Raviver la flamme

Avis sur RAMMSTEIN

Avatar NotTheMessiah
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Rammstein n'est pas un groupe ordinaire. Je ne reviendrai pas ici sur toute l'histoire du groupe ici, mais la sortie d'un nouvel album de groupe avait de quoi créer une attente, surtout après un temps si long sans album (Dix ans qud même. Dix ans, c'est long).
Revenir après tant d'années, ce n'est jamais simple. Axl Rose pour en témoigner en rappelant les cuisants souvenirs de son Chinese Democracy.
Rammstein n'est pas un groupe ordinaire, mais les fans avaient de quoi s'inquiéter quant à la suite de leur carrière. Liebe Ist Fur Alle Da, le dernier album du groupe était loin d'avoir fait l'unanimité. Je ne reviendrai pas ici sur ce LIFAD, ce n'est pas le sujet, mais il est évident qu'il s'en est suivi la période la plus sombre de l'histoire du groupe: shows qui avaient du mal à convaincre et se renouveler, membres du groupe qui avaient tous tellement mal vécu la composition de cet album qu'ils craignaient de devoir remettre ça. Le split n'était pas loin. Le groupe repoussait donc toujours le retour en studio: Best-of, tournée best-of, nouvelle tournée best of, projets solo...
Bref, le groupe semblait embourbé dans un cercle vicieux, et il y avait de quoi s'inquiéter.

Mais voilà, le groupe propose enfin son nouvel album. La pression est très élevé: Le groupe arrivera-t-il à prouver qu'il est encore à la hauteur de sa légende ? Arrivera-t-il a devenir de nouveau un groupe, uni ? Arrivera-t-il à ne renouveler ? Contentera-t-il les fans divers qui attendent maintenant depuis 10 ans ? Sortir un album après 10 ans, cela n'est pas la même chose que d'en sortir un après 3 ou 4 ans. Les attentes sont décuplées et le moindre signe de faiblesse sera pointé du doigt.

Cessons le faux suspens, vous avez vu ma note: cet album a répondu à toutes mes attentes, et peut-être même au-delà. Disons le tout de suite: cet album est sans doute moins bon que les quatre premiers du groupe. L'âge d'or de ce dernier s'est sans doute achevé avec Reise, Reise, qui restera leur plus belle oeuvre. Cependant, on sent ici un album d'un groupe de nouveau uni, qui a ré-apprit à jouer ensemble, à composer ensemble, et qui a prit du plaisir pour cela.
Ils ont eu peur pour LIFAD et ont forcé un son très "metal" rendant le tout un peu trop artificiel ? Ici, ils veulent un son qui ressemble à ce qu'ils sont devenu. Ils reprennent alors leur évolution mélodique laissé de côté suite à Rosenrot (2005). En écoutant l'album, on ne peut que se dire qu'ils ont longuement discuté afin de se rappeler ce qu'était Rammstein. Ce qu'ils étaient devenu. Cet album est véritablement la suite logique de Reise, Reise / Rosenrot dans laquelle ils seraient venu insuffler un aspect electro issu de leur début et qu'ils avaient un peu plus négligé par la suite.
Cet album est l'un des plus variés du groupe. Ils ont à cœur de voyager et de faire partager des ambiances très différentes. Chaque chanson a son identité propre et propose une pierre à l'édifice qu'est l'album.
Deutschland fait office d'ouverture grandiloquente. Le souffle épique de cette chanson fonctionne et rappelle les meilleures ouvertures d'album de groupe (Mein Herz Brennt, Reise, Reise). Radio propose une chanson plus simple mais loin d'être simpliste: les sonorités kraftwerkiennes et la construction au final peu classique en a fait un classique immédiat dans mon coeur. Le pont de cette chanson est sans doute l'une de mes choses préférées de tout le groupe. Zeig Dich change directement d'ambiance, avec ses riffs plus durs et ses sonorités christiques. Comme si le groupe voulait toujours désarçonner l'auditeur, il enchaine avec Auslander, qui surprend par son son electro dance assumé. Il s'agit clairement de la blague de l'album. Mais si un Pussy ou un Te Quiero Puta pouvait blaser car les paroles, la musique d'Auslander assume à 100 % le propos et rend le tout étrangement très succulent. Le refrain est efficace, et la production fait avaler la pilule. C'est sans doute la chanson qui fera le plus hurler les plus metalleux des fans du groupe, mais on ne peut pas leur enlever le goût de la prise de risque sur cette chanson. Comme pour enfoncer le clou après cette chanson, le groupe continue avec une chanson traitant d'une obsession de Till Lindemman. Sex est une chanson rock, presque dansante, mais très entraînante, complètement réhaussée, une nouvelle fois, par les claviers de Flake. PUis vient Puppe. L'énorme claque de l'album. Une chanson douce et malsaine se transformant en aller simple pour l'enfer. Cette chanson, c'est Rammstein à son plus haut niveau, où Till aurait rencontré Tom Waits. Tout est parfaitement dosé dans cette chanson et tout le monde contribue à en faire un chef d'oeuvre qui n'a pas à rougir face à ses ancêtres que sont Heirate Mich (Herzeleid , 1995), Spiel Mit Mir (Sehnsucht, 1997) ou encore Mein Teil (Reise, Reise, 2004).
Le groupe enchaîne avec ce que j'ai caractérisé de ventre mou suite à cette énorme claque: Was Ich Liebe parait de prime abord assez ennuyante (même si son côté posé et très Rosenrotien rend le tout très agréable, au final) et Diamant, la seule ballade est assez décevante. Trop courte, elle ne propose par la montée en puissance suffisante pour se hisser à la hauteur des autres ballades du groupe. Elle n'est finalement qu'un hersazt mal terminé de Fruhling In Paris (LIFAD, 2009). Cependant, les trois dernières chansons de l'album permettent de le terminer sur une bonne note: Weit Weg est atmosphérique et aérien. Je ne peux pas ne pas entendre de Jarre dans les claviers de Flake, mais cela est loin de me déplaire. C'est une chanson magnifique. Tattoo est loin d'être la chanson la plus mémorable de l'album, mais son côté rentre-dedans est plaisant et dynamise la fin de l'album. J'airai aimé que la production soit un peu plus travaillée sur ce titre cependant. Hallomann est une fin très osée. Plus glauque qu'énergique, tout se joue dans l'ambiance et elle est ici très travaillée et fonctionne parfaitement.

