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À vif par Eowyn Cwper

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[Spoilers partout] “New York, la grande ville la plus sûre au monde”. Elle se joue à fond, massive, débordante d’elle-même, faisant regretter que l’introduction ne prît pas plus son temps. Rapidement, on envoie Foster dans un tunnel de Central Park à la nuit tombée : la scène pouvait difficilement transpirer plus le crime. Et bien sûr le crime survient. Une introduction copiée-collée de Ghost vient de nous faire vivre, dans l’atmosphère d’un Extrêmement fort et incroyablement près néo-noir, la première rupture entre des ambiances multiples maniées avec grande aise. Le tunnel a fait entrer Foster dans le terrier du lapin : Alice n’est plus ici, elle est dans le coma, au pays où la… mort veille.

À son réveil, traumatisée, Foster a perdu son compagnon, assassiné dans (ou par ?) le tunnel. Mais À Vif n’est pas l’histoire d’une victime & la souffrance n’est pas du genre, ici, à retourner dans son antre une fois son ouvrage accomplie. Alice doit encore se faire avaler par New York au moment où sa propre histoire criminelle en rencontre une autre, comme dans une collision aussi improbable que dramatique qui va lui faire rejoindre le côté obscur. Son deuil & son traumatisme ne cicatriseront pas : ils vont se gangréner, suivant sa transformation en cette “autre” qui devient une meurtrière.

Emportée ainsi par un de ces concours de circonstances menant à des drames simples dont on fait rarement des films, son âme meurt de ses blessures & de celles des autres. Plusieurs fois, on nous rappellera à son essence fantomatique, confirmant qu’elle est, sous bien des aspects, la version féminine & bien vivante de Patrick Swayze dans Ghost : on dit qu’elle est “revenue” de sa souffrance, elle devient une “Étrangère” presque invisible, une créature nocturne pour qui tout est soudain différent.

There is no going back, to that other person, that other place. This
thing, this stranger, she is all you are now.

[…]

Why don’t my hands shake? Why doesn’t somebody stop me?

On pourrait n’y voir que la métaphore élaborée permettant de brasser un peu la représentation artistique de la souffrance, mais c’est davantage : Foster, une fois de plus extrêmement bien castée dans le même genre de rôles froids & efficaces que Panic Room ou Flightplan qui lui ont servi de rodage, donne sa pleine puissance à cette rencontre de douleurs variées qui fait fusionner les couches d’ambiances ; le deuil, la peur & le ressentiment se fondent en un alliage presque surnaturel qui va la définir. Ce sont des données franchement réalistes & hyperdramatiques ; elle ont juste en commun d’être noires, & le film n’a finalement pour défi que de les combiner. Il y arrive très bien.

À partir de là, le film pouvait difficilement aller trop loin. Le contrat que le spectateur a signé au générique du début, en écoutant la voix de Foster & sa belle apologie radiophonique de sa ville adorée, est solide. Les alter egos de la ville & de Foster sont presque des évidences. Quand arrive ce qui doit arriver (axiome & bête noire du scénariste le plus accompli), c’est comme un quitte ou double de l’incrédulité qu’on est obligé de jouer, car le drame est parfois suffisamment simple & les enjeux trop lunaires pour que leur fonctionnement dans un décor aussi organique & récurrent que le crime new-yorkais n’exerce pas un immense pouvoir d’attraction.

Rôle peut-être trop déjà-vu pour Foster qui n’y trouve que peu de gloire, À vif paraît être le contrepied de l’ “histoire vraie” hollywoodienne, maniée de sorte à en faire un grand thriller même si son arrière-goût est familier.

Quantième Art

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