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Asterios Polyp par Hororo

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Je devrais commencer cette chronique avec une courte biographie de l'auteur mais je n'en suis pas capable. David Mazzucchelli est un artiste dont la carrière m'a toujours échappé. Avec Frank Miller il a contribué a donner à Daredevil (Born again en 1986) son âme de héros brisé mais invaincu tandis qu'avec le même auteur il écrivit la mythologie de Batman pour en faire un héros à la fois humain et surnaturelle. Une biographie qui, il faut le rappeler, est la première source d'influence de Christopher Nolan pour son premier film sur la chauve-souris de Gotham City (Batman : Year one en 1987).

Le style de Mazzucchelli n'était pas alors encore celui de l'auteur accompli mais de l'illustrateur servant le scénario. Il a depuis grandit en tant qu'artiste et changé son style vers une ligne claire européenne (Hergé, E.P. Jacobs ...) mêlé aux évolutions scénaristiques et graphiques de l'américain Will Eisner et même graté quelques codes graphiques du coté du Japon. Mazzuccheli est un dessinateur sans attâche culturel au même titre que certains se proclament citoyens du monde. La différence est que cette dernière formule est plus associés à des prétendants au thrône de la dernière révolution culturel tandis que Mazzucchelli est un auteur accomplis pour qui le mélange des influences est une seconde nature.

La première qualité d'Asterios Polyp est sa fluidité narrative au travers de planches complexes ne connaissant aucune limite malgré la présence de cases censé enfermer l'histoire dans une même direction. Celle-ci n'échappe pas pour autant à l'auteur mais permet aux personnages de vivre et à leur histoire de se découvrir à travers un continuum temporelle éclaté entre le présent, le passé et les songes de son personnage principale.

Celui-ci n'est même pas sympathique dès les premières pages. Seul dans une chambre, un incendie le pousse à partir de chez lui avec seulement quelques billets pour partir chercher ailleurs. Il fera alors la rencontre d'une petite famille dont le père, garagiste, accepte de lui donner un toit en l'échange de son travail. Les retours dans le passé servent donc à présenter Asterios, enseignant et architecte dont aucun design n'a jamais été construit. Ce pure théoricien au charme et à l'intelligence hors du commun fait la rencontre d'une jeune femme d'origine asiatique, tout aussi intelligente mais beaucoup moins "médiatique". Une rencontre qui lui permettra de combler ce manque afin de combler l'équilibre.

Leur relation est au centre de ce livre car elle est au centre des complications de la vie d'Asterios, jumeau séparé à la naissance d'un frère qui l'a accompagné dans le ventre de leur mère. Le reflet, le double, l'opposition sont des thèmes qui reviennent régulièrement dans les conversations et dans les planches. Riches en références culturels, le texte est aussi fascinant que les multiples symboles que Mazzucchelli développe dans son histoire ou sous la forme de petits détails visuels où le texte et l'image font corps dans une chorégraphie graphique que seul un génie de ce média est capable d'orchestrer avec autant de brio.

De la même manière que Local (de Brian Wood et Ryan Kelly) qui donnait vie à une jeune femme de ses 18 ans jusqu'à son retour dans la maison familiale à 32 ans, Asturos Polyp est un roman graphique racontant l'épopée d'un être fictif que l'on apprend a connaitre et prend vie au delà de la page dans notre coeur et notre esprit. L'exercice de style qu'aurait pu être cette histoire riche en tout point est transformé en une aventure humaine formidable et ingénieuse où l'on ne peut s'empêcher de se comparer à Asterios et questionner ses propres choix contre les siens. La vie d'Asterios Polyp devient alors le reflet de la notre et le miroir prend alors une nouvelle forme entre les mains du lecteur.

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