Une fois terminée ce passage en revue des différents titres, que reste-il à dire ? Que c'est un album très solide et très divers. Le groupe a voulu passer en revue tout ce qui faisait que Rammstein était Rammstein, tout en essayant d'être le plus honnête possible. Ils ne vont pas essayer d'être plus metal qu'ils ne le sont. Ils ne vont pas chercher à aller contre l'évolution logique du groupe.
Au final, si l'album n'a pas de nom et une pochette si simple, c'est sans doute que le groupe a voulu que le public se recentre sur ce que le groupe fait de mieux: la musique. Richard, l'un des guitariste expliquait qu'il avait peur de ce qu'il nommait, très justement, du "syndrome Kiss": un groupe dont le public a fini par ne plus du tout s'intéresser à la musique pour ce concentrer uniquement sur le grand spectacle. Pour ne pas terminer comme cela, Rammstein a donc décidé de ne mettre aucun artifice sur cet album: une simple allumette, et pas de titre nous accueille. Des photos en noir et blanc de chaque membre pour artwork et seulement les paroles noir sur blanc à l'intérieur, le message est clair: ici, le plus important c'est la musique. Le groupe a mis tout son cœur dans celle-ci. L'absence de pochette travaillée et de titre appelle le public à ce concentrer sur leur musique.
Mais l'absence de titre vient aussi sous-entendre que le fil rouge de l'album sera ici le groupe lui-même. Quand on regarde le choix de l'ordre des chansons, on ne peut que voir différents thèmes, parmi les obsessions du groupe. C'est encore plus évident lorsqu'on regarde les différentes faces du double-vinyle de l'album. Chaque face peut alors représenter un segment différent de l'album.
- Face A: Aspect politique (le rapport à l'Allemagne, la censure de la RDA, les excès de l'église).
- Face B: La sexualité (le beauf qui fait du tourisme sexuel, le sexe comme fondement de la vie, la prostitution --> ici on a une vraie progression allant de la blague à l'idée que le sexe peut ôter la vie et être à l'origine de malheur)
- Face C : Le désir et la frustration (la personne si belle qu'elle devient cause de désespoir, la question posée sur l'amour dans WIB, l'exhibitionniste qui ne sait que faire de son désir inadapté à la société).
- Face D :Rammstein. Alors ici, c'est un peu moins évident, et mon analyse se casse un peu la gueule, surtout que Hallomann pourrait très bien rejoindre la thématique C. Cependant dans l'enchaînement de ces deux thèmes, on a un bel étalage de ce qu'est Rammstein et de leur évolution, du titre rentre dedans à la Rein, Raus (Mutter, 2001) jusqu'à la chanson à ambiance moins évidemment rentre dedans mais glauque rappelant plus Rosenrot.

Rammstein est donc de retour. Ce n'est pas leur meilleur album (quoi que le temps nous dira comment ce nouvel effort résiste au temps) mais c'est tout de même un exploit. Un exploit car le groupe a su redevenir honnête dans ce qu'il propose. Les membres ont réussi à s’apprécier de nouveau, et à redevenir un groupe, fonctionnant ensemble. Ils acceptent de vieillir et d'évoluer, et de faire évoluer leur musique avec eux. Ils laissent Flake, le claviériste, et Ollie, le bassiste, s'exprimer plus que jamais. Till, le chanteur, propose l'une de ses plus belle prestation, où il montre l'étendue de son répertoire. Après une dizaine d'années de crise interne, le groupe est bel et bien de retour en forme, et a réussi à raviver la flamme.

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