Croque-mitaine en service

Avis sur The Pale Emperor

Avatar Smay
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Le neuvième disque du "révérend" sera marqué par un retour au glam-rock / à la pop. Nope, ce n'est toujours pas le style industriel lourd, carabiné et poisseux des débuts (Antichrist Superstar — coucou Trent Reznor) comme certains pouvaient l'espérer. Ni même cette rébellion totale et insolante qui caractérisait tout son univers il y a de ça des années et ça ne le sera probablement plus jamais. Mais ça reste déjà plus facile d'accès que le Born Villain d'il y a trois ans et demi et surtout, le groupe montre qu'il n'est pas mort... et en a même encore sous le pied : c'est le moins qu'on puisse dire. Pour une formation en indé depuis deux albums et avec une promo tout bonnement chaotique voire quasiment inexistante depuis autant de temps, c'est déjà réjouissant.

Je n'ai pas particulièrement envie d'être dur avec Marilyn Manson dans la mesure où depuis la fin du triptyque qui a fait la carrière du groupe (Antichrist, Mechanical, Holy Wood, pour ceux qui découvrent), j'ai toujours pu trouver de bonnes idées à retenir des disques sortis depuis 2003, que ce soit Golden Age, Eat Me Drink Me, High End of Low ou dans une moindre mesure, Born Villain qui n'est pas absolument pourrave. Même si MM n'est commercialement plus trop dans le coup aujourd'hui (preuve que le groupe a été un effet de mode pour beaucoup et que le grand public attendaient de lui un retour de son image d'Antichrist et non un trip glam / rock'n'roll), l'évolution de sa discographie ainsi que la trajectoire prise force le respect : on est loin de cette caricature et de cette surenchère présente chez certains groupes de cette époque fameuse du shock-rock & neo-metal ㅡ comme Korn ou Rammstein ㅡ qui eux pour le coup, ont trop forcé le trait et se sont retrouvé piégés entre ce qu'ils étaient, ce qu'ils souhaitaient redevenir et ce qu'ils devaient juste être. Certes, Manson s'est grillé en cassant son image d'origine, mais cela lui aura permis d'évoluer musicalement.

Après de multiples écoutes de ce "Pale Emperor" qui est, en passant, l'album le plus court de la disco si l'on exclut les trois reprises acoustiques de la Deluxe d'iTunes, il semblerait que ça continue sur cette même lancée. Il y a une qualité constante dans le travail fournit aussi bien musicalement que dans la création d'ambiance / l'imagerie (Born Villain mis à part), on notera par contre une trop grande similitude entre le logo choisi pour cet album et celui du Sin de NIN. Sans être forcément marquant ou bien transcendant, ça reste assez catchy pour déboiter les nuques et ça s'écoute toujours avec plaisir. Quelques fulgurances ici et là donneraient même envie d'élever un peu la note. Niveau line-up, Gil Sharone (Stolen Babies) se charge d'assurer la batterie tandis que le bon vieux Twiggy Ramirez (Jeordie White) reprend sa place à la guitare-basse. Mais la principale nouveauté reste le choix du producteur puisque MM a fait appel aux services de Tyler Bates (compositeur de films, séries et jeux vidéos) ayant travaillé entre autres sur Watchmen, 300 ou plus récemment Guardians of the Galaxy pour produire mais aussi co-écrire tout l'album. Ce dernier a également été désigné comme lead guitariste du groupe pour la tournée européenne et nord américaine à venir, rien que ça. Il en résulte un son résolument cinématographique et d'ailleurs les singles dévoilés sont d'abord apparus au cinéma et au petit écran ("Killing Strangers" dans John Wick & "Cupid Carries A Gun" dans la série Selam). Pas un hasard.

Les autres références viennent de la pop et surtout du blues. Le single "Third Day of a Seven Day Binge" (Le troisième jour d'une bringue de sept jours, fraicheur!) rappelle fortement le "This is the Day" des Cranberries et certains autres titres comme "Killing Strangers" ou "Cupid Carries A Gun" justement (de loin l'une des meilleures pistes de l'album) ont de forts relents bluesy qui font plaisir à entendre pour peu qu'on aime le blues évidemment. Et c'est là que c'est intéressant parce que MM s'approprie ce style avec brio. Sa performance vocale est globalement de haute volée, bien meilleure que sur les précédents albums d'après moi, moins "je bave dans le micro et avec plein de filtres partout bon sang" (sauf sur "Birds of Hell Awaiting" où le vocodeur est présent). L'album est plutôt cohérent, la production est impeccable. Les lyrics, toujours bourrés de métaphores et références bibliques, historiques ou mythologiques en tous genres peuvent en revanche paraître moins profondes que d'habitude (trop de répétitions).

Mais il y a bien un concept général. The Pale Emperor fait référence à cet empereur romain datant d'avant Caligula (Heliogabalus) qui a été le premier empereur à rejeter Dieu (pour la petite histoire, c'est Johnny Depp qui offrit au chanteur ce bouquin dont est inspiré le concept). Le disque contient son lot d'excellents titres (tels que "Slave Only Dreams To Be King" avec en ouverture les vers du poème d'Ella Wheeler Wilcox ou encore "The Mephistopheles of L.A.", très inspirée) avec, au final, peu de déchets. "Deep Six" passe bien mais est un peu en retrait par rapport au concept du disque, en plus d'avoir un clip tout pourri et de sentir un peu le réchauffé du "No Reflection" sur Born Villain. Enfin, les trois titres bonus sont une sorte de foutage de gueule comique. Quoi que très réussis, ces morceaux ne sont nullement des inédits mais des reprises acoustiques de trois titres de l'album : "Day 3" est en fait la reprise de "Third Day…", "Fated, Faithful, Fatal" est celle de "Mephisto of L.A." et "Fall of the House of Death" celle de "Odds of Even". Pourquoi avoir changé les noms dans ce cas? On mettra ça sur le compte de l'humour du mec (ou peut-être pour annoncer un nouveau virage...).

L'appréciation de cet album dépendra simplement de ce que vous attendez d'un tel groupe en 2015. Certes les nostalgiques le resteront. Marilyn Manson ne choque plus vraiment depuis quinze ans et le propos a beaucoup moins d'impact. Mais en toute objectivité il demeure l'une des dernière légende du rock encore vivante en activité et fait preuve jusqu'ici d'une longévité à toute épreuve. Et ça fait un neuvième album solide et très intéressant conceptuellement, mine de rien. Allez un bon 7, c'est mérité.

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