Maladie de l’amour

Avis sur Pilules bleues

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Il y a près de vingt ans, paraissait « Pilules bleues », l’ouvrage qui a fait connaître Frederik Peeters. Celui-ci y raconte sa rencontre avec Cati, cette jeune femme atteinte du SIDA et mère d’un enfant également séropositif depuis sa naissance. Une histoire d’amour touchante autour d’une maladie qui à l’époque était encore souvent mortelle…

De sa propre expérience, Frederik Peeters nous livrait ici une œuvre intimiste, dans laquelle il évoque son histoire d’amour avec cette jeune maman séropositive. Sans faux semblants, l’auteur se livre avec une rare sincérité, sur ses doutes et ses craintes d’être contaminé à son tour.

Et pourtant, combien d’autres à sa place auraient pris leurs jambes à leur cou ? Frederik, lui, est resté car il aimait cette fille, tout simplement, « la plus douée pour la vie » de toues les personnes qu’il connaissait, faisant ainsi passer la maladie au second plan. Une liaison qui a sans nul doute aidé sa compagne à surmonter les affres d’une trithérapie difficile, sans garantie de guérison. Mais pas question pour lui de se glorifier. Excluant tout pathos et tout héroïsme, Peeters se contente d’évoquer leur histoire avec modestie, au plus près de la réalité : les discussions après l’amour, les visites chez le médecin, les petites chamailleries avec le fiston, bref, les anecdotes d’un quotidien somme toute assez ordinaire (mais tellement bien racontées), allégeant ainsi la chape de plomb créée par ce terrible virus à l’aide d’un humour plein de tendresse.

Déjà en 2001, Frederik Peeters possédait déjà ce style si reconnaissable, entre semi-réalisme et minimalisme, avec ce trait un peu gras et ces cadrages serrés et audacieux, ainsi qu’un talent unique pour représenter les expressions des personnages. De même, la qualité littéraire de l’écriture est indéniable, s’accordant bien avec le dessin. De nombreuses cases donnent lieu à un dialogue entre la voix off du narrateur-auteur et l’image, souvent en décalage, insufflant du dynamisme à la narration.

Lors de sa réédition treize ans plus tard, la version de cet album a été augmentée par des mini-entretiens avec les protagonistes : la mère, le fils, toujours en vie et en bonne santé (et la fille qui n’était pas née à l’époque) ! Les séquelles psychologiques demeurent mais le traitement a marché, et même s’il continue, il a été considérablement allégé. Avec « Pilules bleues », l’auteur de « Lupus » a su trouvé le ton juste pour décrire une expérience personnelle hors normes, parvenant à dédramatiser une maladie qui faisait encore très peur à l’époque, battant en brèche les préjugés en faisant de ce roman graphique morbifuge une formidable ode à la vie.

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