Il est bien difficile d'arriver à cerner That’s The Spirit aux premiers abords, surtout lorsqu’on connaît les précédents albums de Bring Me The Horizon…
Autrefois groupe de deathcore (comprenez : un mec qui crie comme un cochon qu’on égorge, cf Pray For Plagues), évoluant lentement vers du metalcore (comprenez bis : un mec qu’on égorge moins, mais quand même, cf The House of Wolves), les cinq anglais n’ont eu de cesse de proposer un son de plus en plus assagi et mature d’albums en albums. La tâche, grandement amorcée par l’album Sempiternal (2013), atteint ici son apogée avec des chansons où le scream est quasi-absent (Dieu merci) au profit d’arrangements plus accessibles et des mélodies faisant la part-belle à des sonorités électroniques.
Tel Linkin Park qui avait su trouver le juste milieu entre leur son originel et une production plus lisse (NB: il faut aller écouter The Hunting Party pour se rendre compte du chemin parcouru), BMTH a délaissé la rage des débuts pour se tourner vers un son, certes plus accessible et moins brut de décoffrage, mais non moins dénué d’intérêt.
Pour s'en convaincre, il suffit de prêter une oreille attentive aux différentes pistes : si certaines chansons sont passables (comme la très dispensable Follow You, et oui après plusieurs écoutes, je n'arrive toujours pas à m'y faire, désolé), ce nouvel album regorge de petites pépites bien senties : la chanson d'introduction Doomed est vraiment une mise en bouche fantastique suivie par Happy Song, hymne hargneux qui saura réconcilier les fans hardcores de la première heure avec les changements opérés par le groupe. Mais aussi Avalanche, What You Need ou encore l’excellente Blasphemy qui prouve qu'on peut faire du rock sans un tempo de malade. Quant à Throne, elle sonne exactement comme une chanson de Linkin Park, une référence dont Oliver et ses compères n’ont pas à rougir. Enfin, l'album se termine par Oh No, qui risque de surprendre pas mal de monde (avec un solo de saxophone en prime, oui oui), même si à mes yeux cette prise de risques était inutile et trop pataude.
La note de 8 peut donc paraître bien généreuse mais vient saluer un album que je considère pour ma part comme assez audacieux (vous n’avez qu’à aller voir du côté de Count Your Blessings, qui n’a même pas encore 10 ans d’existence, et qui pourtant est diamétralement opposé à ce que propose aujourd’hui BMTH).
That’s The Spirit restera donc une pierre angulaire de l’histoire de Bring Me The Horizon : symbole du divorce consommé avec ses origines, cet album a le mérite de prendre le contrepied des attentes des fans, et propose quelque chose de novateur. S’il sort peu des sentiers battus de la scène métal-alternatif actuelle, il reste une bonne surprise de la part d’un groupe qui n’est jamais resté dans une certaine zone de sécurité/confort. Après de multiples et multiples écoutes de l'album, amputés de ses chansons les plus faiblardes, cet opus reste d'une qualité époustouflante et n'aura probablement pas pris une ride dans dix ans. Well done.