieuse que les échos de la caisse claire et la bass rendent toutefois noire. "Hell on earth (Front lines)" montre qu'Havoc a su garder ce grain de The Infamous tout en épurant son travail. Les samples de jazz sont inexistants mais sont remplacés par des utilisations du piano et des violons intelligentes. Sobres sans paraître squelettiques. Havoc s'essaie même aux samples vocaux, avec "Still shinin' '', donnant un aspect plus soul à l'ensemble.

Toutefois Hell On Earth n'en n'est pas moins sombre dans son propos et son ambiance. Comme sur "G.O.D. Pt. III", où lors de l'intro, des jeunes plaisantent sur le sort d'un autre à l'extérieur, qu'ils vont s'empresser de descendre à l'arme automatique. Le tout suivi du thème remixé du "Scarface" de Brian de Palma, tout un symbole. Hell On Earth n'est donc pas à sous-estimer et reste un excellent album de la part des deux artistes de Queensbridge qui ont su évoluer tout en restant fidèles à ce qui a fait leur succès, améliorant encore plus leur rang parmi les valeurs sûres de la côte Est pour la fin des 90s. Si l'enfer c'est les autres, alors Hell On Earth en est la parfaite bande son.

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