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Le nouveau testament du rap français

Avis sur Noir d****

Avatar mavhoc
Critique publiée par le

Youssoupha réalise avec Noir Désir un troisième album qui se veut être à la fois une revanche sur la mauvaise presse qui fut la sienne suite à l'affaire Zémour et, en même temps, mettre en avant le talent bien connu qui est le sien. Sans jamais tomber dans l'idée simple, Youssoupha offre un album complexe et complet avec des thèmes variés traités avec talents.

Youssoupha c'est avant tout une plume, véritablement talentueuse. C'est moins de punchline et plus de textes cohérents. C'est de l'égo-trip sans trip. C'est donc l'écriture qui prime tout le long de l'album avec à la fois une certaine dureté et dans le même temps, un relativisme puissant. A aucun moment, Youssoupha ne veut tomber dans la simplicité de la critique.
A ce titre, l'Enfer c'est les Autres est une pure pépite. Un de mes titres préférés sans hésitation. Youssoupha critique à tour de rôle toutes les classes qui l'énervent : ces femmes noires qui se blanchissent la peau, les policiers arrogants, les politiciens qui méprisent l'Afrique, les alcooliques, les professeurs qui racontent une Histoire influencée par le racisme, un racisme présent chez les blancs, etc. Pour autant, Youssoupha souligne que le véritable problème c'est l'ensemble de ces préjugés qui sont les siens, le véritable coupable est lui, l'homme qu'il croise dans le miroir. Ce titre est très beau et long. Chaque vers ne se laisse pas écouter tout seul et c'est l'ensemble qu'il faut comprendre pour voir la cohérence du message. Les catégorisations, quand bien même certains rappeurs les prétendent justifiés, ne sont jamais bonnes et le véritable problème est l'individu que l'on est. Youssoupha a l'intelligence de dépasser les limites du rap français, non pas que dans l'égo-trip mais aussi dans les revendications sociales.

Pour autant, on est loin d'être dans des titres de bisounours dans cet album. On relève le magnifique Menace de Mort qui est justement un commentaire sur l'affaire Zémour. Youssoupha rappelle l'agressivité du rap, le besoin de se révolter. L'aspect également populaire de certaines musiques de banlieue (comme le slam) et l'incompréhension du rap qui entraine des amalgames totalement stupides, revendiqués par de mauvais journalistes. Un titre jouissif porté par une instrumental totalement sur-puissante.
Il faut dire que dès le début, l'instru de L'Amour avait posé ses bijoux de famille sur la table. Doux et en même temps envoutant avant de gagner en force. Le morceau est une sorte de préface, où Youssoupha, sous couvert d'égo-trip, rappelle ces thématiques fortes : revendications sociales, amour et des pointes de rage, le plaisir de la fête et refuser l'illusion. On soulignera également la forte présence d'une plume acérée et on comprend ainsi dès le début que Youssoupha est le genre de rappeur cultivé qui entend élever les gens par sa musique.
Dans la même catégorie, on a le droit juste après à Viens. Un titre galvanisant où Youssoupha invite tout le monde à rapper avec lui et à « venir ». Venir parler, venir rapper, venir bouger. Youssoupha en profite pour critiquer le rap français (autothune, mauvais instru, un ghetto cool imaginaire). Et le refrain se laisse porter et amène à s'éclater alors que l'instrumental derrière fait passer un vraiment bon moment.
Pour la violence, Noir Désir revient à ce que Youssoupha souligne comme étant un de ses thèmes de prédilection : le racisme. Il aura pourtant fallu attendre la onzième piste et venir au titre éponyme pour avoir un morceau dessus. Simple dans sa réalisation et faisant un constat sur le racisme et le ridicule d'une telle doctrine. Youssoupha a déjà fait le tour du sujet et à part quelques lignes bien forte, le texte n'est pas incroyable pour autant, cela reste cependant assez agréable.

On a quelques moments de douceurs, quelques passages sur l'amour et la famille. Par exemple Les Disques de mon Père. Titre touchant où Youssoupha parle de sa paternité et de son amour pour son enfant. Très beau titre où Youssoupha renvoie dans le premier couplet à l'héritage de sa mère, et dans le second, à l'héritage de son père. Comme on le sait Youssoupha a aimé sa mère avec un amour très puissant, alors qu'il a eu beaucoup de mal avec son père (connu pour avoir eu des dizaines d'enfants). C'est donc un beau titre, où l'on voit à la fois la pensée de Youssoupha vis-à-vis de ses parents et de son fils.
Et puis quand même, on est sur un morceau où Youssoupha chante un des morceaux de son père, Tabu Ley Rochereau. C'est donc un beau message. Youssoupha, qui a pardonné à son père, sample un de ces morceaux, pour donner de l'amour à son fils. Trois générations réunies dans un seul titre. C'est beau, indiscutablement.
On se rappelle tous aussi de Dreamin', titre qui a fait connaître la chanteuse Indila dont la jolie voix séduit sur le refrain. Le titre est simple : un message d'amour de Youssoupha envers son public. Du même coup, le texte est simple et sans grande complexité au niveau du flow. L'instrumental est dans le même genre, le but est de coller à la voix d'Indila. On est donc sur du simple.

