Le petit violon du libéralisme qui mouille

Avis sur A voix haute - La force de la parole

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Ce film est-il d'intérêt général ? Affirmatif.

Celles et ceux qui ont vu le film reconnaîtront cette première phrase et ils sauront reconnaître mon rôle, ma volonté et ma liberté dans ce qui va suivre.

Il serait délicat de ma part d'affirmer que cette exercice à la parole n'est pas indispensable. Moi-même, je trouve que si j'avais pu avoir la possibilité de le faire, cela m'aurait aidé à m'affirmer en public, m'aider à parler et à captiver l'attention des autres à travers les choses les plus sincères qui m'animent.
Et combien d'entre nous, ou parmi les gens de mon entourage, sont muets parce que la honte, le manque de confiance en soi nous gagne, nous assènent de nous taire. Tout ça parce qu'il y en a des mieux que soi. Ah je reconnais bien là les pauvres gens, pauvres quand ils retroussent les poches et modestes quand il s'agit de parler d'eux-mêmes. Par ailleurs, j'écris ce billet en plein mouvement social des Gilets Jaunes qui a le don de faire s'exprimer une quantité incroyable de personnes entre elles, de ces personnes qu'on entend pas parce qu'elles sont inaudibles pour le reste de la société. Généralement, ce sont ces mêmes personnes qui travaillent pour payer la grande distribution ou bien les assurances. Et même quand elles ne travaillent pas, elles finissent par payer les mêmes aussi.

La formation Eloquentia forme 200 volontaires par an dans un océan de merdes. Un eldorado qu'on retrouve ici à Paris VIII avec une population qui la compose allant du prolétaire issu de l'immigration jusqu'au petit-bourgeois. Tout ceci a lieu dans l'unique but de tisser du lien social, que Charles-Henri n'est pas différent de Souleyman, et que les patronymes à particules ne sont pas différents des frères Kouachi.

Ha ? J'ai dit une bêtise ? Je vais en dire une autre. Eloquentia est financée par la Coopérative Indigo présidée par le réalisateur de ce métrage - un documentaire qui, soit dit en passant, ressemble davantage à un reportage d'Harry Roselmack dans 7 à 8, celui avec Abd Al Malick qui viendrait parler d'harmonie, d'islam et de la patrie française, ça ressemble plus à un reportage qui mouille de la cuisse bien chaude qu'à un cours magistral sur le charisme et l'art de la plaidoirie. Mais ne perdons pas le fil : la Coopérative Indigo initiée par Stéphane de Freitas est financée par des subventions publiques, mais à ces subventions se mêlent des donations privées. Parmi les donations privées, on trouve le groupe Aviva qui affirme que son financement est indispensable à la permanence de ces formations. Aviva a dégagé en 2017 1,7 milliards de bénéfices.

Ne serait-ce pas là le petit pipeau de la théorie du "ruissellement" ? Ce fameux système qui, pour un truc bien, enterre dix milles autres nettement moins dans l'intérêt général.

Exemple type de la théorie libérale du "ruissellement" : on te prend des milliards, on te regarde te taper sur la gueule, on te regarde perdre ta dignité et ton estime, et, hop, moi, Aviva, dont l'activité sert à protéger les gens en cas de coups durs, c'est-à-dire contre rien la plupart du temps (mais faut payer cher ce rien-là), moi, Aviva, je te donne quelques centimes, environ 50 000 euros par an pour "tisser le lien social" que j'ai contribué à défaire. La théorie du ruissellement, c'est le blanc qui t'apporte la démocratie tout en étant un grand pourvoyeur d'armes dans le monde. C'est l'hypocrisie en image et en action.

Quand on affirme transformer l'argent en entraide, encore faut-il savoir que c'est l'argent de l'exploitation capitaliste, de la spoliation capitaliste dans toute sa splendeur. #Libertéd'expression comme ils disent, ces patriotes du verbe et de la confiance en soi.

Oh bien sûr, ces jeunes gens que nous voyons dans ce documentaire sont sincères et ils vivent des liens de fraternité rares, familiaux presque. Cela vaut tout l'or du monde. Pour le reste, il y a Mastercard.

Cette critique a été écrite pendant le mouvement des Gilets Jaunes.

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