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Art nouveau - L'Assassin qu'elle mérite, tome 1

Avatar Kassyna L'Oasis Livresque
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Quatrième de couverture : Vienne, 1900. Deux riches noceurs, désabusés et cyniques, portent un regard impitoyable sur ce milieu artistique viennois de la Sécession qui prétend révolutionner l’Art. Un soir d’ivresse, ils font le pari de transformer un jeune homme pauvre en ennemi de la société, de le façonner à leur guise, comme une œuvre d’art vivante. Ils choisissent le jeune Victor qui passait par là. À leurs côtés, le jeune homme va découvrir des plaisirs insoupçonnés derrière les murs de la plus prestigieuse maison close de Vienne. Un monde de volupté et de raffinement s’ouvre à lui. Un monde dans lequel il y a la merveilleuse Mathilde. Un monde qui n’est pas le sien. Quel sera le prix à payer pour que le rêve se poursuive ?

Mon avis : Dans la capitale autrichienne du début du XXe siècle, Alec, un dandy qui aime profiter des plaisirs de la vie sans se soucier d’autrui, et son ami Klement vont faire un pari fou : celui de façonner une œuvre d’art vivante. Leur cible, choisie au hasard, est Victor, un jeune homme promis à un avenir de tailleur de pierre qui mène une existence peu enviable, au sein d’une famille pauvre, avec un père qui a la main un peu trop leste. Alec va donc lui faire goûter à la grande vie, notamment en lui ouvrant les portes de la plus célèbre maison close de Vienne. Il va y faire la connaissance de la sulfureuse Mathilde, dont il va pouvoir profiter des services à sa guise, puisqu’Alec lui a offert un crédit illimité dans l’établissement… Jusqu’au jour où il va lui couper les vivres, et Victor va très mal vivre ce retour dans le monde des pauvres. Comme on peut s’en douter, victime de cette odieuse manipulation, il va alors perdre totalement l’esprit. Mais quand et comment s’arrêtera-t-il ?

J’ai ressenti beaucoup d’empathie pour le personnage de Victor. Ce jeune homme malmené par son père se retrouve le bouc émissaire d’un duo absolument machiavélique, prêt à tout pour aller au bout de leur nouvelle lubie. On le voit pouvoir profiter de choses dont il n’avait jamais osé rêver, étant entretenu financièrement par ces deux individus qui ne semblent avoir aucune limite. Victor n’est qu’un pion, un jouet qui leur permet d’alimenter leur nouveau projet. Et alors qu’il finit par déraper, on peut comprendre que notre héros s’est fait monter la tête et que la descente est rude – même si, bien sûr, cela n’excuse en aucun cas les horreurs qu’il va commettre. Alec est quant à lui absolument abjecte, et on ne peut que le détester dès l’instant où l’on fait sa connaissance. Puis il y a Mathilde, personnage très ambivalent sur lequel je me questionne encore une fois la lecture de ce premier tome refermé. En effet, même si elle est payée par Alec, elle semble sincèrement bienveillante envers le jeune homme. Et pourtant, lorsqu’elle n’est plus rémunérée, elle le met à la porte sans ménagement…

J’ai absolument adoré cette bande dessinée, c’est un réel coup de cœur. L’intrigue est originale, bien ficelée et vraiment prenante. On s’attache quasi immédiatement au personnage de Victor, et, de ce fait, on tourne les pages avec avidité afin de savoir ce qu’il va advenir de ce dernier. Les planches sont absolument magnifiques. Nous avons l’impression de nous immerger dans le Prague des années 1900, dans ses rues où se mêlent ouvriers et aristocrates. L’album est donc très beau, très coloré. De plus, un soin tout particulier a été porté aux visages, car ils retranscrivent parfaitement les émotions, à l’instar du cynisme d’Alex. D’un coup de crayon, Yannick Corboz parvient à nous faire entrer dans son univers. Ce premier tome de L’Assassin qu’elle mérite est donc un savant mélange entre un scénario particulièrement intéressant et des graphismes splendides. Par conséquent, j’ai hâte de découvrir la suite de cette bande dessinée.

Une citation : « Il s’agit de créer un criminel “ex nihilo”, à partir d’un individu pur et parfaitement intègre dont on aura modifié la trajectoire de vie : voilà qui serait une œuvre d’art subversive et véritablement décadente. Donner à cette odieuse société l’assassin qu’elle mérite ! » (p.17)

Ma chronique : https://loasislivresque.com/2016/12/31/lassassin-quelle-merite-tome-1-art-nouveau-wilfrid-lupano-yannick-corboz/

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