Faites des gosses!

Avis sur Alone

Avatar Victor Tsaconas
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(...) Après la compétition internationale de courts-métrages, la journée continue avec l’avant-dernier film en compétition, Don’t Grow Up de Thierry Poiraud, un film français en langue anglaise tourné aux Canaries. Le film commence comme un Misfits (la série) aux relents kubrickien, mettant en scène une bande de jeunes laissée à l’abandon par leurs surveillants dans un centre de redressement. Profitant de la situation au début, ils se rendent vite compte qu’elle cache bien quelque chose de plus macabre. La première partie du film transpire d’une innocence insouciante, appuyé par une cinématographie lumineuse, qui nous renvoie presque à une certaine idée de la pastorale, et nous fait rencontrer tous ces adolescents au plus près de leurs émotions disparates et brisées. Le changement se fait de nuit, quand ils décident d’aller piquer des bières à l’épicerie. Seuls dans leur monde, ils ne se rendent pas compte qu’ils sont également seuls dans cette ville déserte, dans laquelle chaque feu de signalisation et chaque lampadaire renforcent cette sensation que le temps a d’un coup été suspendu, jusqu’à un dur retour à la réalité lors de deux séquences particulièrement violentes, dont l’infanticide d’une petite de pas plus de dix ans. Il est d’ailleurs plutôt rare de mettre en scène des morts d’enfants aussi violentes. Allégorie du passage à l’âge adulte, de la perte d’innocence, Thierry Poiraud et sa scénariste Marie Garel Weiss aiment à perdre le spectateur dans le pourquoi, et ne donnent pas de réponses à ce qui fait grandir ou non les enfants. Il est donc très dur d’y trouver un sens global, mais n’est-ce pas ça l’adolescence, un moment où plus rien n’a de sens, et où on est tiraillés entre cette envie d’être un adulte, et la peur de quitter l’enfance ? La question est évidente. Cependant, Don’t Grow Up donne parfois l’impression que ses auteurs ne savaient pas trop où ils allaient, comme les protagonistes de notre film, mais sa facture esthétique rattrape un manque de fluidité narrative grâce à la puissance visuelle évocatrice de certaines séquences. La forme répond donc au fond du film, en proposant des séquences atmosphériques, à la cinématographie soignée, avec des cadrages qui vont du grand ensemble au gros plan, nous plongeant dans ces décors grandioses qui donnent l’impression d’une discontinuité géographique, renforçant ce sentiment de perte de sens qui parcourt le film. Je me souviens m’être d’ailleurs posé beaucoup de questions à la fin de la projection, mais la présence du réalisateur a permis d’éclaircir (ou pas) certains de mes questionnements, en les renforçant. (...)

Tiré du journal du festival du PIFFF 2015 : lire l'article entier sur mon site...

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