Pudeur et poésie.

Avis sur Adieu ma concubine

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Pas certain que ce soit parfaitement juste, mais du moins, le peu que j'ai vu du cinéma chinois m'a montré quelque chose de pudique et surtout de très poétique. Alors certes je me suis parfois ennuyé et j'ai eu quelques phases où je décrochais mais avant tout, Adieu ma concubine est envoutant par ses plans magnifiques ses couleurs éclatantes, ainsi que ses costumes, ses maquillages... Non, sur le plan visuel, le film est irréprochable ce qui fait que sur les 3 heures lorsque le rythme stagne on se raccroche toujours à la beauté visuelle et à la fluidité avec laquelle nous conduit la caméra, je pense notamment à ces scènes où la caméra suit les acteurs, courant dans les rues bondées de Pekin. Le jeu des couleurs est aussi remarquable, allant du rouge lors des moments érotiques jusqu'au bleu foncé brumeux lors des moments dramatiques. Ce dernier ne se limite pas à faire resplendir les couleurs authentiques de la Chine avec brio, il tient une place importante dans l'évolution du climat et des sentiments.
Pour ce qui est du scénario, on suit l'histoire de Dieyi et de Xiaolou, de leur enfance jusqu'à
leur dernier opéra. Dieyi est le fils d'une prostitué, cette dernière ne pouvant plus s'occuper de lui le laisse dans une troupe ou les enfants sont "formés" pour devenir idéalement acteurs de l'opéra de Pekin, enfin ça c'est leur rêve à tous, ce sont des enfants qui n'ont que ce but. Ils sont donc continuellement battus, la formation est très dure les enfants développent une sorte de masochisme, inéluctablement une grande fraternité s'installe. On voit ces êtres humains grandir, réussir, on les suit durant leurs vie. Inséparables ? C'est là que Kaige montre avec grande justesse l'être humain et sa complexité, cette grande justesse qui justifie les 3 heures et c'est là que j'introduis mon idée de pudeur : les sentiments ne sont pas exacerbés, mais on voit le mal être que peuvent endurer les protagonistes : leurs bonnes et mauvaises passions, presque biographique : les choix des personnages et leurs réactions sont compréhensibles, mais souvent inattendus. Dieyi et Xiaolou ne sont ni bons ni mauvais, derrière leur pudeur se cachent des êtres humains complexes, passionnés et torturés par leur relation. Adieu ma concubine est un film profondément humain, profondément beau quelque peu ennuyant et parfois étrange pour un occidental qui risque d'être perdu. Le contexte politique n'est finalement qu'un prétexte pour intensifier la beauté de leur relation. Il ne faut pas interpréter ce film comme une dénonciation du communisme de Mao ou d'un quelconque régime, il faut le voir comme l'histoire de Dieyi et de Xiaolou, personnages profondément humains qui, derrière la barrière peut-être réfractaire (pour un européen) du dépaysement culturel, cachent une universalité. Poétique, pudique, presque biographique mais universelle, Adieu ma concubine est une oeuvre complexe qui, malgré sa longueur (et l'ennui) se montre être fascinante, une oeuvre à laquelle il faut laisser le temps de germer dans son esprit pour ne retenir que la beauté et l'humanité qui en découle.

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