L'usure du temps touche même Mona Lisa

Avis sur Invincible

Avatar Angie_Eklespri
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       Le 30 octobre 2001 roi de la pop sort son 10 em album studio. Que l’on soit fan ou non, c’est toujours un évènement. Album au succès mitigé, à la distribution ratée, sabotée par sa propre maison de disques, et qui laisse une drôle d’impression dans le cœur, mitigée. Michael est victime de son perfectionnisme acharné. Il faisait tellement traîner la sortie, qu’il a fallut le forcer pour qu’il sorte enfin quelque chose. Ça a du donner un discours du genre :

     « Tu as signé un contrat. Tu nous dois un album, sors l’album ! » Phrase sortie par un gars en cravate, avec un gros cigare aux lèvres. On pourrait dire qu’on s’en fout, que d’autres ont sortis des albums dans des conditions encore pires. Vrai. Mais moi je serai un peu indulgent, pour la bonne et simple raison que je ne n’attendais plus du tout d’albums de Michael. Je pensais qu’il était passé à autre chose. Il aurait pris sa retraite après Dangerous, personne ne lui en aurait voulut, sûrement pas moi. Mais le show biz est sans pitié. Alors Michael sourit, mais Jackson serre les dents. Un album moyen pour le bonhomme, mais un album moyen de MJ reste quand même supérieur  à tout ce qui se fait dans le métier, énervant n’est-ce pas ? Un album à deux faces, comme la pochette, moitié pixélisée, moitié sérigraphie. Deux faces : docteur Michael, et monsieur Jackson. Pourquoi diable a-t’il choisit un producteur comme Teddy Riley pour la direction artistique ? Parce que ça a marché la fois précédente, sûrement. Je ne suis pas fan de Riley, mais bon…

Michael

   On se croirait de retour à la belle époque. Quel plaisir de l’entendre dans son style dance–pop, qui a fait sa gloire. Avec des accents de Hip Hop, un rythme entraînant, un riff de piano acoustique génial. UnBREAKABLE, HeartBREAKER, un rythme très cassé, New jack sur le retour, vocaux virtuoses, avec en featuring le king of New York himself: Notorious BIG. Non, c’est pas lui, Biggie est mort. Si, c’est lui ( ?)Ressuscité d’entre les morts pour l’occasion. (Thriller ?) Non, Invincible. De plus en plus Jack swing,  Michael arrive à insuffler un peu de coups de reins dans toutes ces machines, un peu de folie enfiévrée, mais il ne sortira pas des clous. R’N’B, Hip Hop, que des rythmes à la mode, pour des hymnes à la mode. Pour une fois, je le sens à la mode, et non pas au-devant la mode. Dur quand on est le meilleur de ne pas se répéter au bout d’un moment. Le manque de concurrence commence à se faire sentir. Aïe ! Qu’est-ce qu’ils foutent les autres ?

   La ballade pour chœurs brisés, BREAK Of Dawn, pas mal, parfait petit slow, pour quelqu’un comme lui. Si c’était un autre chanteur, j’aurais dit superbe. Il nous a habitué à beaucoup plus, on s’habitue, c’est tout. Ou peut-être que la lassitude commence à se faire sentir ? Peut-être qu’on commence à en avoir marre de Michael ? De ses frasques, ses transformations, de son groove supernaturel ? On se lasse même du caviar…

                       Et Heaven Can Wait m’a donné une grande tarte dans la gueule…Ah ! Le génie qui sommeille en lui n’est pas mort. Génial. Chœurs à tomber par terre, d’ailleurs je devrais dire seconds violons, tant c’est un vrai orchestre derrière, une basse qu’on la mangerait, arrangements de violons stratosphériques. A écouter d’urgence. Rock My World. Tube. Fais pour ça, rien à dire. Il a la recette miracle, et ça marche, encore une fois. Très pop, comme un clin d’œil à l’ancien Michael, comme inspiré du style des anciens albums. Mélodie caressante, on va se faire avoir, encore, comme toutes les radios de la planète. Puis…

Monsieur Jackson

              Michael cède la place à Jackson. Les producteurs (Riley, Babyface, Jerkins, etc) prennet la main, et Michael s’efface peu à peu. Leur leitmotiv : faut que ça danse, à n’importe quel prix. les ballades s’en ressentent. Dès que le tempo ralentit, ça traîne. Un album en deux parties. Ça démarre fort, puis ça se calme et devient très classique. Jusqu’à Speechless ça va, après c’est l’album de quelqu’un d’autre.

 2000 watts, 8 ohms..Drum’n’Bass, lourd, bien poseur, surprenant, une voix reléguée dans le décor, très abstraite. On ne va pas lui reprocher d’être original, Michael. You Are My Life ? Il a fait bien mieux dans le genre. Privacy ? Anecdotique. Don’t walk away ? Slow normal. Pour une fois à l’écoute d’un album de MJ, j’ai l’impression d’écouter un chanteur normal. Qu’est-ce qui m’arrive ? Cry, c’est un sursaut de talent. Slow guitare voix qui nous rappelle pourquoi il est le meilleur. Mettre autant de choses, sur une mélodie aussi simple, fragile, faut le faire. Même les violons ne m’ont pas gênés. Morceau à la hauteur du talent du monsieur, arrangements qui s’enrichissent, se complexifient, tout en donnant l’impression de rester simples, légers.

  Le latin guitar avec Santana, Whatever Happens, qui fonctionne, et pas seulement grâce à Santana. Il y a une complétude qui marque, qui manque à beaucoup d’autres morceaux du disque, et vocalement, il est top. Il est toujours top vocalement, mais ça ne suffit plus. The Lost Children, on croirait y voir une lointaine réponse à Heal The World. Threatened, Jack swing pop, très clubbin’, mid tempo au groove d’enfer, qu’on a eut la mauvaise idée de mettre à la fin, donc écrasé par les autres morceaux. On le remarque à peine, or il n’est pas si transparent qu’il en a l’air, mis là pour danser sans s’arrêter. Même en l’écoutant on danse, sans même avoir besoin de bouger.

    J’ai la bizarre impression qu’il n’est pas en complète maîtrise comme à son habitude. Mister jackson s’est fait absorber par la production. Des sauts d’un univers à un autre, des chansons inégales. Trop de morceaux de remplissage. L’ancien Michael n’aurait laissé passer ça. Mais comme dirait Tyler Durden : « L’usure du temps touche même Mona Lisa"

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