Muses, insufflez-moi les flammées cataractes de la transcendance !

Avis sur La Sanie des siècles - Panégyrique de la...

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Les origines du Kommando Peste Noire remontent à 2000, année au cours de laquelle se forme Dor Daedeloth, groupe de Black Metal composé de Famine, Neige et Argoth. Ensemble ils enregistrent rapidement la démo Aryan Supremacy, entièrement composée par Famine (qui se faisait aussi appeler Feu Cruel à l'époque), qui n'est qu'une immonde merdasse (du propre aveu de son compositeur) typique des groupes de NSBM français de l'époque, produite parce que le genre revenait à la mode au pays du Front National et de Serge Ayoub. Même si on devine de bonnes compos, celles-ci sont noyées dans la production inaudible et Famine décide de limiter la distribution à 14 cassettes, toutes vendues en une journée selon ses dires.

C'est en 2001 que La Sale Famine de Valfunde (son pseudonyme complet) décide de renommer son groupe Peste Noire. S'ensuivront d'autres démos comme Macabre transcendance et Phalènes et pestilence - Salvatrice averse, qui présentent plus ou moins d'intérêt, même pour le fan de Black Metal averti. En 2006, Famine et sa bande partent enregistrer un premier album de longue durée aux studios Rosenkranz, qui deviendra ce La sanie des siècles - Panégyrique de la dégénérescence. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'album porte bien son titre.

Fardé de huit morceaux irréprochables, La sanie des siècles pose ses couilles sur la table dès les premières minutes et domine tranquillement les trois quarts de la scène BM underground, tous pays confondus. Que ce soit sur les envolées acoustiques magnifiques de "Phalènes et pestilence - Salvatrice averse" ou sur l'orgue malsaine de "Des médecins malades et des saints séquestrés", Famine ne déçoit jamais et impose un style bien personnel tout au long de ce bijou. Hurlements possédés, accalmies dépressives, satanisme omniprésent, saleté malsaine, tout y est. Et quand Famine ne met pas en musique un psaume d'église ("Laus Tibi Domine") ou des poèmes ("Spleen" de Charles Baudelaire, "Dueil Angoisseus" de Christine de Pisan), il nous pond des textes d'une poésie rarement égalée dans le Black Metal, sans en faire trop comme certains (coucou Alcest). Un petit extrait vaut mieux que de vaines explications :

"Là-bas, brûlante tombe
Ta pluie de phalènes ensemençant
De gemmes d'hécatombe
Les contrées rougies baignées d'âcre encens.

Pleure, nuit délétère
De chaudes ondées d'incarnates cendres,
Ensanglante l'éther
D'essaims d'insectes aux fiévreux méandres !

Sourde va t'en flétrir
L'ivraie viciée, ferment d'inanité,
Abreuver d'élixir
Toxique le sein de l'humanité."

- Extrait de "Phalènes et pestilence - Salvatrice averse"

Avant de conclure, j'aimerais signaler l'honorable présence de Neige (aka Stéphane Paut) sur ce disque, même si déjà à l'époque il commençait à y avoir de l'orage dans l'air avec Famine. Notre blackgazeur favori prête sa voix sur "Dueil Angoisseus", et autant le dire, ça donne des frissons. Le morceau sonne comme une ode à la Mort, menée par une voix totalement déchirée et habitée. C'est aussi à lui qu'on doit les parties d'orgue sur le dernier morceau, et quelques pistes de batteries tirées de vieilles démos.

Comment résumer une oeuvre aussi variée et compliquée que La sanie des siècles ? Et bien, disons simplement (et prosaïquement, j'en conviens) que c'est une galette très prometteuse et assez inattendue pour un premier album. Cette caractéristique d'accoutumée gage de manque de personnalité n'est pas ici un obstacle pour Famine, qui se pose comme leader de la scène underground française, à son grand regret d'ailleurs.

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