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Les joies de la pop méphistophélique.

Avis sur Meliora

Avatar Alexis Grand
Critique publiée par le

Cela fait plusieurs semaines à la vérité que je n'ai plus cessé d'écouter le nouvel album de GHOST, Meliora.
C'est étrange, presque inquiétant, un miracle car il y aurait plutôt de quoi lever les yeux au ciel – actualité musicale médiocre, déversement ininterrompu d'albums identiques, inspiration globale frôlant le niveau de la fosse des Mariannes et autres joyeusetés.
Tout autour on s'interroge, subodore, perçoit un aveu dans cette soudaine monomaniaquerie. Puis le doute se dessine au coin des regards, la déception se meut dans l'air. Et la question tant redoutée de pointer le bout de son nez crochu :
— Mais, tu aimes bien ?
— Ben ouais !
— Vraiment ? Mais je veux dire, comment ? Je croyais que tu aimais Oasis, les Pixies, les Ramones, les Beatles...
— Ouais, et alors ?
— Bah, Ghost c'est un peu... nul, quand même.
— Tu as déjà écouté ?
— Nan, mais bon, le metal, tu vois...
La seule chose que je vois est que cet homme, à la barbe exagérément surfaite et aux fringues valant deux fois mon loyer, ne sait pas de quoi il parle. Ils ne savent jamais. Ils sont trop occupés à dresser la liste des cafés les plus en vogue de la ville et à se palucher sur le dernier disque monté au pinacle par les Inrocks pour écouter Monstrance Clock. J'ai envie de faire subir à ce type le supplice du tchi-tchi à coups d'albums de GAMMA RAY ; de tordre le cou à sa vision étriquée des choses. Las, je serre les dents et écoute le nouveau GHOST, encore.

Si les deux premiers albums étaient de sacrés tours de force à une époque où tout un chacun a oublié comment écrire une bonne chanson, Meliora enfonce le clou et consacre définitivement le groupe sur son trône – diabolique.
Via la production d'abord. Énorme, elle se met enfin au diapason des ambitions annoncées.
Via la composition ensuite. GHOST fuit le jusqu'au-boutisme bruitiste dans lequel se jettent avec complaisance ses pairs et poursuit sa recherche de la mélodie accrocheuse, immédiate et s'inscrivant dans la durée. Pop, évidemment, doucereuse, insidieuse, méphistophélique, théâtrale, aux accents parfois dramatiques, la musique de GHOST est à l'image de la météo anglaise : bruineuse, grise mais parfois illuminée d'un soleil radieux.
GHOST laisse sa musique respirer, joue sur les silences. Les six cordistes se font plus lyriques qu'auparavant, ornementant un paysage singulier où se mêlent choeurs raffinés, voix enchevêtrées, harmonies délicates et clavier fantomatique.
En ce sens, Deus Is Absentia est une leçon de savoir faire : tic-tac hypnotique en guise d'intro – et servant de gimmick récurrent tout au long de la chanson ; riff magiqu'evident cadencé au son d'un clavier solonnel ; refrain lumineux et salvateur ; choeurs georgiens durant le break et servant d'outro... Du grand art.
Et si le groupe conserve toujours une fragrance liverpoolienne, il se permet aussi de flirter avec... le rock prog. Mais qu'on se rassure, le tout évoque davantage ASIA – grand pape de la pop prog raffinée – ou le YES mal-aimé de 90215 et Big Generator que le monde boursouflé de la non-chanson de dinosaures comme PINK FLOYD ou KING CRIMSON – vous pouvez sortir les snipers.

De Spirit à Deus in Absentia, sans oublier les deux courts instrumentaux qui parsèment les quelques quarante et une minutes de Meliora, GHOST décide de sacrifier toute velléité de virtuosité – instrumentale, j'entends – sur l'autel d'un songwriting classieux qui trouve ici son étendard définitif, pour le plus grand bonheur de l'auditeur.

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