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A Scanner Darkly par Tybalt

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La Substance M a déjà peu à peu modifié ma perception au moment où les premières images apparaissent à l'écran.
D'ailleurs est ce que je regarde l'écran ou est ce que c'est lui qui me regarde ?
Les autres spectateurs sont ils complices ? Au courant ? M'ont ils tendu un piège ??
Le cinéma est il un reflet du monde ou le monde un reflet du cinéma ?
Et si moi aussi je portais une seconde identité cryptée sans être au courant ?
Calme toi, calme toi, personne n'est là, tout cela n'est qu'un reflet de ton imagination, la salle est vide, tous les autres spectateurs sont partis et on va pouvoir regarder ce film tranquillement. Ces fleurs bleues à tes pieds ? Juste un artefact du circuit vidéo qui déconne.

A Scanner Darkly, adaptation de Philip K Dick, s'attaque à la difficile tâche d'une adaptation poussée de Substance Mort, en essayant de conserver intacte toute la paranoïa de l'auteur, ses personnages au bord de la folie, mais aussi la composition chimique assez spéciale de son flot sanguin. Contrairement à toutes les adaptations précédentes, qui ne se servaient généralement que des décors de l'auteur et des grandes lignes de ses intrigues pour en tirer des films à grand spectacles somme toute à peu prêt dans la norme de ce que peut accepter le spectateur moyen. - ce qui avait donné quelques réussites indéniables (Blade Runner,Total Recall, Minority Report) et d'autres plus discutables (Impostor,Paycheck,Planète Hurlante,etc...) putain je suis désolé pour la longueur de cette phrase mon esprit est encore parti en logorrhée incontrôlable, trop de pilules, trop d'insectes sur mon corps.

Contrairement donc à toute ces précédentes adaptations, Richard Linkater colle au plus prêt du livre original, à travers le script, assez cryptique et ultra bavard (ce qui est aussi une marque du réalisateur) mais surtout grâce à la belle idée que constitue l'utilisation de la rotoscopie. Technique utilisée pour la première fois par l'ami Richard dans un précédent film, la rêverie poético-philosophico-politique Waking Life (où il faut bien le dire elle faisait un peu mal au crâne n'étant pas ultra au point, trop baveuse et mouvante), celle-ci trouve ici une nouvelle jeunesse, et donne une certaine force à l'atmosphère de ce film.
Filmées normalement, puis repeintes infographiquement, les images adoptent alors une espèce de transparence plastique, légèrement mouvante, magnétique. Impression perturbante lorsqu'on voit la réalité du mouvement des acteurs à travers une couche supplémentaire d'abstraction.

Drogues créant de nouveaux états mentaux, psychotiques à divers stades d'écroulement psychologiques, contre-culture latente, paradoxes paranoïaques illogiques mais bien vivants (culminant dans une scène de cambriolage - ou pas - hilarante), surveillance constante mais l'observateur n'est il pas non plus surveillé ? Tout l'univers de Philip K Dick, de ses névroses, de ses bouffées d'imaginations psychotropes et sans contrôle est pour la première fois enfin projeté sur un écran, à moins que ce soit directement dans mon cerveau, suis je un spectateur, ou alors le projecteur ou bien la seule somme des images cinématographiques qui ont constitué ma vie de cinéphile ?
A qui pense une bobine de film ? Que voit un projecteur ? Le projectionniste est il avec Eux ?

To Philip, deceased.

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