Frank Miller frappe encore.

Avis sur Batman : The Dark Knight Strikes Again

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Frank Miller est un bulldozer. Vous lui donnez un mythe, par exemple Batman, et il va s'appliquer à le détruire intégralement, à raser jusqu'à ses fondations, pour le reconstruire brique par brique. Sauf qu'une fois reconstruit, ce n'est plus le mythe mais son reflet millerien que le lecteur découvre.
Frank Miller est un mégalomane. À l'instar de son ennemi de toujours, Alan Moore, et de bien d'autres grands noms de l'industrie du comics, il est persuadé être l'unique détenteur de la Vérité, et donc que son verbe et son dessin sont paroles d'évangile.
Frank Miller est un fou. Mais comme dirait ce vieux Shakespeare, il y a de la méthode dans sa folie. C'est un chaos qu'il déchaîne, certes, mais un chaos ordonné, dirigé, aussi peu subtil et diablement efficace qu'un missile à tête chercheuse.

Le Batman, dans The Dark Knight Strikes Again, est un anarchiste de droite violent, sans scrupules, sans compromis. C'est une machine de guerre qui, comme son auteur, n'a pour unique but que la destruction du modèle établi. Ici, tout le monde en prend pour son grade, même les alliés du "héros" (cf l'opposition politique entre le communiste Oliver Queen et la Question qui incarne le néo-capitalisme). La victoire finale du Batman sur un gouvernement corrompu et caricatural fait écho à la victoire de l'auteur sur le géant DC Comics, qui le laisse publier ce règlement de comptes.

Sauf que quelque chose cloche. Là où "The Dark Knight Returns" redonnait à Batman son statut de légende, le consacrant comme le dernier grand héros de l'humanité (face à son rival kryptonien), "The Dark Knight Strikes Again" se perd en multipliant les caméos de luxe (Flash, The Atom, Plastic Man, et même la fille cachée de Superman avec Wonder Woman) et brouille le message. Là où le premier tome montrait l'importance de la révolte face à un gouvernement dictatorial et injuste, redonnant un sens à la vie d'une "génération perdue" (celle de Carrie Kelley aka Robin), le deuxième nous montre une révolution qui magnifie deux figures de pouvoir non-humaines: le quasi-divin Green Lantern et la fille de Superman. Le Batman n'aura donc servi qu'à redonner le pouvoir aux Übermensch qu'il a libérés du contrôle des technocrates dégénérés que sont Luthor et Brainiac, laissant le soin de gouverner le monde à Superman et à sa fille. On retrouve ici, comme dans "300", le culte du surhomme fasciste; Batman n'aura été que l'agent du changement entre une dictature inavouée exercée par la bureaucratie et une dictature avouée exercée par les êtres supérieurs.
Comme message, c'est plutôt moyen.

Et puis la partie graphique est largement en-dessous du volume précédent. On dirait que, tant il était obnubilé par le message apocalyptique qu'il voulait transmettre, Miller a négligé la forme. C'est dommage, car c'est aussi cela qui donnait sa force à "The Dark Knight Returns". Mais ici, je suis encore plus subjectif que dans le reste de l'article: je ne suis pas un adepte convaincu du style de dessin millerien.

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