Lorsque deux être détruits par la vie se rencontrent, que peut il se produire ? (avec spoilers)

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Lorsqu’un homme, condamné à mort pour trois meurtres et une femme, qui avait tout pour réussir, mais qui a tenté de se suicider trois fois, se rencontrent, que peut-il bien se passer ? Quel genre de relation ces deux êtres détruits par la vie peuvent-ils lier? Vont-ils s’entrainer vers le fond mutuellement ? Ou alors en ressortir grandi ? Le manga Watashitachi no Shiawase na Jikan, tiré d’un roman, essaye d’apporter une réponse à ces questions, tout en nous questionnant sur la vision que nous avons du meurtrier et de la victime.

L’histoire commence par un monologue de la protagoniste, Juri Mutou. Elle est la fille d’un célèbre homme d’affaire, elle est magnifique, c’est une pianiste talentueuse, mais c’est sa troisième tentative de suicide. Alors qu’elle est encore à l’hôpital, elle se voit proposer un choix. Etre enfermée dans un asile ou accompagner sa tante Monica, une religieuse, auprès d'un condamné à mort qui n'a plus de famille et qui a lui aussi tenté de se suicider en prison, Yuu. Elle finit par accepter de rencontrer ce prisonnier.

Toute l’histoire va être centrée sur ces deux personnages. Comment vont-ils s’apprivoiser, se faire confiance, nouer une relation d’amitié, retrouver goût à la vie jusqu’au dénouement funèbre. Car oui, ici pas de happy end. Dès le début, on sait que Yuu peut mourir demain.

Ici, deux mondes se rencontrent. D’un côté, la fille de bonne famille, pianiste, n’ayant jamais eu de problème d’argent. De l’autre, un orphelin, ayant dû se débrouiller seul pour élever son petit frère aveugle, quitte à truander ou à se prostituer. Mais l’un et l’autre ont l’air tout aussi amoché. L’un et l’autre veulent en fini avec la vie. L’un et l’autre ont perdu toute envie de s’ouvrir aux autres.
Toutefois, entre le moment de leur rencontre et la fin, quelque chose se produit. Les deux commencent à se faire confiance, se livrent mutuellement à l’autre. Ils finissent par échanger leurs angoisses et leurs passés douloureux. Ils nouent une relation avec quelqu’un, quelque chose qu’eux même pensés impossible.

On finit par en apprendre plus sur les deux personnages. D’un côté, un meurtrier qui n’a jamais souri et qui a tué par vengeance mais aussi par mégarde. De l’autre, une jeune violée à qui on a demandé de se taire et que l’on a toujours maltraitée. On peut voir ici une même forme de violence, une violence sociétale. D’un côté, un exclu, poussé au crime par le comportement odieux d’un riche fils de. De l’autre, une jeune femme à qui on a refusé la justice et qui a toujours été haïe par sa mère. Il s’agit d’une violence sourde, mais qui a eu des conséquences sur les deux personnages. Les deux ont rejeté l’extérieur, se sont emmurés dans leur monde et au final, on voulut en finir avec la vie.

Par ce biais, on aborde plusieurs sujets sensibles. Le suicide tout d’abord, en montrant qu’il y a souvent des causes profonde à ce mal être. Ensuite, les violences familiales, qui peuvent être aussi lourdes de conséquences. Puis, le pardon à travers Monica qui elle aussi a vécu une expérience traumatisante et qui s’en veut de ne pas avoir eu le courage de pardonner. Et enfin, le sort réservé aux personnes condamnés à la peine de mort. L’œuvre ne cesse de nous interroger sur la justification de cette peine. Est-elle justifiée ? Utile ? Punit-elle les bonnes personnes ? Au final, on doute, sans avoir de réponse. Bien sûr qu’il faut punir, puisqu’il y a eu meurtre, mais la mort d’un homme est-elle la réponse ? Plus les pages se déroulent, plus Yuu s’humanise devant nous. Au début, meurtrier froid et peu bavard, il devient un jeune homme comme les autres, qui n’a juste eu pas de chance. A la fin, il n’a qu’un souhait, vivre. Simplement, vivre.

On finit cette œuvre avec une pointe d’amertume. Jusqu’à la fin, on espère une fin heureuse. Mais pouvait-elle réellement avoir lieu ? On nous répété que non, que personne ne va croire un condamné à mort, un homme qui a été envieux et a tué une fille et sa mère. Arrivé au bout de l’histoire, on finit par l’accepter, tout comme l’héroïne. Symboliquement, elle arrête de se battre à contre-courant et accepte le sort de son ami. Elle décide alors d’affronter ses démons et de rejouer du piano pour lui. Par la suite, elle pardonne sa mère. Elle a fini par trouver une force qu’elle ne soupçonnait pas. Maintenant elle peut aller de l’avant, tout en gardant en mémoire les cours moments qu’elle a passé avec lui.

Qui de Yuu ou de Juri a le plus bénéficié de cette relation ? Aucune idée. Mais ils ont réussi, au moins le jeudi à 10h, à nouer un lien qui leur a fait reprendre goût à la vie ou du moins a permis de diminuer son amertume. C’est la réussite de cette œuvre. Nous montrer que l’on peut toujours s’en sortir. Que l’autre est toujours un moyen pour nous tirer du trou ou nous sommes. Que nous avons tous la force d’aller de l’avant peu importe les circonstances. Rien que pour ce message, cette œuvre mérité d’être lu.

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