La preuve que l'homme descend du singe?

Avis sur The Velvet Underground & Nico

Avatar Nicolas Dritsch
Critique publiée par le

La majorité des critiques de cet album se résume à "pierre angulaire du Rock" et à la phrase de l'évangile selon Eno sur les "3 albums vendus (j'ai mis des chiffres au hasard, ils changent régulièrement) qui auraient engendré 16 millions de groupes"
Veuillez excuser mon cynisme et j'aurai mérité les commentaires acerbes de ceux qui vénèrent ce disque.
Je constate simplement que lorsque le seul critère que contrôle un musicien, à savoir sa musique, passe au second plan et que l'on commence à utiliser des termes bibliques pour qualifier un disque mon esprit cartésien se retrouve désarçonné.
J'ai la sensation qu'une frénésie irrationnelle entoure cet album des Velvet, pour la résumer j'aime bien la phrase de Lester Bangs qui affirma au début des années 80, moment où la légende prit son envol, qu'il devenait obligatoire de citer le Velvet parmi ses sources même si on n'avait jamais sorti leurs albums des pochettes.
Faut dire que L'aura de Warhol était telle à l'époque que s'il avait sponsorisé Tino Rossi, je serai peut être en train de faire la critique de petit papa Noël...

Cela dit je ne vais pas non plus faire dans le négationnisme musical, il est indéniable que la bande à Lou Reed a influencé des artistes majeurs et même si j'admire la plupart des groupes qui en revendiquent la filiation j'aurai tendance à dire "et alors?" Même si l'on part du principe un peu farfelu que sans le Velvet, David Bowie aurait fait du tricot et Lee Ranaldo jouerait de l'accordéon dans un groupe de musette, est ce suffisant pour affirmer que l'édifice Rock aurait implosé? Vous l'aurez compris pour moi c'est 1000 fois non, le Rock ne se résume pas à la branche indé, alternative ou glam, scènes qui auraient de toute façon existé, peut être sous une forme sensiblement différente, ce qui n'est pas synonyme de moins bien...

Pour en revenir à ce qui m'intéresse dans un disque, à savoir le contenu, et bien je dirai que je me serai volontiers arrêté à la face A, voir même à la première plage...seul morceau à être bien joué et produit.
Je garde Lou Reed qui tient la baraque vocalement (merci d'avoir insisté pour que Nico la ferme pendant Sunday Morning) avec ses interprétations habitées et des textes d'un réalisme cru et désespéré, les thèmes sont abordés d'une manière bien plus profonde que les groupes de la côte Ouest. La drogue et le sexe sont dépeints sous leurs formes la plus sombre (sadomasochisme, dépendance, dépravation...) et je reconnais que la musique y est en adéquation parfaite.

Cela dit malgré mes efforts répétés (20ans d'acharnement) je n'arrive pas à faire fie des nombreuses approximations qui parsèment le disque, Nico qui détimbre et qui ne sait ni comment ni quand poser sa voix, Tucker a du mal à garder le tempo et le groupe n'est tout simplement pas en place sur la moitié du disque.
Cale joue faux régulièrement, il a au moins le bénéfice d'apporter le côté "art", "expérimental" et "minimaliste" que La Monte Young et John Cage avaient déjà développé avant lui (le concept de pionnier en musique commence là où s'arrête la connaissance de leurs prédécesseurs)
J'envie ceux qui arrivent à passer outre ce manque de maîtrise aux frontières du pathétique, mais je ne désespère pas.

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