Loin des regards, les démons dansent autour du feu des âmes

Avis sur Lithopédion

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J’ai longtemps été sceptique quant au talent de Damso. Je trouve Batterie Faible très mauvais et Ipséité tout juste moyen. La différence avec celui-ci, c’est que la déception est grande cette fois-ci.

On se retrouve donc avec un syndrome SCH, à savoir l’intuition d’un monstrueux potentiel distillé au fil de featurings mémorables et de quelques morceaux exceptionnels. Il n’en fallait pas plus pour susciter une énorme attente. C’est ce genre d’artiste qui provoque le plus de frustration. On ne sait jamais à quoi s’en tenir, on ne sait jamais où commence le talent et où finit les fantasmes qu’on projette sur son œuvre. Au moins peut-on se consoler en pensant que susciter autant de passion n’est certainement pas l’apanage des artistes médiocres.

Puis vient le moment de juger la vision d’un artiste sur la longueur d’un album. Et comme trop souvent avec des artistes comme SCH et Lacrim, cette proposition de Damso s’essouffle très vite, on en viendrait presque à soupçonner un calcul commercial, surtout sachant Damso sous la houlette d’un vieux loup de mer comme Booba… Mais c’était sans compter l’énorme prise de risque artistique de Damso sur Lithopédion, indéniable, qui colle plutôt bien à son univers sombre et mélancolique jamais très loin de l’héritage de la variété française, celle-là même qui a su transcender le quotidien dans une longue mélopée tragi-comique. Malheureusement, on ne fait pas illusion longtemps avec un simple potentiel. Vient un moment où il faut coucher des rimes sur les instrumentales, vient le moment où la technique et l’artistique doivent faire sens sur l’entièreté de l’œuvre.
Et encore une fois, ce n’est pas le cas sur un album de Damso. Les rimes pauvres se succèdent mécaniquement sur des mélodies frileuses et sans grand risque. Alors oui, on finit bien par retomber sur les fulgurances de Smog, Ipséité, presque avec un sourire triste et amer. On lèvera bien un sourcil surpris sur la construction étonnante de Feu de bois, avant d’avaler le reste de l’album avec un grand verre d’eau en sachant que, de toute façon, si ça ne fait pas de mal, c’est plutôt bon non ?

Il manque des tripes dans Lithopédion. Car c’est bien ça pour moi la marque de l’écriture de Damso à son meilleur. Le sale qu’il propose, il n’est jamais vulgaire ou putassier, cette haine contenue n’est jamais gratuite. C’est sombre et nimbé de ténèbres, presque fataliste dans son rapport au monde, aux femmes et à autrui. En évacuant la passion aveugle de son écriture, il se donne les moyens d’en quelque sorte esthétiser sa musique. Son flow y est évidemment pour beaucoup, la propreté des productions également mais c’est ce contraste entre les thèmes, l’écriture et cette apparente propreté qui donne une teinte presque expressionniste sur certains morceaux.

En définitive, je suivrai désormais Damso avec grand intérêt, guettant le moment où il retravaillera vraiment son personnage et son univers, arrêtera les compromissions et sombrera pour de bon dans ce bouillonnement de talent noir qu’il garde trop loin des regards.

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