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Peur sur la ville (OST) par FrankyFockers

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Une fois n'est pas coutume, nous traiterons ici, en rubrique musique, d'une bande originale de film, à savoir celle de « Peur sur la ville », film d'Henri Verneuil sorti en 1975, composée par Ennio Morricone. Parce que la bande originale de film est un genre musical en soi et qu'on ne le dit pas assez, parce qu'Ennio Morricone est l'un des compositeurs les plus intéressants et les plus innovants de la seconde moitié du vingtième siècle et qu'on le cantonne la plus part du temps au rôle de débiteur de musique de film au kilomètre (même s'il est vrai qu'il en a signé plus de 430), et surtout parce qu'il est possible de réaliser une musique qui soit un chef-d'œuvre sur un support filmique somme toute assez médiocre. C'est le cas de « Peur sur la ville », polar de Verneuil passable, avec un Bebel en grande forme qui escalade les toits et un Minos, méchant à l'œil de verre qui terrorise encore toute une génération de trentenaires, tout en les faisant mourir de rire avec ses bottines compensées et son look kitsch. Voilà du bon gros polar de série B qui sent bon la France des 70's et qui fit longtemps grimper les scores d'audience de la première chaîne. Car n'ayons pas peur des mots, la musique de « Peur sur la ville » est un véritable chef-d'œuvre, l'une des toutes meilleures compositions de ce génie de l'accroche mélodique et de l'arrangement pop qu'on surnommera vite il Maestro, digne de figurer aux côtés d'œuvres, sans doute plus connues, telles « Le Bon, la brute et le truand », « Il était une fois dans l'Ouest », « Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon » ou encore « Le Clan des Siciliens ». A ce propos, une parenthèse est nécessaire pour honorer comme il se doit le fantastique label florentin qu'est Dagored qui entreprend de rééditer en CD toutes les grandes compositions du Maestro. C'est une œuvre de salut public, d'autant plus qu'ils s'y attèlent avec soin, goût et pertinence éditoriale.
Ce qu'il y a de sidérant dans la musique de « Peur sur la Ville » c'est la manière dont Morricone parvient à sublimer le genre, le polar, tout en jouant sur ses codes. Dans le souvenir du spectateur, l'image de ce film est indissociable de ses sonorités. Il faut dire qu'il s'agit d'une des meilleurs périodes de compositions du Maestro, l'un de celles où il est vraiment libre et inventif, ce qui n'est pas trop le cas aujourd'hui, mais qui pourrait lui en vouloir, et où il bénéficie pleinement de l'expérience qu'il a déjà acquise (sa première B.O.F. date de 1961). A l'époque de l'écriture de cette pièce, en 1974, Ennio Morricone sort à peine de ses nombreux travaux expérimentaux et free-jazz avec le collectif Nuova Consonanza qu'il a lui-même monté (l'un des plus beaux témoignages de cette expérience décoiffante est la bande originale d'un obscur film à suspense italien de 1970 « Gli Occhi Freddi della Paura » parue également chez Dagored), et il tire bénéfice de ses expérimentations, qu'il mêle à son savoir-faire légendaire, à sa science innée de la mélodie et surtout, ici plus que jamais, à sa maîtrise du leitmotiv. Le morceau d'ouverture, « Paura sulla città », comprend le célèbre double leitmotiv sifflement + piano, ensuite accompagné l'harmonica et les coups stridents de violons, qui marque d'une empreinte indélébile tout le film de Verneuil. Il va encore plus loin dans la stridence et l'angoisse avec les morceaux « Considerazioni su un omicidio » ou encore « Sui tetti di parigi » où les références premières sont les compositeurs de musique contemporaine telles Ligeti et Penderecki. On ressent, précisément ici, toute l'influence de Nuova Consonanza. Mais cette bande-son, d'une véritable complétude, présente également des morceaux plus pop de l'artiste, plus easy listening, tels le mini-tube, bien connu des amateurs, « Sospiri da una radio lontana », où le hautbois innocent et printanier répond à des soupirs de femme dont on ne sait pas si elle jouit où si elle est étranglée. Toute l'ambiguïté de ce soupir rejaillit sur cette bande originale qui oscille entre l'évidence mélodique, l'aisance et la richesse d'arrangements orchestraux d'un côté, et l'angoisse et la stridence expérimentale de l'autre. Ce grand disque bicéphale est aussi quelque part emblématique de la carrière du maestro, ou plutôt de la manière dont le public le perçoit. Car Morricone est à la fois bouleversant d'évidence et de complexité.

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