Là où le bât blesse.

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Une succession de corps cataleptiques rongés par les vapeurs d'un shoot chargé à haute dose, la tension convulsée d'un regard traversé par le désir et l'abîme ... Ce sont ces genres de phrases qui en apparence pourraient le mieux dépeindre le travail de Antoine d'Agata, véritable explorateur des bas fonds de l'humanité. Ce qui retient l'attention d'entrée de jeu, c'est la part égale d'esthétique expérimentale et de réalisme brut dans la réalisation, réalisme à peine sublimé par les monologues des prostituées dont il a recueilli les confessions aux quatre coins du monde. Ces dernières racontent avec une espèce de pathos désabusé (dont les accents hallucinés et parfois poétiques font fortement songer à ceux d'Artaud) le rapport qu'elles finissent par entretenir avec leur corps et celui de l'autre, au fur et à mesure des passes.

Le langage est cru et précis, on y comprend la nécessité de l'Autre comme moyen de subsistance, mais aussi comme agent de leur propre dépersonnalisation dont le vide même permet la tolérance au don de leur corps, à des hommes qu'elles ne désirent pas et à d'autres .... qu'elles désirent. Une explique qu'il lui arrive parfois de donner plus que ce le client demandait initialement, parce que même au fin fond d'un rapport tarifé la nature et ses préférences reprennent leur droit, parce que le tourbillon des chairs entrelacées parfois, transcende le glauque d'une existence dont la respiration bat à la mesure du danger et du néant. On ressort de ce visionnage avec une étrange quiétude, comme si tout désormais était revenu à sa place : sans grandiloquence et sans cynisme, juste de manière vraie.

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