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À la recherche de Vivian Maier par limma

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Depuis 2007, John Maloof s'évertue à rendre publics les travaux de Vivian Maier après avoir acheté dans une vente aux enchères un vieux carton rempli de clichés, datant des années1960 signés de la photographe. Il retrouvera de multiples affaires dans un garde-meuble et nous emmènera à la source, dans un petit village français où la photographe aurait grandi.
Entrecoupé de ses péripéties : refus des musées à exposer les photos de l'artiste, témoignages des personnes qui l'ont connue, et de quelques indices sur sa vie, ce documentaire a le mérite de nous faire connaître l'existence de cette femme particulière, artiste à toute heure, et de mettre au jour une infime partie de la personnalité. New-yorkaise, de mère française, ce documentaire filme à la manière d'une enquête pour nous présenter de belles photos, d'un noir et blanc lumineux, pour un bel hommage à l'art photographique.

La réalisation de John Maloof, s'aidera du cinéaste Charlie Siskel qui a travaillé sur les documentaires de Michael Moore. On retrouve d'ailleurs un aspect "choc" par le montage, notamment sur les témoignages qui sont amenés avec des rebondissements bénéficiant même du fameux twist final. Une sorte de fiction assez sombre.

D'abord charmante “nounou”, gentiment excentrique, décrite ensuite comme une femme passablement "dérangée", usant de maltraitance, pour finir en artiste reconnue qui a eu le mérite de l'être. Tout ces aspects auraient mérité de ne pas être appuyés. Ils privilégient un aspect caractériel, se limitant à fouiller et extrapoler sans qu'aucun document ne vienne appuyer ou infirmer tous les commentaires contradictoires et finit par déranger. Le documentaire a le gros défaut de combler les vides par de l'accessoire, et d'être parfois bien indélicat.

On peut saluer l'énorme travail fourni, ce que l'on salue moins ce sont ces directions parfois maladroites mettant en "lumière" un personnage discret, par un voyeurisme pas franchement heureux. On oscille entre contradictions, où tout le monde y va de ses commentaires et vérités...De cette femme “ à part” il est évident également qu'elle na pas été toujours respectée en tant qu'individu.
Dès l'entrée en matière, le metteur en scène dira : "comment une nounou peut-elle faire de la photographie ?"...(sans commentaire !) Tout en insistant sur le fait que son travail devrait être reconnu et mis en valeur par la MoMA par exemple...Je me suis demandée de qui souhaitait-on saluer le travail, car la fierté de Maloof est frappante mais plutôt pour son propre cheminement !.

D'un travail colossal mettant en "lumière" la société des années 60, cette photographe au caractère renfermé, profitant de son travail “extérieur” pour "saisir" la rue, n'a eu de cesse de prendre sur le vif la vie de tous les jours, comme un témoin invisible. Une anecdote pleine d'humour où Vivian Maier se faisait parfois appeler Smith, comme dans les films d'espionnage, renforce la caractéristique mystérieuse de cette femme qui pourtant laissera des indices. Vivian Maier accumulait des tas d'objets, dizaines de valises et de boîtes renfermant plus de 150000 négatifs encore en cours de développement, 150 films, 2000 bobines de pellicules en noir et blanc et 700 en couleur…/...

Du choix de son appareil photo shootant par le bas, renforce son côté mystérieux “espion”.
Portraits, en contre plongés, le plus souvent, personnages des rues, elle photographiait la misère humaine mais aussi les gestes simples, avec la distance idéale de ses prises de vues, entre elle et ses modèles. Elle réalisera aussi quelques auto-portraits souvent merveilleusement cadrés, jouant sur les effets miroirs. Comparée à Dorothea Lange, Doisneau ou encore Diane Arbus (on y verra deux clichés comparés de petites filles), il reste une artiste à part entière. A vouloir toujours trouver un sens au comportement artistique d'un créateur, peut aller à l'encontre de son art et de son identité.

Reste pour moi un grand moment de découverte artistique. Cette photographe qui semblerait avoir été bien “inspirée” à construire ce mur invisible, entre elle et les autres. Cette fameuse distance « vitale » pour sa propre sauvegarde et pour son choix de vie, semble-t-il délibéré....

http://www.vivianmaier.com/gallery/street-5/

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