Dans la brume

Avis sur Loveless

Avatar Lucid
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« OMG, les guitares, elles sont trop saturées, on dirait du travail de boucher. En plus, on les entend même pas chanter, merci quoi. »
Telle est la réaction qu’aura un badaud s’il jette une oreille indiscrète à ce merveilleux Loveless. Je me repentis, je pensais à peu près la même chose, à ma première écoute. Mais l’eau coule sous les ponts, et bam, au bout d’un moment, vous comprenez enfin tout le génie de l’album.

Car sous cette brume mystérieuse et cette saturation se cache un album qui se révèle être assez classique dans sa construction pop : couplet, refrain, etc.. Vous connaissez la musique, hein. Mais on a le droit à de la pop de haut niveau. Car sous cet aspect qui a l’air aride et violent submerge une douceur des plus captivantes, grâce (en grande partie), à la voix de Bilinda Butcher. Forcément, on a l’impression qu’elle est reléguée au second plan, mais elle ressort encore mieux, et il y a ce côté étrangement beau, de très érotique dans cette voix qui se traîne, qui s’infiltre doucement dans nos oreilles encore vierges pour nous livrer une rares pureté.

Il y a aussi un côté très paradoxal dans cette œuvre, c’est l’oscillation entre une dure brutalité et une naïve douceur. Juste sur la magnifique ouverture Only Shallow. Trois coups de batterie, et un énorme riff éclate. Nous voilà directement entraîné dans une sorte de machine à laver ultra sonore qui s’amuse à nous déstabiliser. Et la coupure avec le couplet est assez sèche, avec l’arrivée d’une guitare plus claire, plus calme. C’est sur cette ambivalence que maintient la magie de cet album, s’amuse avec notre perception pour mieux nous captiver, nous faire passer d’une fureur, presque animale, à une tristesse des plus ravageuses.

Vous l’aurez compris, Loveless est une expérience à part entière. Rare sont les artistes qui ont su livrer un album d’une telle ampleur, d’avoir réussi à capter toute la beauté que la musique peut produire, en jouant avec ses codes et ses faiblesses. Une œuvre qui peut se révéler totalement abstraite et futile. Il faut se plonger entièrement, livrer corps et âme pour y ressentir quelque chose d’ultime.

Vous voilà prévenu.

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