Mais l'amour n'est pas toujours parfait. Tout l'amour du monde est un titre sympa à ce sujet. Instrumental classique pour évoquer les ruptures amoureuses. Bon, le refrain est bas-de-gamme certes, mais le morceau est sympa. Le texte manque des talents d'écriture de Youssoupha et on peut donc trouver ça pas assez évolué vu le level du rappeur mais ça reste un moment agréable. Petit titre plaisant sur ces femmes volages, avides d'argents ou menteuses qui ont fait du mal à Youssoupha et ne reviennent qu'une fois qu'il est riche.

Pour autant, l'album a quelques moments moins bons. Histoires Vraies se veut être un titre sérieux qui souligne ce qui est de « vrai » dans nos vies. Malheureusement, les paroles sont sans grande profondeur et la présence de Corneille en featuring échoue à convaincre. Cinquième piste de l'album, on est donc loin d'être face à une réussite. Idem pour Gestelude pt.1 qui n'a vraiment rien pour soi : l'instrumental est médiocre, le flow est moyen, le texte est à revoir et même les backs sonnent mauvais. Le featuring avec Sam's est tout aussi oubliable. Certainement le pire titre de l'album.
Gestelude, pt.2 réussi pour sa part à avoir une instru' plutôt bonne, un flow de meilleur niveau qui ramène le Youssoupha qu'on connait. Si le texte n'est pas le meilleur de l'album, il reste correct avec une volonté d'expliquer et justifier les thèmes principaux de Youssoupha. S-Pi en featuring est pas mal, mais ne vaut vraiment pas Youssouph'.

Bizarre dans son son, Irréversible joue sur des problèmes d'enregistrement. L'instrumental est séduisante ainsi que le texte, empli de punchline et d'un flow puissant. Car on aurait tendance à l'oublier, mais derrière ses textes d'une intelligence rare, Youssoupha a également un flow pour les porter qui est d'une extrême qualité. Malheureusement, derrière ce talent, il n'y a pas grand chose... Le texte est, en effet, lui-même assez inintéressant. Il n'apporte pas de grand thème si ce n'est les différentes critiques qu'on balance à Youssoupha. C'est donc bien sympa à écouter mais sans grand intérêt.
De même, J'ai Changé n'a pas de grand intérêt. Youssoupha explique qu'il a changé mais qu'il a aussi su rester le même. Quelques phrases sympas, mais une instru bien faite mais pas pour autant marquante. De plus, le flow a quelques passages moins sympas. Un titre donc assez moyen, alors qu'on est encore au début de l'album à ce moment (troisième piste).
Dans la catégorie manquant d'intérêt on a aussi B.A.O pour Bouche à Oreille. L'instrumental a peu de saveur et le texte manque de profondeur. Youssoupha y déclare son amour de l'argent, car c'est son métier, mais souligne aussi les dangers de l'avidité ainsi que du buzz et que lui n'a pas besoin de cela. Titre simple et sans grande profondeur, il y a quelques beaux moments de flow et quelques bonnes punchline cela dit. Mais le refrain manque de saveur et si musicalement la participation de Taipan est plaisante, elle a quand même l'étrangeté de dire à Khadafi de reposer en paix sans sous-entendu ou second degré. Un titre pas très intéressant avec un final dérangeant.

La Vie est Belle est un titre très sympa qui évoque toute la laideur de la vie et la nécessité pourtant de garder espoir. La force de ce titre se retrouve dans son instrumental, totalement surpuissante, aux influences brostep revendiquées. Extrêmement bon moment, le point d'orgue de cette fin d'album.
Espérance de Vie est une manière de terminé en faisant un bilan, en rappelant qui il est. Pas excellent mais pas mauvais, ce titre montre bien toute la régularité du bon goût chez Youssoupha.
4h37 termine l'album avec des remerciements, à proprement parler ce n'est pas un titre mais une façon d'éviter les dédicaces trop fréquentes dans les morceaux et préférer faire une véritable piste qui n'a pour but que de remercier tous ceux qu'il aime.

Avec Noir Désir, Youssoupha signe, sans nul doute, un des meilleurs albums de rap français. Marquant au possible, on ne peut que douter qu'il arrive à relever éternellement la barre après un disque aussi bon. Si il y a bien des temps moins forts et même des morceaux mauvais (Histoire Vraie, Gestelude partie 1, BAO), on garde une certaine régularité. Quelques titres ciments, pas parfaits mais plutôt correct et agréable (Espérance de vie, Dreamin', Irreversible, J'ai Changé, Gestelude partie 2) et beaucoup de bombes pour le reste.
Noir Désir est donc un album de haute voltige, digne d'être appelé une des bombes du rap français, au même titre que les légendaires Ecoles du Micro d'Argent et Paris sous les Bombes.

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