Mais que demande le peuple ? Le soulèvement ? Le voila bordel !

Avis sur The Resistance

Avatar Adriou
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Tous les connaisseurs de Muse le savent : Depuis Origin of Symmetry (2001), Muse tend à devenir un groupe de rock plus lisse et commercial qu'à ses débuts. Absolution en 2003, énorme album mais moins inspiré que son prédécesseur. Black Holes en 2006, le son de Muse s'alourdit, devient de plus en plus surproduit. 2009, The Resistance déboule. Immense succès. Plus gros démarrage, plus fortes ventes de toute la carrière du groupe. Muse devient mondialement connu, remplit des stades, passe à la radio pop FM, se tapent des tournées avec U2. Leur musique s'universalise, devient plus accessible. Mais est-ce vraiment un mal ? Que demande le peuple après tout ? Que Muse reste un petit groupe indé renfrogné et fidèle aux attentes des fans de la première heure ? NON. Un grand NON. Muse veut grandir. Muse a faim de succès. Muse est gonflant, mais Muse est sincère. Muse veut faire exploser le monde. Et c'est cette voie qu'ils ont choisi de prendre, les petits gars de Muse, et après tout, pourquoi pas ?

A peine insert on le disque de The Resistance, que l'on se prend une belle claque dans la gueule. Basse et batterie envoient du lourd et nous invitent à rentrer dans un blues-rock efficace avec Uprising. La basse de Chris ronronne tandis que la ligne de synthé kitchissime, mais mélodieuse fait son apparition. Un soupçon de mystère se mêle au vaste sentiment d'urgence que procure la chanson. La voix de Mat est précise, guindée mais rassurante à la fois. Le refrain au chant ne prévient pas. Il monte dans les octaves sans forcer, mais d'une manière radicale et solennelle. Peu de chanteurs osent/savent faire cela. La guitare vient renforcer le côté blues de l'espace avec un riff discret et un solo on ne peut plus simple. Simple mais assuré.
On aura beau dire, le son de Muse s'est aplatit, s'est enrobé de sucreries, mais s'est aussi grandement perfectionné. On est définitivement très loin des riffs sales et déchainés de New Born.

Muse a auto-produit son album pour la première fois. Mat s'est chargé tout seul de mettre en place sa fameuse symphonie pour que comme le dit-il lui-même, un arrangeur ne s'approprie son œuvre. Comme d'habitude, la première partie du disque enchaine les tubes qui passent à la radio, mais ils ont tous un côté surprenant. Beaucoup moins conventionnel qu'un Starlight par exemple.
La deuxième piste par exemple, Resistance, nous renvoie au kitch des années 90 avec un petit piano façon Children, qui évoque le côté dream house de Robert Miles. Le rythme se casse brutalement pour rentrer dans un pont musical étonnant avec des chœurs bizarres et surtout une ligne de basse complétement barré. Une basse jouée avec une haute tonalité qui une fois de plus, nous scotche.

Avec Undisclosed Desires, Muse s'essaie au RnB contemporain et c'est avec une maitrise impressionnante qu'ils le font. La basse en slapping est une première pour le groupe, et le travail de Mat au chant est juste magique. On pourrait presque croire qu'il a fait ça toute sa vie alors qu'en vrai, c'est bien la première fois qu'on l'entend chanter de cette manière.
Un morceau de facture certes classique avec un son général très inspiré par Dépêche Mode, mais Muse s'amuse vraiment à bousculer nos habitudes bordel. Et ça c'est très positif dans un groupe quel qu'il soit.
Toujours dans les tubes du début, un single un peu moins connu car pas vraiment un single à la base, c'est United States of Eurasia. Bien sûr que les influences sont nombreuses et que Muse n'a rien inventé, mais c'est avec une pure folie que le groupe compose. Les arrangements s'amplifient, se complexifient, mais la chanson reste d'une extrême cohérence avec un refrain la aussi (encore une fois putain) exceptionnel car supervisé par une mélodie au piano et aux violons ne laissant aucune place pour la voix. La preuve que Muse sait renouveler la structure de ses morceaux. USOE se termine par une interlude piqué à Chopin, la fameuse nocturne. Ici parfaitement arrangée et réinterprétée par le leader du groupe d'une très belle façon.
Voilà pour ce qui est des quatre titres phares de l'album, pas forcément des réussites totales, mais plutôt une succession de singles impétueux, qui évidemment ne plairont pas à tout le monde.

Guiding Light peut paraitre pompeuse il est vrai, kitch et énervante mais elle me touche personnellement. Le rythme haché me plait, le chant est à la fois rageur et suffisant, de telle sorte qu'on ne sache plus très bien si Mat est... "humain". Et c'est ça qui est fort je trouve. C'est une chanson adroitement déshumanisée que l'on se prend en pleine poire. Puissante et solennelle. J'aime.
La suite de l'album est moins intéressante avec les "déjà entendues quelque part dans la discographie du groupe" Unnatural et MK Ultra. Ce sont deux chansons nerveuses qui tentent de préciser que Muse sait faire du heavy-rock à la base, mais leur son trop propre et épuré ne correspond pas vraiment à la configuration moins énervé que d'habitude de l'album. C'est un peu dommage, pour moi elles font juste un effet de remplissage même si elles restent attractives et plairont aux plus jeunes.

La fin de l'album se révèlera plus passionnante à mon goût avec I Belong to you et Exogenesis en trois parties symphoniques. La première offre un rythme tout à fait nouveau pour Muse, une ligne de basse étonnante et un piano aux gammes légèrement mystiques. "Mon coeur s'ouvre à ta voix" est placée judicieusement au cœur même du morceau pour donner de l'ampleur au thème principal. Tout est repris de l'opéra de Samson et Dalila, interprété par un Mat en grande forme vocale. Moment incompréhensible pour certains, mais très beau pour d'autres. On ne peut en aucun cas dire que ce passage est bâclé. Mat articule le Français aussi bien que dans l'opéra d'origine, même si il y a matière à se moquer je l'avoue. Un passage inouï quoi qu'il en soit.
Quant à la symphonie qui vient clôturer The Resistance, elle permet pendant douze minutes de s'extasier devant la formidable passion du chanteur. Les différents mouvements se suivent avec intérêt, pour peu que l'on s'intéresse modérément à la musique classique. Un bel exploit qui permet de conclure l'album en douceur et en finesse.

On aura beau dire, Muse est un groupe qui grandit et qui touche les gens de différentes manières. Si le groupe ne fait pas toujours dans la subtilité avec The Resistance, on ne pourra pas leur reprocher de ne pas être sincère, et de ne pas fournir un travail colossal à chaque album. Ils font ce qu'ils aiment, se la racontent peut-être, mais ne se cantonnent pas à un genre de musique particulier, et possèdent leur griffe. Une sacrée griffe d'ailleurs.
Le fait que The Resistance soit le plus gros succès du groupe ne prouve en rien qu'il soit un excellent album, mais défend l'idée qu'il n'est certainement pas aussi mauvais que le prétendent les critiques qui le cassent avec une agaçante attitude décomplexée. Ces loosers méritent des claques d'ailleurs. Mais heureusement, Muse est là pour leur en mettre.

Vivement le prochain album.

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