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Zahra's Paradise par Firmin

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L'œuvre de pure dénonciation au premier degré est un exercice plutôt délicat, voire casse-gueule, et hélas, Zahra's Paradise se plante dans les grandes largeurs.

La nature du livre fait qu'on peut passer rapidement sur le dessin (assez quelconque). On peut même excuser la construction un peu bancale de l'ensemble, l'histoire étant issue d'un blog. Reste quand même un certain nombre de défauts qui rendent la lecture passablement pénible.

D'abord ce prologue qui semble taillé pour attendrir la génération chatons-kawaï-internet : un père, l'air mauvais, massacre à coups de pelle la portée de chiots tout mignons issue de sa chienne qu'il qualifie d'"impure".
Des cases de cette introduction - hautement symbolique, n'est-ce pas - se retrouvent ensuite disséminées à des moments clés de l'histoire, au cas où ce ne serait pas assez clair comme ça.

Le manichéisme, ensuite. On a principalement à faire à deux catégories de personnages : les gens du peuple, rencontrés ici ou là, toujours opposants au régime et de bonne volonté, assez occidentalisés ; et les méchants, pro-République islamique, pourris jusqu'à la moelle, parfois feignants, toujours odieux et un peu répugnants - à deux ou trois exceptions près.
L'ouvrage se désintéresse totalement des soutiens de la République islamique : jamais on ne s'intéresse à l'identité ou aux motifs de cette partie de la population qui vote pour le régime, sinon pour dire qu'ils sont bêtes. Ce parti pris limite toute de suite beaucoup l'analyse des ressorts d'un régime autoritaire.
De même, l'aspect géopolitique passe assez largement à la trappe, à part pour dénoncer, de-ci de-là, les liens entretenus avec la Chine.
Somme-toute, le pathos mis de côté, l'information principale ici, c'est que l'Iran ne respecte pas les droits de l'Homme ; alors certes, on nous dévoile également les méthodes utilisées pour faire disparaître des individus, et c'est d'ailleurs la partie la plus intéressante, mais on aurait pu s'attendre à un peu plus.

La dénonciation tourne souvent au franchement lourdingue : de longues tirades, parfois grandiloquentes, viennent appuyer les récits des victimes ou les scènes émouvantes, passages où le sous-entendu aurait été à la fois plus approprié et plus efficace que cette façon de chercher à laisser le lecteur l'œil humide.

Bref, aucune place n'est laissée à l'évocation ou à la subtilité dans ce récit traité un peu de la même manière que les chiots du prologue : à grands coups pelle.

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