Banalisation de la violence

Avis sur 3 Billboards - Les Panneaux de la vengeance

Avatar Alfred Discapell
Critique publiée par le

Martin McDonagh, dramaturge, écrivain et réalisateur britannique sort en ce début d'année 2018 "3 Bilboards" un drame soulignant des thématiques fortes encrées dans une société américaine aveugle.

On suit l'histoire de Mildred, une mère de famille faisant face au deuil de sa fille qui s'est faîte sauvagement violée et brûlée au bord d'une route perdue dans le Missouri. Après dans mois sans avancées dans l'enquête, elle s'entreprend à adresser un message au chef de la police par le biais de trois géants panneaux publicitaires situés à l'entrée de la ville.

Ce qui fait avant tout que ce film fonctionne c'est sa capacité à jouer avec la gravité et la légèreté dans un humour noir que l'on compare beaucoup à celui de Fargo des frères Cohen (comparaison un peu trop simple à mon goût due sûrement au fait que Frances McDormand joue dans les deux).

On nous présente ainsi une critique de thèmes forts comme le racisme ordinaire, l’incompétence policière, les violences banalisées ainsi que tout un éventail de maux ancrés au sein de cette société américaine.

Le film arrive d'une certaine manière à nous tenir en haleine en gardant une part de mystère rendant les récit assez organique et peu prévisible mais surtout grâce à l'empathie que l'on développe envers Mildred, qui, malgré le fait qu'elle soit très froide et qu'elle lâche trop peu souvent un sourire, est une femme en deuil, révoltée et surtout seule face au système incompétent, seule avec sa haine. Mais la haine attise la haine, ce qui plonge le récit dans une violence omniprésente ainsi que dans un réalisme perturbant, notamment visuel, par le biais d'un taff sur les sfx qui se veut ultra réaliste.

Malgré cela, on tombe souvent vite dans le pathos et dans une grandiloquence assez mécanique. McDonagh rentre dans une facilité de narration qui s'veut juste à faire couler une larmichette, notamment avec tout l'arc sur le cancer de Willoughby qui m'a personnellement sorti du film. Sans compter l'absurdité et la niaiserie de la scène où Mildred discute avec une biche qui ne fonctionne tout simplement pas. Le pire étant sûrement le personnage de Dixon qui est l'archétype par excellence du gros con d'flic; raciste, violent, alcoolique et j'en passe, qui opère une rédemption totalement gratuite et nette après avoir subit des conséquences à la hauteur de ses actes (se fait virer, brûler à vif, tabasser, etc.). Il devient soudainement impliqué dans l'enquête et à l'écoute de son prochain.

Malgré ça le film possède une très belle qualité visuelle de part sa photographie pleinement maîtrisée. Pour ce qui est de la musique, la bande originale est assez marquante dans le sens où elle est très calme avec des sonorités country faisant contraste avec la violence omniprésente. Les acteurs jouent bien, les sfx sont magnifiques et le build up des scènes de tensions réalisé avec brio.

Au final, une technique maîtrisée avec néanmoins des faiblesses de narration et une morale bien représentative des sociétés occidentales aveugles aux violences qui en deviennent banalisées.

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